États-Unis: à deux mois des midterms, la relative influence des candidats de la gauche radicale
Le 3 novembre auront lieu les élections de mi-mandat aux États-Unis pour renouveler une partie du Congrès. La popularité de Donald Trump s’effrite encore et les républicains risquent de perdre leur majorité. Quant aux démocrates, certains candidats socialistes démocrates américains ont bousculé le parti lors des primaires.
Publié le : 03/09/2026 - 14:08
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Avec notre correspondant à Washington, Vincent Souriau
Lorsqu’on parle des socialistes démocrates aux États-Unis, on pense désormais à Zohran Mamdani. Élu maire de New York il y a moins d’un an, il a depuis fait des émules. Plusieurs candidats classés très à gauche ont créé la surprise lors des primaires démocrates organisées en vue des élections de mi-mandat.
En Floride, par exemple, pour un siège au Sénat, Angie Nixon, membre des Democratic Socialists of America (DSA), s’est imposée avec douze points d’avance face à Alex Vindman lors de la primaire démocrate du 18 août. Une victoire surprise dans un État pourtant de plus en plus favorable aux républicains.
Quelques jours plus tôt, le 5 août, Abdul El-Sayed avait décroché l’investiture démocrate pour le Sénat dans le Michigan. Il n’est pas formellement membre du DSA, mais il est classé très à gauche du parti et a reçu le soutien de figures socialistes comme Bernie Sanders.
À Washington aussi, Janeese Lewis George, membre du DSA, a remporté en juin la primaire démocrate pour la mairie. Dans une capitale très largement acquise aux démocrates, elle est désormais favorite pour devenir la première maire socialiste démocrate de la ville. On pourrait encore citer d’autres élections locales. Il semble donc bien y avoir un « moment DSA » chez une partie des électeurs démocrates.
Mais peut-on réellement quantifier ce phénomène et parler d’une tendance de fond ? Pour Elaine Kamarck, qui suit la gauche américaine depuis plus de vingt ans pour l’institut Brookings, l’influence électorale du DSA est loin d’être aussi importante que peuvent le laisser penser ses victoires les plus médiatisées. « S’ils présentaient plein de candidats et qu’ils gagnaient à chaque fois, on pourrait se dire "Wow, regardez-moi ça". Mais ce n’est pas ça qui se passe, affirme Elaine Kamarck. Les scrutins qu’ils remportent font beaucoup de bruit. Mais il y a des dizaines de milliers de scrutins locaux aux États-Unis et ils ne présentent que quelques centaines de candidats et le DSA est loin de s’imposer à chaque fois… Pour moi, cette histoire est exagérée. »
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Jeunesse frustrée
Pour Elaine Kamarck, la jeunesse démocrate est frustrée de l’attitude du parti, jugé trop mou, passif, et gentil face à Donald Trump. Pour elle, il y a peut-être un effet DSA. Mais le véritable test aura lieu en novembre, lors des élections de mi-mandat : pour peser réellement, les démocrates doivent reprendre le contrôle du Congrès.
Mais dans tous les cas, pour renverser la table, il faut gagner le Congrès. Et les républicains vont se faire un plaisir d’aller passer au crible le profil de ces candidats radicaux. « Beaucoup de choses sont dites, et c’est parfois un peu l'excès de la jeunesse qui parle. Des mesures, comme cesser de financer la police par exemple, c’est stupide, personne n’a envie de ça. Et les républicains vont sauter dessus, le faire mousser, et ça ne va pas leur faire du bien. »
On voit d’ailleurs que les candidats DSA sont déjà en train de se recentrer, voire d’effacer certains messages trop radicaux. Abdul El-Sayed, dans le Michigan, se déclare capitaliste et revendique dans la presse l’héritage de Bernie Sanders mais aussi celui de Barack Obama.
En pleine campagne, le parti démocrate ne va désavouer personne et va jouer collectif. Mais chez les cadres du parti, il y a des craintes que cette ligne socialiste démocrate ne pèse sur les élections et ne vienne effrayer l’électorat indépendant qui, autrement, serait peut-être tenté de voter démocrate pour sanctionner Donald Trump.
À Los Angeles, l'électorat latino de Trump déchante
Parmi les électeurs qui ont voté pour Donald Trump en 2024 et pourraient le sanctionner lors des midterms en novembre en raison de sa politique économique, il y a les entrepreneurs latinos, très affectés économiquement par la hausse des coûts et par l’intensification des raids de la police migratoire.
« Ici a eu lieu l’un des premiers raids de la police. Et avec notre étude, on a trouvé que cette zone a perdu près d’un million de dollars en seulement 15 jours d’opérations migratoires », indique la chercheuse Miriam Torres à notre envoyée spéciale à Los Angeles, Lucile Gimberg.
Née à Los Angeles de parents mexicains, la chercheuse de l’Université de Californie Miriam Torres ne reconnaît plus le Fashion District, au centre-ville. Depuis l’intensification des raids de la police migratoire en juin 2025, ce quartier de milliers de magasins de vêtements, tissus et accessoires, pour beaucoup latinos, s’est vidé : « Les entrepreneurs latinos ont constaté que beaucoup moins de clients viennent dans leurs boutiques, les ventes baissent. Certains ont dû s’endetter et d’autres renvoyer du personnel car ils ne pouvaient plus les payer… »
La peur d’être arrêté, qu’on ait des papiers ou non, perturbe aussi le business de José, qui travaille dans la construction à Los Angeles depuis les années 1980 : « Sur internet, certains alertent où rôde la police migratoire. Si on me propose un travail dans ces zones, je le refuse. Pourquoi prendre des risques ? Ils voient quelqu’un avec ma couleur de peau et ils se jettent dessus. Certains de mes proches ont voté pour Trump oui. Mais maintenant, ils le regrettent car sa politique affecte leur porte-monnaie. »
Près de cinq millions de Latinos vivent dans le comté de Los Angeles, ce qui représente près de la moitié de la population. Et ils possèdent plus de 350 000 commerces, moteur fondamental de l’économie locale.
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Reportage à Los Angeles auprès de l'électorat latino et Donald Trump
Lucile Gimberg
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