midmed-news.com
  • 2026-07-31 17:09:05 +0000 UTC

    Jul 31, 2026

    Et soudain, et enfin les femmes africaines prirent le pouvoir sur la 29e édition de Fiest’à Sète

    Titrée "Afro queens", la deuxième soirée de la 29e édition de Fiest’à Sète a vu jeudi les adorables Nana Benz du Togo mettre le feu puis la vedette Fatoumata Diawara le rallumer différemment, et enfin puissamment.

    Qu’il est bon de parfois se voir rappeler qu’elle est la partie la plus importante dans le mot "Fiest’à Sète" ! Eh non, amis singuliers, ce n’est pas "Sète" même si c’est chouette et que le Théâtre de la Mer ne se trouve nulle part ailleurs, mais "Festia". Oui, cette bamboche que tant et trop de tristes sires s’échinent à nous faire abandonner sans doute parce qu’au fond d’eux-mêmes, là où ça caille, là où ça trouille, ils savent qu’on n’arrête pas un peuple qui danse… Jeudi soir, on a dansé, on a fait la fiesta (mais oui, d’accord, à Sète – arrêtez maintenant) durant la longue et belle soirée "Africa Queens".

    Une dinguerie jouissive et militante

    Le pluriel était de mise, d’emblée : Nana Benz du Togo en compte trois, reines, Lady Apoc, Parus Kekeli et Queen Aroufo, splendides, rayonnantes, rondes, puissantes, irrésistibles. Seulement accompagnées de Toto Tchilatchi, batteur-percussionniste au kit génialement bricolo (une valise en guise de grosse caisse, ce genre), de David Kasanku au redoutable "gazé tuyau" (une sorte d’orgue de tuyaux de PVC sur lequel il frappe avec ce qu’il nous a semblé des semelles de tongs !) et d’un petit synthétiseur. Le quintet proclame faire du "vaudou digital".

    Minimaliste mais remplie de paroles-slogans afro-féministes et chargée de super bonnes vibrations, la musique des Nana Benz s’appuie un groove organique gorgé d’infrabasses et de polyrythmies dont la rotation tornadesque avale des éléments de soul, disco, funk, electro… pour atteindre à une transe jouissive et libératrice. Ainsi, les trois merveilleuses reines-sorcières et leurs complices vaudous ont-elles jeté d’entrée un sort sur le public qui s’est levé "comme une seule femme" (eh oui !) et ne s’est rassi que rincé, une heure et demie de délire collectif plus tard. Quelle fiesta !

    Quand un peu plus tard Fatoumata Diawara est montée sur scène, sublime dans sa robe blanche à jupons et son corset sombre, ses tresses augmentées de bleu, on ne pouvait espérer apparition plus raccord : encore une reine, et quelle reine, voilà la Cléopâtre malienne ! Hélas, la première partie de son set nous informe que notre royale réincarnation est prisonnière des Romains : techniquement irréprochable, son groupe fait dans la pop majoritaire, calibrée pour l’export à l’international. Pourquoi pas, direz-vous : depuis quand une chanteuse malienne devrait s’en tenir à ce que l’on sait (croit savoir) de la musique mandingue ? d’où se permet-on d’ainsi l’assigner, voire l’essentialiser comme on dit désormais ? Pardon, c’est vrai, toutes nos confuses.

    Un enchantement très progressif

    N’empêche, on s’ennuie ferme. Après la tornade des Nana Benz, c’est le calme platounet, c’est la bonace sans la moindre ambiguïté orthographique. Et une fois encore, malgré son chant puissant, Fatoumata Diawara semble elle-même coincée dans son statut de diva cléopâtresque et d’ambassadrice de bonne volonté au discours irréprochable. Un premier solo de sa main (ses mains) à la Gibson SG standard, avec saturation aiguë et wah-wah, nous rappelle qu’elle est une remarquable guitariste mais pourquoi n’en profite-t-on pas plus ? Des éclats de voix, des rires et même l’amorce d’un chant du côté du merchandising nous signale que nos Trois Grâces de Lomé sont toujours là, et en ont encore sous la Doc Marten’s (la classe).

    Mais par quelque mystère propre à l’inspiration, quelque chose se débloque peu à peu. Le discours de Fatoumata Diawara se fait plus simple, spontané, elle se détend, lâche en quelque sorte le sceptre et le trône pour le micro et la scène. Le claviériste cesse de remplir tout le spectre de nappes en plastique et intervient au poil. Le bassiste calme son bavardage pour pulser la rondeur. Le guitariste gagne à l’inverse un peu plus d’espace et de volume ; ce qui profite à la tension et notre attention. Quant au batteur, rien à dire du batteur, il était dedans dès le début, frappe sèche et sensible. Et le concert de soudain, enfin, décoller !

    Le grand moment ? Cachée sous un masque, Fatoumata Diawara transforme une composition en cérémonie, arpente la scène, danse, tourbillonne, rayonne, tandis que son groupe travaille un climat tellurique. Le Théâtre de la Mer est à nouveau ensorcelé, il le restera car désormais, l’objet de son affection est habité, libéré, déchaîné même. Elle enquille les reprises : Imagine de John Lennon, Higher ground de Stevie Wonder, No woman no cry de Bob Marley… façon plan machiavélique de rock star ricaine, mais ça marche à fond ! Jusqu’au rappel, démentiel (pas d’autre mot) où elle invite quelques spectateurs sur scène pour un freestyle et un frisson de danse, mais aussi toute l’équipe des Nana Benz du Togo… qui donc aura assuré jusqu’au bout de la soirée, mieux que le show : le bouillant ! Quatre reines de la fiesta à Fiesta, à qui le tour ?

    2026-07-31 17:09:05 +0000 UTC