Consigne en Suisse : le réemploi face au défi du recyclage
Gobelets lavés, boîtes et bouteilles consignées: le réemploi tente de renaître en Suisse. Une filière se développe, mais entre coûts réels, logistique et habitudes bien ancrées, son avenir reste incertain.
Rendre son gobelet plutôt que le jeter. En festival, ce geste est devenu un réflexe pour de nombreux Suisses et Suissesses. À la Plage des Six Pompes, à La Chaux-de-Fonds, les quelque 10'000 festivaliers par jour circulent avec des verres consignés, les consignes allant de 5 à 1 franc.
La collecte et le lavage de cette vaisselle sont pris en charge par une entreprise spécialisée. Pour le festival, ce choix a un prix: entre 17'000 et 20'000 francs. Mais pour la direction, cet investissement a permis de réduire les déchets de près de 60%. "C'est important d'investir dans ces gestes-là", souligne Pauline Bessire, directrice de la Plage des Six Pompes, dans l'émission Basik.
100'000 gobelets à laver
Derrière chaque gobelet se cache toute une filière. À Yverdon-les-Bains, Ecomanif, leader romand de la vaisselle réutilisable, lave jusqu'à 100'000 gobelets par jour en pleine saison afin de les remettre en circulation. Parmi ses clients, les Six Pompes, Paléo ou encore le marché de Noël de Montreux… Ces dernières années, les commandes affluent. "Il y a eu un shift complet dans la pensée", explique Gilles Marmy, son directeur.
La tendance dépasse désormais le cadre des festivals. Événementiel, entreprises, restaurants, les contenants réutilisables se répandent pour les plats à emporter. Par exemple, dans la chaîne de restaurants Tibits, la part de vente à emporter dans des contenants réutilisables représente environ un tiers, voire jusqu'à la moitié selon les établissements.
Les contenants utilisés sont ceux de l'entreprise reCircle, pionnière en Suisse dans ce secteur. "Le jetable est toujours trop facile" regrette Jeannette Morath, cofondatrice de reCircle. Elle compte sur l'extension de son réseau d'entreprises partenaires pour réduire le recours au jetable.
>> Voir le sujet de Basik :
Le réemploi repose sur une idée simple: prolonger la vie d'un objet plutôt que le transformer. Une bouteille en verre peut ainsi être lavée et réutilisée jusqu'à 50 fois.
Chez Univerre,à Sierre, l’un des deux centres de lavage de bouteilles du pays, le nombre de lavages a chuté de 40%. Première raison: la généralisation du plastique. "On est dans une société qui aime jeter les choses. On a perdu l'idée que la consigne existe", regrette Désirée Georges, responsable de la communication de l'entreprise. Et surtout, laver une bouteille coûte plus cher que de la recycler.
Car malgré ses avantages environnementaux, la consigne reste confrontée à plusieurs obstacles. Les coûts de collecte et de lavage sont élevés, la logistique est complexe et les habitudes de consommation privilégient encore souvent le jetable ou le recyclable. Autre frein à son développement: aucune loi n'incite ce comportement.
Alors que la Suisse figure parmi les champions du recyclage, le réemploi cherche encore à s'imposer à grande échelle.
Jeanne Gerbault/lan