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    Aug 07, 2026

    "J'abordais la rencontre avec le sentiment que tout pouvait très bien s'arrêter", le jour où Heymans a éclaboussé la Nouvelle-Zélande de son talent

    À l'été 2009, le XV de France prenait la direction de la Nouvelle-Zélande pour une tournée rentrée dans l'histoire du rugby français. Vainqueurs du premier match face aux All Blacks, les Bleus cherchaient à décrocher un deuxième succès consécutif. Mais, au milieu de conditions dantesques, une éclaircie sortie de nulle part est venue particulièrement marquer les esprits : Cédric Heymans qui dépose toute la défense adverse pour inscrire une merveille d'essai en solitaire.

    La France et la Nouvelle-Zélande ont toujours entretenu une relation particulière en ce qui concerne la balle ovale. Si les hommes en noir sont bien plus souvent repartis avec la victoire, les affronter a toujours une saveur particulière. Et battre une équipe avec un tel aura a longtemps fait passer quasi instantanément ces matchs au statut de légende.

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    Des oppositions mythiques entre les Tricolores et les Blacks, il en existe beaucoup au Panthéon du rugby mondial. Les Bleus ayant été à maintes reprises considérés comme les bourreaux de Néo-Zélandais longtemps vus comme quasiment imbattables comme c'était le cas lors des exploits en Coupe du monde 1999 et 2007.

    Mais au-delà des accomplissements collectifs, affronter les joueurs du pays du long nuage blanc est l'occasion de passer à la postérité à titre individuel. Que ce soit pour une prestation titanesque, à l'image de Thierry Dusautoir qui a changé de dimension et gagné son surnom de Dark Destroyer à l'issue du quart de finale en 2007, ou bien pour une action, un coup d'éclat ancré dans les esprits de tous les spectateurs ayant assisté à la rencontre. C'est le cas de Cédric Heymans, auteur d'un essai en solitaire devenu mythique en ce soir du 20 juin 2009.

    Des doutes assez vite effacés

    Aujourd'hui parmi les grands triomphes du rugby français, cette tournée estivale de 2009 ne s'annonçait pourtant pas sous les meilleurs auspices. Troisième du dernier Tournoi des Six Nations après deux défaites en Irlande (30-21) et en Angleterre (34-10), un XV de France revanchard mais en proie à un certain doute partait à l'autre bout du monde. La Nouvelle-Zélande n'étant en principe pas le meilleur endroit pour se remettre la tête à l'endroit. "Pour cette tournée, on sort d'un tournoi mitigé et on prend la direction de la Nouvelle-Zélande un peu en mode commando. Dès notre arrivée au rassemblement à Paris, avant de prendre l'avion, on a fait un entraînement très physique. Ça a donné le tempo directement. Quand on joue les All Blacks, on part toujours avec de grosses intentions. Mais, dans les faits, ça se complique souvent une fois sur le terrain. Ils savent bien recevoir", sourit Cédric Heymans.

    Sauf que, à la surprise générale, Vincent Clerc et ses partenaires ont créé l'exploit lors du premier match. À Dunedin, grâce à des réalisations de François Trinh Duc, William Servat et Maxime Médard, les joueurs de Marc Lièvremont ont pris le dessus sur leurs adversaires. À partir de ce moment-là, les Bleus se sont mis à rêver : "Émile Ntamack, qui était notre entraîneur des arrières, nous parlait beaucoup de cette tournée à laquelle il avait pris part en 1994, se remémore Heymans. C'était la seule fois où l'équipe de France avait réussi à remporter deux matchs consécutifs en Nouvelle-Zélande et à repartir avec la victoire d'une tournée là-bas. Il n'arrêtait pas de nous dire que, nous aussi, nous avions la possibilité de le faire. Il faut aussi reconnaître que c'était une période où les Blacks n'étaient pas très bien non plus. On savait qu'on n'était pas totalement rôdés collectivement, donc on voulait compenser en y mettant énormément d'envie. On était comme habités. Surtout après le premier test gagné à Dunedin. On se disait qu'on pouvait accomplir quelque chose d'énorme."

    Toutefois, si des rêves de grandeur traversaient le groupe, la donne était complètement différente en ce qui concerne l'ailier ou arrière du Stade toulousain. "À titre personnel, c'était un peu complexe. Je sortais d'une fin de saison difficile avec Toulouse où j'avais été mis de côté pour la phase finale. J'avais d'ailleurs fait part à Guy Novès de mon mécontentement. J'avais une revanche à prendre. Mais je n'avais pas bien vécu la situation, j'avais du mal à passer à autre chose et, contre les Blacks, je n'ai pas fait un bon premier match. Heureusement, le staff m'a quand même maintenu comme titulaire pour le deuxième. Dans la semaine, Émile Ntamack m'a toutefois fait comprendre qu'il y avait de la concurrence derrière, que les jeunes poussaient et qu'il fallait que je réagisse. Je devais montrer autre chose et être un peu plus leader. J'abordais donc la rencontre avec le sentiment que tout pouvait très bien s'arrêter."

    "C'est quelque chose qu'on a répété et encore répété"

    Une semaine plus tard, Français et Néo-Zélandais s'affrontaient pour le deuxième test à Wellington. Le tout, dans un contexte météorologique dantesque avec une forte pluie, beaucoup de vent et du froid qui s'abattaient sur la capitale. Dans de telles conditions, les deux sélections n'avaient d'autre choix que de réduire la voilure et de proposer un match cadenassé. Des grosses défenses et une tonne de jeux au pied dictaient la rencontre. Si bien que le score à la pause était seulement de 8 à 0 pour les locaux. C'est au retour des vestiaires, à la 44e minute, que l'une des premières envolées a eu lieu. Le principal protagoniste de cette action légendaire : Cédric Heymans. 

    "C'est une mêlée qui est au centre du terrain, se souvient le natif de Brive. La balle est éjectée, on attaque la ligne, amorce une sautée et Maxime Médard arrive à hauteur. Comme j'ai l'habitude de jouer avec lui en club, je sais qu'il va accélérer sur l'extérieur. C'est effectivement ce qu'il fait et, derrière, il me donne le ballon au bon moment. J'arrive à passer Cory Jane, mon vis-à-vis, sur la vitesse grâce au travail de Maxime qui le freine avec sa course. Après, il y a Mils Muliaina qui se présente devant moi. Au moment où je redresse ma course, je vois qu'il défend davantage l'intérieur que l'extérieur et, de manière instinctive, j'enclenche alors le crochet." Un geste de grande classe qui n'est absolument pas dû au hasard. "Ces situations, on les avait beaucoup travaillées à l'entraînement à Toulouse avec Zéba Traoré, notre préparateur physique. Rentrer nos courses pour au final partir sur un crochet extérieur, c'est quelque chose qu'on a répété et encore répété. C'est devenu un automatisme à ce moment-là."

    Mils Muliaina alors éliminé, le festival de l'ailier tricolore n'était toutefois pas encore terminé avec Joe Rokocoko qui arrivait de son aile opposée. "J'arrive à effacer Muliaina et, derrière, je cherche à faire la passe à l'intérieur. Je vois Joe Rokocoko arriver, je me doute qu'un troisième ligne doit se trouver dans le coin, donc dans ma tête le jeu est de lâcher la balle. Mais, quand je regarde à droite, personne ne se trouve au soutien. Sauf que Rokocoko ne l'a pas vu et pense que je vaire faire ma passe. Je décide alors de m'arrêter et, en freinant ma course, je parviens à les éliminer et à filer dans l'en-but."

    Cédric Heymans crochète Mils Muliaina pour filer à l'essai.
    Cédric Heymans crochète Mils Muliaina pour filer à l'essai. Icon Sport

    Malgré cette action de grande classe, le temps n'était cependant pas à l'euphorie pour des Français toujours menés au score. "Quand j'ai aplati, j'étais content d'avoir marqué mais je n'étais pas euphorique non plus. On perdait et cet essai nous permettait de revenir dans le match. À ce moment-là, je ne me disais pas que j'ai fait quelque chose de top. Je suis resté concentré sur la suite de la rencontre, plus dans l'état d'esprit de me dire qu'il fallait gagner. Ma performance personnelle n'était pas la priorité."

    Finalement, cet essai n'a pas été suffisant pour le XV de France, qui s'est incliné de peu sur le score de 14 à 10. Cette défaite n'a toutefois pas empêché les Bleus de remporter la tournée pour la deuxième fois de leur histoire. Un authentique exploit qui n'a toujours pas été reproduit depuis. Le succès inaugural du 13 juin 2009 reste d'ailleurs à ce jour la dernière victoire en date sur le sol néo-zélandais. Une performance qui est forcément restée dans les esprits.

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    "Quand je vois le nombre de fois qu'on m'en parle... (rires) C'est un essai qui a marqué beaucoup de gens. Même 17 ans plus tard, alors que je suis beaucoup moins dans le milieu du rugby (il est responsable événementiel et sponsoring chez Andros France et consultant pour RMC, NDLR), les gens continuent de me faire des remarques concernant cette action. C'est marrant mais mon fils, que j'entraîne, m'en a d'ailleurs parlé il y a un petit mois. Il a vu l'action et m'a demandé de lui expliquer. Notamment le crochet, il n'y a que ça qui l'intéresse", plaisante Cédric Heymans. En perte de vitesse à ce moment-là, la carrière du joueur aux 59 sélections a connu par la suite des hauts et des bas. Absent lors du Grand Chelem remporté en 2010, il a été appelé pour prendre part à la Coupe du monde 2011, qui a vu l'équipe de France échouer à un petit point du sacre. C'était contre les All Blacks... en Nouvelle-Zélande.

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