Espagne. « Un document interne : accusé de tenir une liste noire de journalistes, le ministère de l'Intérieur s'excuse

Le ministère espagnol de l'Intérieur a présenté ses excuses et nié toute tentative de museler la presse mardi, après la publication d'un article révélant l'existence d'une liste de journalistes et de leurs opinions politiques. Le journal en ligne El Confidencial a publié mardi une information concernant « un dossier sur des dizaines de journalistes actifs (...) destiné à surveiller leurs affiliations politiques », parmi lesquels des directeurs et des chroniqueurs populaires.

« Le document a été établi en secret (...) et contient un grand nombre de fiches » sur les journalistes, accompagnées de photographies et de « commentaires sur leur travail et leurs positions politiques », a indiqué El Confidencial. « Journaliste controversé », « indépendant », « tendance conservatrice », « extrême droite », « désinformation », « clairement de gauche et pro-gouvernemental », « plus combatif ces derniers temps » et « idéologie d'extrême droite » figuraient parmi les descriptions citées par le journal.

La Fédération des associations de journalistes d'Espagne (FAPE) a vivement critiqué le ministère pour avoir « introduit un élément de surveillance et de représailles potentielles », une pratique « incompatible avec l'Etat de droit et susceptible de nuire à l'exercice du journalisme critique ». « Dans une société démocratique, aucun organe étatique n'est légitime pour recenser, cataloguer ou décrire l'idéologie des journalistes, car cela constitue une atteinte directe à la liberté de la presse », a souligné la FAPE.

« Nous présentons nos excuses »

Le ministère de l'Intérieur a indiqué que la liste était « un document interne » créé en 2024 « à titre consultatif et sans aucune intention d'instaurer la censure ou de restreindre le travail des journalistes ». « Nous présentons nos excuses aux professionnels qui ont pu se sentir offensés par le contenu du document et par certains commentaires », ajoute le ministère.

Le principal parti d'opposition, le Parti populaire (PP, droite), a accusé le ministère de l'Intérieur de « s'en prendre aux journalistes » et a opposé cette « liste noire » à l'incapacité du ministère à prévoir la crise de Ceuta, lorsque plus de 70 000 migrants sont entrés en provenance du Maroc les 30 et 31 juillet. « Ce ministère avait une liste noire de journalistes à cibler et à stigmatiser, ce qui nous ramène à une époque révolue à laquelle nous ne devons pas retourner », a dit la porte-parole du PP, Ester Muñoz, faisant allusion aux 36 ans de dictature du général Francisco Franco.