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  • 2026-07-31 18:01:00 +0000 UTC

    Jul 31, 2026

    Espagne. Migrants à Ceuta : l'Italie suspend l'ouverture de l'espace Schengen à l'Espagne

    Quelques 60 000 personnes, majoritairement des jeunes hommes et des adolescents, ont traversé la frontière ces derniers jours entre le Maroc et l'enclave espagnole de Ceuta, où est attendu le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, a indiqué ce vendredi une source policière. Dans ce petit territoire habité par 80 000 personnes, « cela représente 70 % de la population de Ceuta », a précisé le président du gouvernement local. Selon le gouvernement espagnol, plus de 48 000 migrants sont « déjà rentrés au Maroc », ce vendredi soir. 

    Pedro Sánchez a qualifié ce d'« attaque », de « violation de l'intégrité territoriale de l'Espagne ». « Le gouvernement de l’Espagne est aux côtés de la ville de Ceuta. Et nous comprenons l'émotion, la situation d’angoisse qu’ils vivent depuis ces dernières heures, en particulier depuis aujourd’hui », a-t-il déclaré. 

    Les arrivées, qui n'ont pas cessé de la nuit, continuaient vendredi matin. Dans le même temps, les autorités espagnoles ont commencé à organiser le retour d'une partie des migrants vers le Maroc.

    La France prête à aider

    Emmanuel Macron a demandé au ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, de « renforcer les contrôles à la frontière avec l'Espagne ». Le chef de l'Etat a par ailleurs souligné que « la France se tient prête à apporter aux autorités espagnoles tout l’appui nécessaire, si celles-ci en expriment le besoin, y compris au travers (...) Frontex », l'agence de l'Union européenne chargée du contrôle des frontières, a-t-on ajouté de même source.  

    Le Premier ministre Andy Burnham a pour sa part indiqué que le gouvernement britannique était en contact avec les autorités espagnoles pour leur proposer de l'aide. « Il s'agit bien sûr avant tout d'une question relevant de la compétence du gouvernement espagnol, mais cela suscite des inquiétudes », a déclaré le dirigeant travailliste à des journalistes.

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    « Il y a eu un flux constant de personnes toute la nuit », et si les arrivées ont été moindres que pendant la journée, des migrants « ont continué à arriver la nuit et ils continuent d'arriver » ce vendredi matin, a précisé cette source. Au total, 18 personnes sont mortes en tentant de rejoindre l'enclave espagnole, a-t-elle ajouté.

    Crise migratoire

    Des milliers de jeunes Marocains étaient rassemblés tard jeudi soir dans le centre de la ville de Fnideq, qui jouxte l'enclave espagnole de Ceuta, a constaté un journaliste de l'AFP, certains affirmant avoir entendu que « la frontière avait été ouverte ». Ces jeunes ont afflué près de la route qui longe la plage et qui mène vers le passage frontalier.

    Le contexte rappelle la précédente crise migratoire de 2021, lorsque des milliers d'entre eux avaient traversé la frontière à la faveur d'un assouplissement des contrôles par Rabat lors d’un différend diplomatique avec l'Espagne. Pedro Sánchez doit arriver vendredi matin à Ceuta où il rencontrera les forces de l'ordre à la frontière puis les responsables régionaux, accompagné du ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska, a précisé la présidence du gouvernement dans un communiqué.

    Madrid envoie de nouveaux renforts de forces de l'ordre

    Le ministère espagnol de l'Intérieur a annoncé ce vendredi l'envoi de nouveaux renforts policiers, dont des plongeurs et des bateaux, dans l'enclave de Ceuta au Maroc. Plusieurs dizaines de gardes civils et policiers vont être envoyés dans les prochaines heures, parmi lesquels huit plongeurs, un bateau et des drones, a indiqué le ministère, en pleine crise migratoire dans cette enclave qui forme l'une des deux frontières terrestres entre l'Afrique et l'Europe (avec l'autre enclave espagnole de Melilla).

    Jeudi déjà, plusieurs centaines de personnes selon les autorités régionales étaient entrées illégalement à Ceuta, venant s'ajouter au plus de 1 500 migrants arrivés « ces derniers jours ». Et neuf migrants avaient trouvé la mort en tentant de rejoindre Ceuta à la nage. 

    Débat sur l'espace Schengen

    Le gouvernement espagnol a annoncé que des soldats seraient déployés pour garantir la sécurité sur ce territoire de la côte nord de l'Afrique. Le Maroc et l'Espagne vont mettre en oeuvre « des mesures pour le transfert » vers le Maroc « dès que possible, de toutes les personnes qui sont entrées illégalement à Ceuta », a assuré jeudi le ministre espagnol de l'Intérieur.

    Les images saisissantes de centaines de personnes, en grande majorité de jeunes hommes et des adolescents, souvent mouillés car sortant de la mer, ont été utilisées dès jeudi par l'extrême-droite européenne et américaine. A Washington, deux hauts responsables de la Maison Blanche se sont saisis de ces images pour défendre la politique répressive de Donald Trump sur l'immigration. 

    La cheffe du gouvernement italien d'extrême droite, Giorgia Meloni, a dit vouloir suspendre l'Espagne de l'espace Schengen, des propos aussitôt dénoncés par Madrid qui a convoqué l'ambassadeur italien en signe de protestation. De son côté la Finlande a dit vendredi soutenir cette proposition. 

    « Il va de soi que l'UE doit immédiatement prendre toutes les mesures nécessaires et envisager toutes les options, y compris une suspension de la coopération Schengen. Une immigration incontrôlée constitue une menace pour l'Europe et pour le Danemark », a aussi estimé la Première ministre danoise Mette Frederiksen.

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    À quelques mois de la présidentielle en France, la plupart des candidats déclarés ou pressentis n'ont pas tardé à réagir à la situation en Espagne. La candidate du Rassemblement national (RN) à la présidentielle, Marine Le Pen, a fustigé les « entrées massives et coordonnées », « encouragées », selon elle, par le gouvernement espagnol. En cause, d'après elle, l'adoption par l'Espagne en début d'année d'un plan de régularisation massif de sans-papiers qui concernera environ 500.000 personnes, une mesure qui doit permettre de soutenir la croissance économique du pays. 

    A l'instar de plusieurs pays européens - dont le Danemark ou la Finlande - le président du RN, Jordan Bardella, a demandé à l'UE d'« immédiatement » suspendre l'Espagne de l'espace Shengen, et appelé à une « réunion en urgence » au Parlement européen, mettant en avant « une complicité passive » du gouvernement Sánchez. Le candidat de la droite à la présidentielle, Bruno Retailleau (LR), accuse l'exécutif espagnol de « fragiliser toute l’Europe »

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    « Mensonges », a réagi le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure. « Accuser le plan de régularisation par le travail du gouvernement espagnol achevé le 30 juin, tout comme demander l’exclusion de l’Espagne de l’espace Schengen alors que la ville autonome de Ceuta, enclave espagnole en Afrique du Nord, est déjà soumise à des mesures dérogatoires de contrôle aux frontières sont tout simplement des mensonges », a-t-il dénoncé.

    « Plutôt que d’instrumentaliser la situation (...) nous devrions demander une coordination européenne pour de l’aide humanitaire », a commenté le leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon, alors que 34 migrants sont morts en essayant d'entrer à Ceuta. Même au sein du bloc central, des voix se sont élevées pour fustiger la politique migratoire espagnole, notamment le candidat à la présidentielle Edouard Philippe (Horizons).

    « Il n’est pas acceptable qu’un pays puisse seul décider de régularisations massives qui créent un appel d’air pour tout le continent », a-t-il accusé sur X, ajoutant qu'il proposera « que ce modèle soit remis totalement à plat » s'il accédait à l'Elysée. Le patron de Renaissance, Gabriel Attal, aussi dans la course à l'Elysée, a demandé à l'UE « d'engager un rapport de force inédit vis-à-vis des pays tiers et des réseaux criminels de passeurs » et la mise en oeuvre du Pacte européen sur la migration et l'asile, adopté en 2024 mais dont une grande partie nécessite encore d'être transposée en droit français. 

    De leur côté, les États-Unis ont accusé l'Espagne vendredi de mener des « efforts délibérés » ayant favorisé l'immigration clandestine. « Cet incident inacceptable est la conséquence directe des efforts délibérés du gouvernement espagnol visant à permettre et à faciliter l'immigration clandestine massive vers l'Europe », a déclaré sur X le département d'État américain. Donald Trump, quant à lui, a qualifié l'événement d'« invasion ». 

    Qu'est-ce que la Force frontière d'intervention rapide ?

    En réaction à la situation, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé vendredi avoir activé la « Force frontière d’intervention rapide pour des contrôles en profondeur ».

    Quel est son rôle?

    La Force frontière d'intervention rapide (FFIR) vise « à renforcer la sécurisation des frontières intérieures face à l’afflux potentiel en provenance de l’Italie, de la Suisse et de l’Allemagne », d'après la Direction nationale de la police aux frontières (DNPAF).

    Elle doit « renforcer le contrôle des frontières, et en particulier aux points de passage autorisés, lutter contre l'immigration clandestine et lutter contre la fraude documentaire », explique une vidéo du ministère de l'Intérieur mise en ligne à l'occasion du G7 à Evian (Haute-Savoie), en juin, où cette force d'appoint a été mobilisée pour la première fois.

    Qui la compose ?

    La FFIR est dirigée par l'Etat-major opérationnel des frontières (EMOF) et déployée en zone frontalière sur décision du ministre de l'Intérieur « en cas de menace ou de situation sensible ». Elle est composée de policiers, de gendarmes, de douaniers et de militaires de la force Sentinelle.

    Depuis quand est-elle opérationnelle ?

    Souhaitée par le président Emmanuel Macron en 2023, et  d'abord expérimentée sous la forme d'une « border force » à la frontière avec l'Italie par la Première ministre Elisabeth Borne dans un contexte d’afflux migratoire, la FFIR est mise en place l'année suivante sous la direction de la Police aux frontières (PAF). En février 2025, le Premier ministre François Bayrou annonce sa généralisation à l’ensemble des frontières de l’Hexagone.

    « La force de la FFIR repose (sur) sa flexibilité; elle permet d’apporter un appui aux unités locales si le niveau de risque, défini par l'analyse ou les besoins du terrain, le nécessite », notait un avis parlementaire du député LR Eric Pauget, publié la même année

    Emmanuel Macron a exprimé vendredi la « solidarité » de la France avec l'Espagne, confrontée à un afflux exceptionnel de migrants en provenance du Maroc dans l'enclave espagnole de Ceuta. « Je redis notre solidarité à l’Espagne, son gouvernement et son peuple », écrit sur X le président français qui dit avoir été en contact avec le dirigeant espagnol Pedro Sanchez.

    « Ceuta ne bénéficie pas de la libre circulation vers le reste de l'espace Schengen », rappelle le chef de l'Etat. Il a toutefois demandé au ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez de renforcer les contrôles à la frontière avec l’Espagne si « nécessaire », avec « 4 unités de forces mobiles » et le déploiement d'avions et de drones.

    Un renfort important de policiers et gendarmes à la frontière

    Laurent Nuñez a lui, annoncé, la multiplication par cinq d'ici samedi du nombre de policiers et gendarmes déployés en renfort à la frontière franco-espagnole, portant leur nombre total à 334. « Dès ce vendredi, en plus des moyens déjà déployés quotidiennement, les renforts sont triplés, avec 184 policiers mobilisés avec une surveillance par drone renforcée », a écrit sur X le ministre. « Dès demain (samedi), ils seront quintuplés, portant le dispositif à 334 policiers et gendarmes en plus des effectifs habituellement mobilisés », détaille-t-il.

    « Les moyens de surveillance aérienne seront également renforcés avec l’engagement de trois avions de la Police aux frontières. Par ailleurs, les patrouilles dans les trains seront davantage mobilisées sur l’axe ferroviaire franco-espagnol », poursuit-il.

    L'Italie suspend l'ouverture de l'espace Schengen à l'Espagne

    L'Italie a temporairement fermé l'espace Schengen à l'Espagne, a annoncé vendredi soir le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani, qualifiant cette mesure d'« inévitable ».

    « La suspension temporaire de Schengen avec l'Espagne est une décision nécessaire pour protéger la sécurité de nos citoyens et défendre les frontières de l'Europe. C'est une mesure prévue par les traités et qui est devenue aujourd'hui inévitable », a-t-il écrit sur X.

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