Équateur: soupçonnés de narcotrafic, 28 pêcheurs libérés après avoir vu leurs bateaux détruits
Plusieurs dizaines de pêcheurs soupçonnés de narcotrafic ont été libérés en Équateur. La destruction de leurs navires par les forces armées américaines a - paradoxalement - éliminé toute preuve à leur encontre.
Publié le : 13/09/2026 - 08:04Modifié le : 13/09/2026 - 08:05
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Les vingt-huit membres d’équipage des chalutiers Montecristi et Don Rufo ne seront pas restés longtemps en prison. Dès leur arrivée aux Galapagos après leur détention, les marins ont été libérés par une juge de San Cristobal qui a indiqué que la destruction de leurs navires avait éliminé toute preuve matérielle à leur encontre, indique notre correspondant à Quito, Éric Samson.
Les pêcheurs étaient accusés d’association illicite avec le groupe armé organisé « les Choneros ». Selon le commandement sud des États-Unis, leurs chalutiers étaient stratégiquement placés sur le trajet de vedettes go-fast chargées de drogue, dans le but de les ravitailler en essence pour leur permettre de rejoindre les côtes d’Amérique centrale. Dix marins retrouvés dans cinq petites embarcations travaillant avec le chalutier Don Rufo ont été détenus et font toujours l’objet d’une enquête préliminaire.
Alors qu’il regrettait la décision judiciaire sur ses réseaux sociaux, le ministre équatorien de l’Intérieur John Reimberg a fait noter ironiquement que ces chalutiers n’avaient pas pêché « le moindre petit poisson » avant leur saisie.
Lors d’une récente visite à Quito, le ministre américain des Affaires étrangères Marco Rubio a indiqué que ces opérations allaient continuer.
Six chalutiers coulés
Entre le 28 août et le 8 septembre, six chalutiers ont été coulés par la marine américaine, comme le Conquista II, l’OM2 et le Maria Candelaria. Des 60 membres d’équipage détenus, 32 font toujours l’objet d’une information judiciaire, une nouvelle preuve de l’influence croissante des cartels dans tous les ports équatoriens.
Avec ses ports sur le Pacifique et sa position géographique entre la Colombie et le Pérou - les plus grands producteurs mondiaux de cocaïne - l'Équateur est devenu en quelques années le point de départ de 70% de la cocaïne mondiale.
Soutenu par les États-Unis, le président équatorien Daniel Noboa mène une guerre contre le narcotrafic et a fait entrer son pays dans le « Bouclier des Amériques », coalition antidrogue de pays d'Amérique latine et des Caraïbes dirigée par le président américain Donald Trump.
Selon Human Rights Watch, entre janvier et mars, trois embarcations ont été attaquées par les forces américaines au large de l'Équateur, faisant au moins huit disparus, ce que Washington a nié.
L'ONG équatorienne Comité permanent pour la défense des droits humains dénonce, elle, au moins 143 « détentions arbitraires » de pêcheurs en 2026, ainsi que des « disparitions forcées, actes de torture et destructions d'embarcations par des explosions déclenchées par des militaires américains ».
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