ENTRETIEN. Prix des carburants plafonnés chez TotalEnergies : Dominique Schelcher, le patron de Système U, dénonce une "concurrence déloyale"
l'essentiel Alors que les prix des carburants restent élevés, Dominique Schelcher, PDG de Système U, dénonce la politique tarifaire de TotalEnergies, qu’il juge "déloyale". Il alerte aussi sur les conséquences de cette crise pour les automobilistes, notamment dans les zones rurales.
Le plafonnement des prix pratiqué par TotalEnergies crée-t-il, selon vous, un déséquilibre avec les autres enseignes ?
Dominique Schelcher : C'est une forme de concurrence déloyale dans la mesure où TotalEnergies maîtrise l'ensemble de sa chaîne d'approvisionnement. Ce groupe a la capacité financière de plafonner ses tarifs à la pompe, ce que nous ne pouvons absolument pas nous permettre. Les stations Total rencontrent ainsi un immense succès commercial, jusqu'à se retrouver parfois en rupture de stock ou en pénurie.
Concrètement, cette politique tarifaire vous fait-elle perdre des clients ?
Lorsqu'une station TotalEnergies est implantée à proximité immédiate de l'un de nos magasins, oui, l'impact sur le volume des ventes est réel. Mais ce n'est pas le cas pour la majorité de nos points de vente. En revanche, nous constatons une baisse générale de la consommation de carburant depuis le début de l'année.
Les ménages s'adaptent à ces tarifs élevés : ils réduisent leurs trajets au strict minimum, ont davantage recours au covoiturage, limitent leurs départs en vacances. À cela s'ajoute l'essor progressif du parc de véhicules électriques. La combinaison de tous ces facteurs entraîne naturellement une diminution globale des volumes vendus.
Que peut-il se passer pour votre secteur si les prix du carburant restent élevés dans les prochains mois ?
Je n'ai pas de boule de cristal. La principale difficulté réside dans le fait que tant que les conflits internationaux majeurs ne seront pas résolus, des tensions subsisteront sur la production et la distribution. De nombreuses raffineries ont été endommagées et les routes maritimes sont fortement perturbées. Les navires pétroliers doivent effectuer de longs détours et le coût des assurances maritimes a explosé. L'ensemble des indicateurs laisse penser que cette crise s'inscrira dans la durée.
Cela m'inquiète surtout pour nos clients, notamment dans les zones rurales. Pour les ménages qui dépendent de leur voiture au quotidien, cette hausse des prix devient une dépense contrainte difficile à absorber. Ils sont alors obligés de faire des arbitrages sur leurs autres dépenses, ce qui finit par impacter l'ensemble de notre activité commerciale en magasin.
Pendant que les prix augmentent à la pompe, qui bénéficie réellement de cette hausse ?
Nous payons aujourd'hui les conséquences stratégiques du désengagement progressif des capacités de raffinage sur le sol national depuis plusieurs décennies. Les enquêtes journalistiques récentes ont mis en lumière le fait que certains raffinages étrangers ont vu leurs marges opérationnelles quadrupler ou quintupler. Il y a un véritable sujet d'équité à soulever sur ce point précis.
Après le blocage de Fos-sur-Mer, redoutez-vous de nouvelles perturbations dans l'approvisionnement en carburant ?
Nous ne souhaitons évidemment pas que ce type de blocage se multiplie. Même si je comprends parfaitement les revendications et les difficultés rencontrées par certaines professions, entraver l'accès à une raffinerie ou à un dépôt pétrolier bloque la circulation du carburant. Cela aggrave inutilement une situation financière déjà critique pour les automobilistes. Il faut à tout prix éviter d'ajouter des tensions logistiques là où la sérénité fait déjà défaut. Je constate au quotidien l'impact lourd de ces coûts logistiques sur le fonctionnement des entreprises et sur le comportement quotidien des Français.
Que demandez-vous concrètement au gouvernement pour faire baisser la facture des automobilistes ?
Tout d'abord, nous demandons simplement à TotalEnergies de nous vendre le carburant à un prix préférentiel afin de nous permettre de répercuter cette baisse auprès de nos clients à la pompe. Notre métier sur ce produit se limite à l'achat et la revente : si nos prix d'approvisionnement diminuent, nos prix de vente baisseront immédiatement.
À lire aussi : Prix des carburants : avec la nouvelle hausse, est-ce que ça vaut le coup d'aller faire son plein en Espagne ?
Du côté du gouvernement, dans un contexte budgétaire restreint, il convient de cibler en priorité les aides financières vers les gros rouleurs et les professions dépendantes de leur véhicule. Il faut également simplifier les démarches : sur 3 millions de bénéficiaires potentiels des chèques carburant actuels, seuls 1,4 million en font la demande. Il est urgent d'accélérer le versement de ces dispositifs et d'éliminer la lourdeur administrative.