« Ensemble, nous sommes capables de traverser les murs » : Roger Federer, en larmes et en famille, pour un moment suspendu
EN IMAGES - Le Suisse a été officiellement intronisé au Hall of Fame du tennis. Après le discours de sa femme, l'ancien numéro 1 mondial a parlé de son amour du tennis.
Les légendes peuvent pleurer. Même après avoir accompli leurs plus grands exploits. Roger Federer n'a pu contenir ses larmes au moment d'être intronisé au Hall of Fame du tennis à New York, en marge du début de l'US Open. Toujours classe dans son costume beige, le Suisse a été touché au cœur par le discours de sa femme Mirka. Ils se sont rencontrés lors des Jeux olympiques de Sydney, en 2000. Elle était joueuse, lui aussi.
« Beaucoup de gens à travers le monde connaissent Roger comme l'un des meilleurs tennismen qui aient jamais existé. Ils connaissent les titres, les records, l'élégance, les rivalités, les victoires et les moments qui sont devenus une partie de l'histoire du tennis. Et ceux d'entre nous qui connaissent mieux Roger connaissent quelque chose de encore meilleur : les trophées et les records sont extraordinaires, mais ils ne sont qu'une partie de son héritage. Ce qui me rend le plus fier, ce n'est pas ce que Roger a accompli quand le monde regardait ; c'est qui il est quand personne ne regarde », a-t-elle déclaré, partageant une anecdote qui dit tout de son « meilleur ami, mari » : « Quand j'ai appris pour la première fois que nous attendions des jumeaux, j'ai dit à Roger que mes jours de voyage étaient probablement terminés. Sans hésiter une seconde, il m'a dit : "Alors je ne joue plus". Il n'était pas dramatique, il le pensait sérieusement. C'est ça, Roger : sa famille passe avant tout. »
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Federer a parlé finalement peu de lui, mais beaucoup des autres
Roger Federerer est venu sur scène. Pendant 28 minutes, il a parlé finalement peu de lui, mais beaucoup des autres. Ceux qui l'ont inspiré (Edberg, Sampras), ceux qui l'ont fait progresser (Peter Lundgren, Paul Annacone, Ivan Ljubicic ou Séverine Luhti), celle qui partage sa vie depuis 26 ans (« Elle a été ma partenaire d'entraînement, mon coach, mon amie, ma styliste… Mirka m'a appris à rester davantage concentré sur mon tennis. Ensemble, nous sommes capables de traverser les murs. »). Il a parlé du tennis, ce drôle de sport où des émotions contraires traversent un court pendant 2, 3, 4 ou 5 heures de jeu. Ses titres (103), ses Grands Chelems (20), sa rivalité avec Nadal et Djokovic, sa classe sur un court, ses coups de génie, ses coups de blues, ses coups d'éclat sont un livre de souvenirs que l'on feuillette même si on les connaît par cœur.
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Car finalement, Federer, dans le temple de la renommée, a beaucoup parlé de nous. Rarement le beau s'était conjugué avec l'efficace pour nous offrir des moments d'émotion. Qu'on soit pour Federer, Nadal ou Djokovic, le voir jouer était comme voir un musicien créer une partition magique sous nos yeux. Rarement un sportif a représenté aussi bien son sport. Roger Federer était le tennis. Ça ne discutait pas. Il rassemblait en lui toute la vie de ce sport : la grâce d'un revers long de ligne, le labeur du déplacement juste, la cruauté d'une volée ratée, l'incompréhension d'un craquage mental, la surprise d'une remontada impensée, la joie d'une victoire, la tristesse d'une défaite... Federer aura été un jeune joueur colérique (1998-2000), un monstre invincible (2003-2006), un dominateur concurrencé (2006-2008), puis dépassé (2008-2009), un roi restauré (2009) puis frustré (2010-2012), un souvenir agréable (2013-2016), un géant retrouvé (2017-2018), une légende inattaquable (2018-2021).
« Je continue d'écrire ma lettre d'amour au tennis, a-t-il conclu les yeux très humides. Ma carrière de joueur est terminée, mais le tennis restera toujours au carrefour de ce qui m'est le plus cher : ma famille, nos amitiés, les quarante années écoulées et l'avenir que nous bâtissons. Pour moi, le tennis est à l'origine de tout cela. » Le tennis continue, des nouvelles stars assurent la continuité - point de nostalgie ici -, mais voir Federer au Hall of Fame, c'est inscrire nos souvenirs d'un temps inouï figés. On songe à Socrate : « La renommée est le parfum des actions héroïques. »