Turquie : vague d'arrestations au sein de la communauté LGBT+

La police turque procède depuis dimanche à des descentes dans des bars, auprès d'associations et aux domiciles de militants LGBT+. Des dizaines de personnes et d'ONG sont visées. Les autorités affirment agir au nom de la protection de l'enfance et de la famille. Les ONG sont inquiètes.

Depuis les premières arrestations et les premières déclarations officielles, les ONG de défense des droits des personnes LGBT+ et des droits humains en Turquie sont convaincues d’être face à une opération inédite par son ampleur et sa nature contre cette communauté.

"Ce qui frappe le plus, c’est que les mandats de perquisition accusent les personnes de possession ou vente de drogue, d’incitation à la prostitution ou encore d’obscénité", souligne dans le 12h30 Emma Sinclair-Webb, directrice Turquie de l’ONG Human Rights Watch (HRW).

Nouveaux chefs d'accusation

Elle précise: "Il s’agit de chefs d’accusation très variés, mais qui sont tous classés dans le cadre de la lutte contre le crime organisé. Nous n’avons jamais vu une telle approche adoptée auparavant à l’égard de la communauté LGBT".

Le gouvernement justifie cette opération par la protection de l’enfance et de la famille. L’homosexualité n’est pas interdite en Turquie, mais l’homophobie fait partie intégrante du discours officiel depuis plusieurs années.

Pour Emma Sinclair-Webb, il s'agit d'une nouvelle étape dans la répression des LGBT+: "Cela montre que, même s’il y a eu des menaces ces dernières années visant à modifier la loi afin de criminaliser l’identité LGBT et les activités associatives, en réalité, le gouvernement agit aujourd’hui sans modifier la loi pour les criminaliser".

Autre fait nouveau : l’opération comporte un volet financier. La justice turque semble notamment s’intéresser aux financements internationaux des associations LGBT+.

Anne Andlauer/lia

L'Union européenne "précoccupée"

L'Union européenne a fait part lundi de sa "préoccupation" après les "récentes arrestations et procédures judiciaires engagées contre des militants" LGBT+ en Turquie.

"La Commission est préoccupée (...) Nous suivons l'évolution de la situation de près", a assuré Christian Wigand, un porte-parole de la Commission européenne.

Bruxelles "rappelle que la Turquie, en tant que pays candidat à l'Union européenne et membre de longue date du Conseil de l'Europe, doit promouvoir et garantir le respect des droits humains et de la dignité de toutes les personnes, indépendamment de leur identité de genre ou de leur orientation sexuelle", a-t-il ajouté.