Reportage international - En Mongolie, une forêt plantée par l’homme dans l'espoir de contrer la désertification
La Mongolie accueille depuis le 17 août, et jusqu’au 28 août, la COP17 contre la désertification. Un sommet international à Oulan-Bator pour tenter de trouver des solutions et des financements contre ce phénomène exacerbé par le dérèglement climatique, qui touche une grande partie de la planète. La Mongolie en est l’une des victimes les plus emblématiques : 76,9% des terres mongoles sont touchées par la désertification qui rend des pâturages inexploitables. Cela fait des années que le pays tente de trouver des solutions.
De notre correspondant à Oulan-Bator, Étienne Cholez
Un mur presque noir se dresse au milieu de cette steppe verte : c’est une forêt, immense, la plus grande du pays plantée par des hommes. On est tout au nord de la Mongolie, dans la province du Selenge. « Si vous allez 20 kilomètres plus loin, c’est la Russie, et il y a un petit village là-bas… C’est la commune russe la plus proche de la Mongolie », explique un habitant de la région.
Odbayar, 31 ans, représente la troisième génération de la famille qui a commencé à planter ces pins, typiques de la taïga. C’était au début des années 2000. « À la sortie du communisme en 1990, on exportait énormément de bois vers la Chine. Beaucoup de gens coupaient des arbres illégalement, ça provoquait des feux de forêt. Le sol ici, c’est du sable. S’il n’y a pas d’arbre, ce sable se propage. C’est pour ça que mes parents ont décidé de se lancer dans cette opération de reboisement : pour faire renaître cette magnifique nature », raconte-t-il.
Cette forêt protégée s’étend sur une superficie de 65 000 hectares. Odbayar et sa famille ont replanté des arbres sur environ 20 000 hectares. Cette histoire est devenue l’emblème du projet « 1 milliard d’arbres » d’ici 2030, le programme phare de la Mongolie contre la désertification. « Pour lutter contre ce phénomène, vous devez d’abord planter des arbres dans des endroits qui en avaient. Dans le désert de Gobi, par exemple, il n’y en a jamais eu en grande quantité, comparé à ici, le nord de la Mongolie », précise-t-il.
Un manque de végétation mortel pour les élevages
Ce reboisement permet aussi de ramener des éleveurs nomades dans des pâturages qu’ils avaient quittés. Bayarsaikhan rentre les veaux avant la nuit. Sa yourte est installée en haut d’une colline qui surplombe la forêt. Cela fait cinq ans que l’éleveuse et sa famille ont quitté leur province natale, beaucoup plus montagneuse, située à 700 km à l’ouest du pays. « Dans mon ancienne vie, j’ai perdu trop d’animaux. Une année, on a eu un été sec, sans herbe. L’hiver ensuite a été terrible. J’avais 1 000 moutons. À la fin, il ne m’en restait que 108. Les vaches aussi, elles sont toutes mortes. C’était financièrement impossible. Ici, près de la forêt, c’est mieux. L’herbe pousse bien, elle est plus haute. Je peux enfin préparer les hivers », témoigne-t-elle.
Mandakh, une scientifique spécialiste de la désertification et membre du comité d’organisation de la COP17, analyse l’action de son propre pays. « La Mongolie se débrouille plutôt bien. Nous avons des lois dédiées à la désertification. Sur le papier, on a aussi différentes initiatives. Mais le problème récurrent, c’est le financement. Nous sommes un pays qui vient juste de commencer son développement. Cela veut dire que parfois on se développe avec la nature et parfois contre », souligne-t-elle. Elle espère que cette COP17 servira à quelque chose et ne sera pas un sommet de plus où les discussions prennent le pas sur les actes.
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