En matière de cybersécurité, "peu de ministères sont au niveau requis"

Face à la vulnérabilité des systèmes informatiques de l'État, une nouvelle unité dédiée à la cybersécurité est en cours de création. Emmanuel Duteil revient sur cet aveu assez spectaculaire de Sébastien Lecornu : en matière de cybersécurité, "peu de ministères sont au niveau requis".

Publié le jeudi 20 août 2026 à 07:43

Sébastien Lecornu reconnaît donc que l’État n’est pas suffisamment armé face aux cyberattaques. Et il en tire immédiatement les conséquences : il demande à l’ANSSI, l’agence chargée de la cybersécurité de l’État, de créer une nouvelle unité capable d’intervenir en urgence en cas d’attaque.

La phrase est pour le moins inquiétante !

Et il faut dire que l’actualité lui donne quelques raisons de s’inquiéter. On vient de découvrir le piratage des impôts. Près de 700 000 particuliers et entreprises sont concernés. Et dans cette affaire, les pirates n’ont pas récupéré les mots de passe permettant d’entrer directement sur nos comptes fiscaux. Non, non. Ils ont récupéré autre chose : des morceaux de nos vies.

Notre niveau de revenu, notre situation familiale, notre taux d’imposition. Pris séparément, ça ne paraît pas forcément très dangereux. Ça l’est beaucoup plus si on fait parler toutes ces données ensemble.

Autrement dit les arnaques vont devenir plus difficiles à repérer ?

Oui. Jusqu’ici, l’arnaque sur Internet, c’était souvent un peu la pêche au chalut.

On envoyait des centaines de milliers de messages identiques en espérant que quelques personnes mordent à l’hameçon. Et parfois, on les voyait arriver de loin : un faux remboursement des impôts, une faute d’orthographe, un lien bizarre. Mais imaginez maintenant que l’escroc connaît votre nom, votre situation familiale, votre niveau de revenu.

Il peut vous envoyer une arnaque qui ressemble exactement au message que vous pourriez recevoir de l’administration. Et avec l’intelligence artificielle, on peut fabriquer à grande échelle des messages parfaitement écrits et personnalisés. Tout à coup, le chalut devient un harpon.

Le problème, c’est qu’une fois ces informations volées, impossible de les récupérer

On vous vole votre carte bancaire : vous la bloquez. On vous vole votre mot de passe : vous le changez.

Mais votre date de naissance, votre situation familiale, votre historique fiscal… vous n’allez pas les changer.

La donnée personnelle est donc un drôle de butin : elle peut garder de la valeur pendant des années. Et c’est là que l’aveu de Sébastien Lecornu devient vraiment préoccupant.

Depuis vingt ans, on nous explique que l’État se transforme en coffre-fort numérique. Mais visiblement, il manque encore un peu le « fort » dans le coffre-fort. Parce qu’un coffre rempli de données extrêmement précieuses, mais insuffisamment protégé, c’est un peu comme une banque qui laisserait la clé sur la serrure. Or les agences bancaires et les casinos savent protéger leurs lingots - sauf peut-être dans les films américains de braquage avec George Clooney.

Cette nouvelle unité cyber va-t-elle éviter de nouveaux vols de données ?

Va devoir déjà trouver ces agents, les payer… et les former en urgence. C’est pas gagné ! L’État est devenu extrêmement efficace pour numériser nos vies, collecter les informations… et, évidemment, prélever l’impôt. Pendant des années, la numérisation de l’État a été pensée comme un enjeu de modernisation et d’économies.

Il faut désormais la penser aussi comme un enjeu de sécurité nationale. D’autant que la quantité d’informations sensibles va encore augmenter, notamment avec la généralisation de la facture électronique dans les entreprises.

Derrière tout cela, un enjeu de confiance.

Le consentement à l’impôt est déjà suffisamment fragile. Si, en plus, les Français commencent à se demander si les informations qu’ils confient au fisc peuvent se retrouver entre les mains de cybercriminels, le problème n’est plus seulement informatique.