En Belgique, un quart des femmes pourrait n’avoir jamais d’enfant

[Cet article initialement publié le 3 juillet 2026 a été republié le 22 septembre]

Un peu partout dans le monde, à l’exception de l’Afrique subsaharienne, on est confronté à une inquiétante baisse de la natalité. Un sujet qui “devient de plus en plus un enjeu politique”, explique le journal belge Le Soir, car ses conséquences “sont multiples : insuffisance du nombre d’actifs par rapport aux inactifs, baisse des inscriptions dans les écoles, besoins de santé plus élevés en raison d’une population vieillissante, etc.”

Pour qu’une population se renouvelle, il faut que le nombre d’enfants moyen par femme, ce qu’on appelle le taux de fécondité, atteigne 2,1. Or, tous les pays européens sont en dessous de ce niveau. En 2024, le taux de fécondité allait de 1,75 au Montenegro à moins de 1,2 en Italie, Espagne ou à Malte. En France, il était de 1,61. La question est aussi brûlante au Japon, et surtout en Corée du Sud, qui affichait le record de 0,72 en 2023.

Le taux d’infécondité de période

Pour prendre la mesure du phénomène, rapporte le journal belge, des chercheurs ont imaginé un nouvel indicateur, qui tienne davantage compte de la tendance actuelle : les femmes n’ont pas simplement moins d’enfants en moyenne ; certaines – de plus en plus nombreuses – n’en auront pas du tout. Comme ils l’analysent dans un article paru dans la revue Regards économiques de l’université de Louvain-la-Neuve (UCL), et dans leurs recherches académiques, “l’infécondité – au sens de l’absence d’enfant au cours de la vie – n’est donc plus un phénomène marginal. Elle devient une composante centrale de la basse fécondité contemporaine”. Et “cette évolution mérite d’être analysée pour elle-même”.

Le “taux d’infécondité de période” propose donc une projection : “Il calcule le taux de non-parentalité qui devrait toucher les femmes en âge de procréer si aucune évolution sociétale majeure ne se produit”, résume Le Soir. “En Belgique, il tourne autour des 25 %”.

“Un taux important mais moindre qu’en Finlande, au Japon ou en Espagne où la non-parentalité touche une femme sur trois et même 45 % en Corée du Sud”, ajoute le professeur d’économie David de la Croix (l’un des coauteurs de l’étude) auprès du journal belge.

“Ces chiffres ne signifient pas que 45 % des jeunes Coréennes d’aujourd’hui resteront nécessairement sans enfant”, précise l’article.

“Ils signifient que, si les conditions actuelles de première naissance se maintenaient à tous les âges, le passage à la parentalité serait extrêmement faible.”

Conditions matérielles et infécondité biologique

Ce passage à la parentalité dépend de plusieurs facteurs. À commencer par les unions : dans la plupart des sociétés concernées, relèvent les chercheurs, le couple reste souvent une condition à la parentalité, tout en étant moins systématique et moins stable que pour les générations précédentes.

Il y a aussi les conditions matérielles : l’absence de revenu suffisant, d’emploi stable, de logement adapté et abordable peut également conduire à reporter un projet de naissance. De même que les conséquences de la maternité sur la carrière des femmes et leur avancement.

Les chercheurs soulignent également l’impact de l’état du monde :

“Lorsque l’avenir économique, professionnel, écologique ou politique paraît incertain, reporter peut sembler rationnel.”

Ces différentes raisons de reporter peuvent se combiner et rendre le projet d’enfant irréalisable. Car si l’infécondité biologique existe partout, notent-ils, “elle prend une signification nouvelle lorsque les projets d’enfant sont reportés à des âges où la fertilité diminue.”

Enfin, l’article relève un changement de normes, qui rend possible et acceptable le choix de ne pas faire d’enfants.