En Allemagne, le chancelier Merz s'accroche, malgré le "désastre" électoral vécu par son parti : "Il ne se laisse pas pousser vers la sortie"
Friedrich Merz ne lâche rien. Le chancelier le plus impopulaire de l'histoire de l'Allemagne, soutenu par seulement 13 % des Allemands, reste à son poste, à la tête du gouvernement et de son parti, l'Union chrétien-démocrate (CDU). Et cela malgré le "désastre" électoral de ce dimanche, comme il qualifie lui-même les deux scrutins régionaux dans le Land de Mecklembourg-Poméranie-occidentale et dans la capitale, Berlin.
La débâcle est en effet historique dans le Mecklembourg, région du nord du pays, où pour la première fois de son histoire, la CDU échoue à franchir la barre des 5 % nécessaires pour être représenté au Parlement régional. Autre défaite, toutefois moins radicale, à Berlin où elle perd sa place de leader et ne peut plus prétendre à gouverner la ville. Dans le premier cas, la CDU est laminée par le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD), dans le second par le parti de gauche radicale Die Linke, emmené par Elif Eralp. "Deux forces destructives", comme les qualifie le chancelier. Ces défaites sont d'autant plus cinglantes qu'elles s'ajoutent au triomphe de cette même AfD dans la petite région de la Saxe-Anhalt, le 6 septembre dernier. Le parti d'extrême droite y a battu un record, avec 44,8 % des suffrages, divisant au passage de moitié celui de la CDU locale.
La pression va s'accroître
"Nous ne sommes malheureusement plus partout un parti populaire", a constaté à regret Friedrich Merz, ce lundi devant la presse. Le terme employé, "parti populaire", ou Volkspartei en allemand, signifie un parti présent dans toutes les couches sociales et à travers tout le pays. Ce n'est à l'évidence plus le cas pour la CDU, dont étaient issus les chanceliers Adenauer, Kohl et Merkel, et qui a pendant des décennies dépassé les 40 % dans les urnes. Désormais, l'Union chrétienne-démocrate n'est plus créditée que de 18 % d'intentions de vote au niveau national, ce qui fait dire au magazine der Spiegel, qu'elle n'est que "l'ombre d'elle-même".
Dans ce contexte très tendu, le choix de Friedrich Merz de rester aux manettes permet d'apporter de la clarté, même temporaire, après des semaines marquées par des rumeurs de démission et par celles de putsch interne. "Friedrich Merz est un battant" rappelle Wolfgang Schroeder de l'Université de Kassel. "Il lui a fallu trois tentatives pour prendre la tête de la CDU, et trois autres pour être choisi candidat à la chancellerie par son parti. Il ne se laisse pas facilement pousser vers la sortie. De plus, personne n'a eu le courage de le défier publiquement pour prendre sa place", constate ce politologue. "Il a donc quelques chances de poursuivre son travail mais pour combien de temps ? La pression va certainement continuer à monter car les élus de son parti vont craindre pour leurs jobs en cas de nouvelles défaites électorales", ajoute Wolfgang Schroeder.
Friedrich Merz, le retour d'un battant, "un attaquant plus qu'un défenseur", qui "ne lâche rien"Un réformateur "en mission"
En attendant, Friedrich Merz se veut combatif et joue la solennité, parlant de "mission historique" assignée au centre politique pour "remettre le pays sur pied". "Il s'agit ni plus ni moins de l'avenir démocratique du pays", a-t-il lancé, lundi, en référence aux réformes de fond lancées par son gouvernement, en matière de système de santé, de soins aux personnes et des retraites et des impôts.
Le gouvernement allemand veut mettre le secteur de la santé à la diète : "Nous vivons au-dessus de nos moyens depuis des années"Ces réformes sont notamment motivées par l'énorme défi démographique en cours dans le pays, avec un vieillissement accéléré, le départ à la retraite de millions de baby-boomers et un manque structurel de main-d'œuvre. Tout cela alors que le modèle économique du pays est en pleine transition, avec une croissante qui a certes repris mais qui reste tirée essentiellement par les dépenses publiques.
Le sujet explosif des retraites
Si le chancelier le plus impopulaire de l'histoire du pays met autant l'accent sur ces réformes, c'est qu'elles ont joué un rôle important dans la débâcle de son parti, et d'une moindre ampleur dans celle de ses partenaires sociaux-démocrates du SPD. Selon une enquête Infratest Dimap pour la chaîne de télévision ARD, 59 % des électeurs du Mecklembourg ont sciemment voulu "donner une leçon" au gouvernement fédéral via leur vote de dimanche. "Non seulement il y a eu de fortes critiques envers la politique du gouvernement, mais surtout les forces populistes ont réussi à faire passer un narratif selon lequel ils pourraient tout mieux faire que les partis du centre sur ce sujet. Et ils ont réussi à mobiliser", constate Tilman Mayer, de l'Université de Brême.
"Le statu quo n'est pas une option" pour le régime allemand des retraitesDepuis des semaines, en effet, les critiques fusent autour de projets de réformes en cours, avec un point critique : la volonté d'abolir la retraite pleine pour les personnes ayant travaillé 45 ans, sans avoir toutefois atteint l'âge légal. Le sujet a trouvé un fort écho dans les régions de l'ex-Allemagne de l'Est où se trouvent le plus de bénéficiaires.
Une coalition fragilisée
À la suite de ces trois élections régionales, le parti social-démocrate a d'ailleurs annoncé vouloir revenir sur ce point, alors même qu'il avait acté son abolition il y a quelques semaines. Plus largement, si le SPD a confirmé ce lundi tenir aux réformes, sa présidence explique vouloir réaliser un "contrôle d'équité" des mesures envisagées. "Nous ne pouvons pas ignorer ce que les électeurs nous dont dit dans ces trois scrutins régionaux. Nous avons besoin de réformes mais elles doivent être justes", a résumé le vice-chancelier Lars Klingbeil.
"Avec ces défaites électorales, chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates vont avoir encore plus de difficulté à travailler ensemble que jusqu'à présent", anticipe Wolfgang Schroeder. "Le chancelier va être défié sur sa gauche par le SPD, et en interne par l'aile néolibérale [de la CDU] qui l'a porté au pouvoir mais qui est très déçue de sa politique de compromis actuelle. Il n'est pas sûr qu'il tienne la pression très longtemps", juge ce politologue. Les prochains scrutins régionaux auront lieu en avril. À voir si Friedrich Merz sera alors encore aux commandes.
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