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  • 2026-07-22 17:13:06 +0000 UTC

    Jul 22, 2026

    Malgré la guerre en Ukraine, l’État russe impliqué dans un projet nucléaire en Allemagne

    Le projet controversé de l’entreprise ANF, filiale de l’entreprise française Framatome, en partenariat avec le russe Rosatom, a reçu le feu vert de la région de Basse-Saxe.

    Malgré la guerre en Ukraine, l’État russe impliqué dans un projet nucléaire en Allemagne. (photo d’illustration d’un sigle « Zone de contrôle - radioactive » dans une clinique allemande)

    MICHAEL MATTHEY / dpa Picture-Alliance via AFP

    Malgré la guerre en Ukraine, l’État russe impliqué dans un projet nucléaire en Allemagne. (photo d’illustration d’un sigle « Zone de contrôle - radioactive » dans une clinique allemande)

    Le projet fait grincer des dents outre-Rhin. La région allemande de Basse-Saxe, dans le nord-ouest du pays, a autorisé ce mercredi 22 juillet la production par ANF, filiale de l’entreprise française Framatome, de combustible nucléaire en coopération avec le groupe étatique russe Rosatom, un projet controversé du fait de l’implication de la Russie, dans un contexte de guerre en Ukraine et de vives tensions entre Moscou et l’Europe.

    L’État russe est accusé par le gouvernement allemand de lui mener une « guerre hybride » impliquant espionnage, sabotage d’infrastructures et désinformation. Autoriser Moscou à s’impliquer dans un projet de combustible nucléaire en territoire allemand a soulevé dès lors de nombreuses critiques, mais les autorités allemandes ont indiqué ne pas pouvoir l’interdire en l’absence de sanctions européennes.

    La Russie reste un acteur-clé du nucléaire dans le monde, si bien que plusieurs pays, la France en tête, tiennent à des partenariats. « Lorsque toutes les conditions requises sont réunies et que les risques identifiés peuvent être suffisamment maîtrisés grâce à des mesures adaptées et aux prescriptions imposées par les autorités, celles-ci sont tenues de délivrer l’autorisation », a expliqué le ministère allemand de l’Environnement dans un communiqué.

    La production de combustible doit avoir lieu dans une usine à Lingen, près de la frontière avec les Pays-Bas, et suppose la venue d’experts et d’équipements russes, nourrissant des craintes sur le plan de la sécurité nationale. Pour les défenseurs du projet, il s’agit d’assurer l’alimentation pérenne de centrales nucléaires de conception russo-soviétique encore en activité en Europe.

    Un « signal désastreux » pour l’indépendance énergétique européenne

    Le ministère allemand a souligné dans son communiqué que « si de nouveaux risques venaient à être identifiés », notamment « en matière de sécurité nationale », l’autorisation pourrait être réétudiée. Il note avoir « émis des réserves » car « l’État russe mène en Europe une guerre d’agression contraire au droit international et considère l’Union européenne, et l’Allemagne en particulier, comme des adversaires ».

    Mais il affirme ne pas pouvoir bloquer le projet, jugeant qu’il faudrait « des sanctions à l’échelle de l’Union européenne visant également le secteur nucléaire » russe. Contacté par l’AFP, le BfV, le renseignement intérieur allemand, n’a pas souhaité s’exprimer. Chargé de ce dossier depuis mars 2022, le ministre de l’Environnement du Land de Basse-Saxe, Christian Meyer a expliqué dans un communiqué que le gouvernement fédéral avait souligné « l’absence de base juridique permettant de refuser l’autorisation ».

    « J’ai toujours affirmé [qu’]une coopération étroite avec le groupe nucléaire de [Vladimir] Poutine était fondamentalement erronée », a-t-il dit, dénonçant un « signal désastreux pour l’objectif d’indépendance énergétique de l’Europe ». Un haut responsable parlementaire, Marc Henrichmann, interrogé par l’AFP, a jugé que les dirigeants russes voulaient maintenir « sous leur contrôle des points centraux de nos infrastructures critiques, notamment dans le secteur énergétique ».

    Le député conservateur, qui dirige la commission de contrôle du Renseignement allemand, a dès lors appelé Framatome à renoncer à son partenariat russe, assurant qu’au moins une solution alternative existait, les États-Unis fournissant à l’Ukraine « les mêmes barres hexagonales de combustible que les Français souhaitent désormais produire à Lingen en collaboration avec les Russes ».

    Les salariés envoyés par l’entreprise russe seront surveillés de près

    Dans son communiqué, le ministre de Basse-Saxe note que des mesures de sécurité ont été ordonnées pour limiter le risque d’espionnage ou de sabotage à Lingen. Selon lui, les employés de TVEL, filiale de Rosatom impliquée dans le projet, ne pourront accéder au site que dans des « cas exceptionnels étroitement limités, et toujours accompagnés ».

    Leurs équipements et logiciels feront l’objet d’audits externes et seront séparés du reste des installations. Le combustible à base de gadolinium importé de Russie fera aussi l’objet d’analyses poussées. Les employés du groupe français ANF (Advanced Nuclear Fuels) devront suivre des formations régulières sur ces mêmes risques sécuritaires.

    ANF avait demandé en mars 2022, juste après l’invasion russe de l’Ukraine, l’autorisation de produire à Lingen, avec Rosatom, des combustibles nucléaires compatibles avec les réacteurs des centrales d’Europe centrale et de l’Est, de conception soviétique ou russe. Depuis l’invasion, les Européens ont adopté des sanctions contre la Russie sur les importations de pétrole et de gaz.

    Ils ont en revanche toujours maintenu leur coopération avec la Russie dans le nucléaire civil, arguant d’une absence d’alternative. En outre, la Russie, grâce à ses réserves et ses intérêts au Kazakhstan, contrôle aussi une large part de l’approvisionnement mondial en uranium.

    2026-07-22 17:13:06 +0000 UTC