Emploi fictif, costumes... François Fillon revient "solder des comptes" sur les affaires qui lui ont coûté la présidentielle en 2017
Dans un long et rare entretien au média Legend, François Fillon revient sur les affaires qui ont plombé sa campagne présidentielle en 2017. S'il continue de clamer son innocence, l'ancien Premier ministre reconnaît avoir commis des "erreurs".
Il est venu "dire sa vérité". Très discret depuis son retrait de la vie politique en 2017, François Fillon est sorti du silence avec une longue interview au média en ligne Legend, publiée ce dimanche 30 août.
Face à l'animateur Guillaume Pley, récemment mis en cause pour d'anciens échanges à caractère sexuel avec des mineures, l'ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy revient longuement sur les affaires qui ont fait couler sa candidature à l'élection présidentielle de 2017, un scrutin dont il était le favori.
"Les gens lâches"
Ce retour médiatique est l'occasion pour François Fillon de "solder des comptes", alors que l'ancien locataire de Matignon semble toujours entretenir des regrets dix ans après les faits.
"Les gens auxquels j’en veux le plus, ce sont tous les gens lâches, ceux qui se sont tus ou m’ont accablé alors qu’ils étaient au courant des situations, ou étaient dans des situations identiques à la mienne", attaque d'emblée le Sarthois, faisant référence à l'affaire d'emplois fictifs concernant son épouse Penelope.
Condamné définitivement en appel à quatre ans de prison avec sursis et 5 ans d'inéligibilité dans ce dossier, François Fillon a également été suspendu cet été de la Légion d'honneur pour une durée de 10 ans.

Fin de l'affaire Fillon: une justice "politique", vraiment ?
20:25
"Il n’y a pas eu d’emploi fictif", continue pourtant d'affirmer François Fillon. "Le fait que votre épouse soit impliquée dans votre travail parlementaire, vous représente, reçoive les gens, traite votre courrier, assiste à des repas d'anciens à votre place... C'est une collaboration absolument fondamentale", assure-t-il.
"Quand j'ai été élu (député) en 1981, plus de la moitié des parlementaires avaient leur conjoint comme collaborateur (...) Le problème quand on est élu depuis longtemps, c'est que je n'ai pas vu que ce qui était une pratique normale du parlement pendant très longtemps n'était plus accepté par la société", poursuit-il.
"J'ai eu tort"
Persuadé d'avoir été condamné pour avoir employé sa femme, et non pour l'absence de travail effectué par celle-ci, François Fillon souligne que la Cour d’appel a relaxé le couple concernant le premier des trois contrats litigieux d’assistante parlementaire de Penelope Fillon, entre 1998 et 2002.
Mais si le président de la Cour évoquait "le bénéfice du doute" pour ce contrat, les époux Fillon ont bien été condamnés pour des emplois fictifs sur les périodes de 2002 à 2007 - alors que Penelope Fillon était employée par le suppléant de son mari, Marc Joulaud - et de 2012 à 2013.
"J’ai eu tort, je n’aurais pas dû poursuivre cette organisation lorsque j’étais au gouvernement et que mon suppléant siégeait", reconnaît en partie l'ancien locataire de Matignon.
"Sans cette affaire", François Fillon en est "convaincu": "Emmanuel Macron n'aurait pas été élu président de la République". "Mon premier regret c'est d'avoir fait perdre du temps à la France, car l'élection d'Emmanuel Macron a aggravé la situation de crise", confie-t-il.
"Ma candidature gênait"
Interrogé par Guillaume Pley sur la raison pour laquelle cette affaire est "tombée sur lui", François Fillon dénonce une instrumentalisation politique. "Un certain nombre de gens considéraient que (ma) candidature les gênait", assure-t-il, évoquant ses prises de position sur "la dette et la dépense publique" et son "opposition au mariage pour tous".
Selon lui, la justice a choisi "le juge d'instruction le plus déterminé à obtenir ma condamnation". Il affirme avoir fait l'objet d'une "procédure d'exception" liée à "une volonté de certains, je ne sais pas qui, de m’empêcher d’être candidat".
Pointant du doigt des "magistrats qui ont servi dans des cabinets de gauche", François Fillon s'appuie aussi sur les propos de l’ancienne procureure financière, Eliane Houlette, qui avait évoqué en 2020 l'"énorme pression" de sa hiérarchie au moment de l'affaire.
Plombé politiquement, François Fillon décide pourtant à l'époque de maintenir sa candidature à la présidentielle. Renoncer, "c’était donner raison à tous ceux qui manœuvraient pour m’écarter", justifie-t-il.
Les costumes, "une faute"
Quelques semaines plus tard, une autre affaire viendra définitivement doucher ses espoirs élyséens: l'affaire des costumes, qui a "pesé lourd" dans l'esprit des Français selon lui.
"J’ai commis une faute, j’aurais dû renvoyer ces costumes immédiatement", confie-t-il aujourd'hui, assurant qu'il n'avait pas connaissance, à l'époque, que les deux costumes Arnys d'une valeur de 13.000 euros reçus en cadeau avaient été payés par son ancien ami Robert Bourgi.
"J'ai été négligent", confesse François Fillon. "J'ai commis une faute qui m'a coûté très cher alors qu'il n'y a aucun sujet légal (...) mais c'était moralement inacceptable", reconnaît-il.
Au long de ces deux heures d'entretien, François Fillon a également commenté l'actualité politique. L'ancien Premier ministre charge lourdement Emmanuel Macron, un président qui a "accéléré de façon brutale la chute du pays". Si c’était à refaire, il n'appellerait "certainement pas à voter" pour lui face à Marine Le Pen, comme il l'avait fait en 2017.
Un temps membre du conseil d'administration d'entreprises russes proches du Kremlin, François Fillon a également été interrogé sur sa relation avec Vladimir Poutine. Avec le président russe, il assure n'avoir jamais rien eu d’autre que "des relations de travail", affirmant avoir décliné une invitation à l'anniversaire du chef d'État.
Sur le même sujet
Après avoir tenu dans la presse des propos très hostiles à l'égard du président ukrainien Volodymyr Zelensky et de ses soutiens occidentaux, l'ancien Premier ministre a reconnu la nature "autoritaire" du régime russe. Il a qualifié l'invasion de l'Ukraine de "faute", même si la guerre aurait selon lui pu être évitée en négociant avec Moscou.
Sujets liés :