"Elle s'est laissé couler dans cette relation" : accusé de violences conjugales, il rejette la faute sur une relation toxique et écope de 3 ans de prison

l'essentiel Jugé le 13 octobre au tribunal de Foix, un homme a été condamné à trois ans de prison, dont deux avec sursis probatoire, pour violences conjugales sur son ex-compagne. Malgré une interdiction de contact, il avait continué à la voir, entraînant de nouveaux épisodes violents. Le tribunal a également imposé un bracelet électronique.

"Ce qui est dangereux, c'est qu'on s'habitue. On pense qu'on le mérite." Anne* a-t-elle vraiment mérité de se retrouver sous l'emprise de son compagnon Louis*, dans une relation faite de violences conjugales récurrentes ? Certainement pas, tranche Maître Trespeuch, son avocate, qui rapporte que sa cliente a encore du mal à se considérer même comme une victime.

Pourtant, c'est bien Louis qui fait face à la justice ce mardi 13 octobre, derrière la paroi en verre du box des accusés au tribunal de Foix. Dans son sweat gris, son visage en lame de couteau, aux yeux intenses, ne laisse pas transparaître grand-chose quand la présidente retrace ce qui l'amène devant la cour : menaces, insultes, bris de vaisselle, coups de pied, étranglements, étalés sur près de deux ans de relation. Même alors qu'il était sous contrôle judiciaire, avec interdiction d'entrer en contact avec Anne, les deux se sont revus plusieurs fois, et est survenu un nouvel épisode de violences qui lui a valu de partir en prison.

Des étranglements faits pour terroriser

Pourtant, tout avait bien commencé, et les six premiers mois, rien à signaler. Puis la situation s'est dégradée peu à peu, laissant des traces sur son corps et son comportement, jusqu'à ce qu'une amie d'Anne s'affole assez pour pousser la porte de la gendarmerie et alerte sur ces violences habituelles dans lesquelles la jeune femme s'est retrouvée plongée. Au départ, Anne ne veut même pas porter plainte, avant de dévoiler peu à peu son enfer personnel. Le pire, raconte-t-elle, ce sont les étranglements qui ne durent que quelques secondes ; pas suffisant pour la tuer, mais suffisant pour la terroriser. 

Mais devant les gendarmes, Louis explique plutôt que les choses ont dérapé à cause du comportement d'Anne, qui le rabaisse, l'humilie, parce qu'ils n'avaient pas la même vision de leur relation - un couple qui n'en était pas vraiment un d'ailleurs -. Les gestes dont elle l'accuse ? Un moyen de se défendre quand elle devenait violente. Et pourquoi n'a-t-il pas dénoncé ces violences dont il était victime ? "C'est normal dans un couple, ça n'a pas trop d'intérêt."

"Je dirais plutôt que c'était une relation toxique"

À l'audience, le discours a changé. Ou peut-être pas tant. "C'est un comportement que je regrette, par rapport à mes excès de colère, je dois travailler là-dessus. Peut-être que je me sentais malmené, méprisé, mais ce n'est pas une excuse." Les gestes sont volubiles, la voix forte. Chef en restauration, le jeune homme évoque aussi une consommation de cocaïne, "échappatoire à ma gestion des émotions compliquée", qui a pu exacerber ses difficultés.

La présidente pose alors la question de l'emprise qu'il a pu avoir sur Anne. "Plutôt une relation fusionnelle, elle revenait, moi je revenais... Je dirais plus que c'est une relation toxique. Effectivement j'ai eu plus de torts qu'elle, mais elle aussi a eu des comportements manipulatoires." "Moi, je n'aime pas parler de relation toxique, lâche, glaciale, la magistrate. Ça déplace la responsabilité des personnes sur la relation et ça ne fonctionne pas comme ça." "Oui, oui, vous avez entièrement raison", s'empresse d'acquiescer le jeune homme.

Maître Trespeuch recentre le débat sur Anne dans sa plaidoirie, elle qui se sent encore en partie coupable aujourd'hui de cette situation. "Elle a mis trois gifles quand elle était acculée et qu'il mettait des coups de poing à côté de sa tête", rappelle l'avocate, qui parle d'un cercle infernal duquel la jeune femme ne savait pas se sortir alors qu'elle était réserviste de gendarmerie et connaissait la loi : "Elle s'est laissée couler dans cette relation", constate, attristée, la pénaliste.

Pas de véritable prise de conscience

La substitut du procureur Girardelli attaque bille en tête sur l'attitude de Louis : "On retrouve encore ce positionnement classique du 'Oui, mais...'" La magistrate y voit le comportement de quelqu'un qui cherche des excuses plutôt que de se remettre profondément en question. S'y ajoute le problème du positionnement évolutif de Louis au fur et à mesure qu'on lui présente les éléments incriminants : "D'abord, c'est la victimisation, on en est presque à de la légitime défense, ensuite Madame devient hystérique et il en a perdu son sang-froid."

L'association de Soutien judiciaire et d'orientation de l'Ariège, qui a suivi Louis pour son contrôle judiciaire, fait par ailleurs remarquer que son discours est "factuel, construit, dénué d'empathie". Face à ces éléments la faisant douter de la prise de conscience du jeune homme, la magistrate requiert 24 mois de prison dont 12 de sursis probatoire avec maintien en détention, ainsi qu'une obligation de soins et de travail et une interdiction de contact avec Anne.

"Il a juste révélé le pire de lui-même"

Mais pour Maître de Scorbiac, "on ne va pas au fond des choses, on reste dans le cliché". Pour l'avocat, Louis aussi a le droit de s'expliquer sur comment il a vécu cette relation, sans qu'on ne remette automatiquement en cause son expérience : qui plus est, "on n'interroge personne pour apporter de la nuance, parce qu'on a construit un édifice de pervers narcissique sans rien", s'insurge-t-il.

À lire aussi : "Combien sont tombées net, combien sont allées agoniser plus loin, touchées par des plombs mal ajustés ?" : la justice suspend la chasse à la perdrix grise des Pyrénées en Ariège

Tout en déclarant ne pas vouloir remettre en cause les déclarations d'Anne, le pénaliste décrète tout de même qu'elle a eu "plus de répondant que ça" : "Elle s'est défendue, elle a mis des gifles, il faut le dire quand même". Pas connu jusque-là pour des faits de violences conjugales, Louis ne serait pas quelqu'un de "mauvais en soi", mais il a "juste révélé le pire de lui-même au travers de cette relation que j'hésite pas à qualifier de toxique, mais il est déterminé à changer", dépeint l'avocat. 

Le tribunal estimera que Louis est bien coupable : il est ainsi condamné à trois ans de prison dont deux avec sursis probatoire et sous bracelet électronique. De plus, il ne pourra pas entrer en contact avec Anne.