"Elle est partie pour faire 30 000 km par an au moins" : après quatre mois de service, comment la voiture électrique partagée de ce village du Lot crée du lien et des économies

l'essentiel À Promilhanes, village lotois de 230 habitants, la voiture électrique partagée, lancée en juillet, a déjà parcouru près de 9 000 km. Après une adhésion de 60 euros par an, les résidents peuvent l'utiliser gratuitement, favorisant économies et solidarité. Dans un contexte où le prix du carburant est une préoccupation, le dispositif séduit déjà plus de 20 familles et renforce les liens communautaires.

À Promilhanes, les économies se font aussi à plusieurs. Dans ce village lotois de 230 habitants, la voiture électrique partagée, lancée en juillet dernier, a trouvé son public. Près de quatre mois après sa mise en service, le véhicule affiche déjà presque 9 000 kilomètres au compteur. "La voiture est partie pour faire 30 000 km par an au moins", se réjouit Jean-Marc Colon, le maire de la commune, satisfait de voir son projet prendre de l’ampleur.

À l’heure où le prix du carburant reste une préoccupation pour les automobilistes, l’initiative prend tout son sens. "Il ne faut pas se voiler la face. Il y a l’aspect économique. Il faut en tenir compte pour tout le monde", reconnaît l’élu. Ici, le principe est simple : moyennant une cotisation annuelle de 60 euros, les habitants peuvent réserver gratuitement la voiture, pour une durée maximale de quatre heures par jour. La commune prend en charge les frais d’électricité, estimés à une centaine d’euros par mois.

Le dispositif séduit désormais plus d’une vingtaine de familles. Le démarrage avait pourtant été progressif. "Les deux premiers mois, on avait dix familles. Depuis la rentrée, en septembre-octobre, on a plus que doublé les abonnements", constate le maire, qui espère atteindre les 30 familles l’an prochain. Aujourd’hui, le véhicule est réservé deux à trois fois par jour.

Une voiture qui permet de faire les trajets à l'hôpital

Mais à Promilhanes, la voiture partagée ne sert pas uniquement à se déplacer. Elle devient aussi un outil d’entraide entre voisins. Un habitant qui se rend à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron) peut, par exemple, récupérer le drive d’un autre qui n’a pas le temps de s’y rendre. Les trajets se transforment également en occasions de covoiturage, y compris pour rejoindre une soirée dansante dans un village voisin.

"Il y a tout un tas de trucs qui se sont greffés autour de ça", sourit Jean-Marc Colon. Dans la semaine, le maire est même allé chercher 300 kilos de pommes de terre pour les habitants. Au-delà des kilomètres économisés, le projet crée ainsi des occasions de se rencontrer dans une commune où les lieux de convivialité manquent. "Je vais chez le maraîcher et il va y avoir une dizaine de personnes qui vont se retrouver devant la mairie pour chercher leurs cagettes. […] C’est un petit truc en plus", raconte l’élu.

La voiture peut notamment servir à récupérer des fruits et légumes pour tout le village.
La voiture peut notamment servir à récupérer des fruits et légumes pour tout le village. Photo autorisée pour La Dépêche du Midi

Le véhicule répond aussi à un besoin plus essentiel : celui de la mobilité dans un territoire rural où les distances pèsent sur le quotidien. La population vieillissante réserve notamment la voiture pour se rendre à l’hôpital. Cahors se trouve à près de 40 kilomètres de Promilhanes, tout comme Figeac, tandis que Villefranche-de-Rouergue est à environ 25 kilomètres. "Ça fait 80 kilomètres pour aller à Cahors, aller-retour. Donc, ça fait un budget", rappelle le maire. Pour les habitants qui ne peuvent plus conduire ou qui ne disposent pas du permis, l’application permet de repérer les trajets prévus et de contacter les conducteurs pour demander une place.

Des économies et du lien

Le système repose sur une gestion entièrement assurée par la commune, sans société extérieure. Une autonomie qui permet de proposer un usage gratuit après adhésion. Pour Jean-Marc Colon, la responsabilisation des habitants est également une réussite : "En tant que maire du village, je n’ai jamais lavé la voiture, je n’ai jamais passé l’aspirateur et la voiture est toujours propre." Un signe, selon lui, que les habitants se sont approprié le véhicule.

La satisfaction est d’autant plus grande que l’initiative commence à faire parler. Plusieurs communes sont déjà venues observer le fonctionnement du dispositif. Il prévoit également de présenter le projet à Ouest Aveyron Communauté, avec des exemples concrets de covoiturage et de services rendus aux habitants.

Pour autant, le plus difficile reste peut-être à venir. "Maintenant que les réservations sont complètes, le chantier commence. Quand ça va bouchonner, on va voir si les gens jouent le jeu de covoiturer, de se rendre des services. C’est là qu’est le sens réel", estime Jean-Marc Colon. Car au-delà de l’économie sur le carburant, le pari est bien celui d’une solidarité de proximité. "Ça sert vraiment à faire des économies et puis, à travers l’économie, les gens se parlent un peu", résume le maire. À Promilhanes, la voiture électrique pourrait ainsi devenir bien plus qu’un moyen de transport.