« Elle a quelque chose de terriblement important à nous dire » : L'année où la musique a atteint les sommets enfin dévoilée

2RMNGH4 The Beatles - Photo from Billboard magazine, July 20th 1967 - Henry Grossman - All You Need is Love - Baby You're a Rich Man

Les Beatles en 1967.

© Alamy Stock Photo

Florent Barraco 04/10/2026 à 07:55, Mis à jour le 04/10/2026 à 07:55

Dans un ouvrage fascinant et foisonnant, Frédéric Garnier raconte l'année où la pop a rivalisé avec la musique classique.

La scène se déroule en avril 1967. Depuis quelques mois, les Beach Boys rivalisent avec les Beatles. Les mélodies de Brian Wilson n'ont rien à envier à celles de Paul McCartney et John Lennon. Macca l'avoue même : « God Only Knows » est, selon lui, sa chanson d'amour préférée. Après Rubber Soul, il y eut Pet Sounds. Après Pet Sounds, Revolver. Le Californien a ébloui le monde avec « Good Vibrations », premier single de son projet Smile, censé surpasser tout ce qui a été fait. Paul McCartney rend donc visite à son ami chez lui, à Los Angeles. Il croque un céleri lors de l'enregistrement de « Vega-Tables », ode aux légumes (il l'avait peut-être aussi fumé !). Le Britannique se met au piano et joue, devant Wilson et sa femme, sa nouvelle composition, « She's Leaving Home », œuvre planante et étourdissante. « Devant la grâce de la chanson, Marilyn éclate en sanglots. Déjà très perturbé depuis qu'il avait découvert, deux mois plus tôt, "Strawberry Fields Forever" sur son autoradio, Wilson est une fois de plus sidéré par l'aisance mélodique de son rival et recommence à douter de ses propres capacités. Voir sa femme se pâmer devant McCartney n'a sans doute pas contribué à son équilibre mental. » Wilson devient fou, jette toutes ses compositions à la poubelle, et son projet Smile ne sortira qu'en 2004.

Voilà l'une des anecdotes qui fourmillent dans l'excellent ouvrage de Frédéric Garnier, « 1967, l'âge d'or de la pop » (Perrin). L'auteur défend une thèse : l'apothéose de la musique pop a une date, 1967, et une émission, « Inside Pop », imaginée par l'un des producteurs de musique classique les plus en vogue, David Oppenheim. Sur CBS, le chef d'orchestre Leonard Bernstein explique que les titres signés Lennon, McCartney, Dylan ou les Byrds doivent être considérés comme l'équivalent des symphonies de Bach ou Schumann. La pop devient ce jour-là officiellement un art. Les Beatles enregistrent « Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band », leur chef-d'œuvre et le plus grand album de tous les temps. Brian Wilson joue « Surf's Up », chanson hallucinante de perfection, les Rolling Stones lancent leur cri « Paint It Black » et les Monkees font découvrir « I'm a Believer ».

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Touchée par la grâce

1967 est un sommet et un vertige. À la fin de son livre, Garnier liste les albums ou chansons qui vont égayer l'année, mois après mois : la psychédélique « Light My Fire » des Doors, la si parfaite « Penny Lane » des Beatles, la joyeuse « Happy Together » des Turtles, la tortueuse « Sunday Morning » du Velvet Underground, la très Fab Four « Pictures of Lily » des Who, la profonde « Waterloo Sunset » des Kinks, l'étourdissante « A Whiter Shade of Pale » de Procol Harum, l'hippie « Massachusetts » des Bee Gees, la fourmillante « Aquarius » d'Hair, « Sunshine of Your Love » de Cream, la sensuelle « Nights in White Satin » des Moody Blues, ou la sautillante « Care of Cell 44 » des Zombies. Les Français ne seront pas en reste, avec « Les Cactus » de Jacques Dutronc et « Comme d'habitude » de Claude François, la chanson française la plus jouée dans le monde.

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De ce fourmillement musical, Frédéric Garnier tisse une toile imparable pour explorer tous les recoins où la musique populaire, bien que rebelle et contestataire, touche à la grâce. Bernstein, sur le plateau de CBS, ne s'y trompe pas : « Je pense que cette musique a quelque chose de terriblement important à nous dire. » Seul bémol de ce livre, aussi essentiel que naguère « Plus célèbres que le Christ » d'Yves Bigot : la lecture en est rendue difficile, car il faut sans cesse interrompre sa lecture pour écouter la musique dont il est question. Un livre à lire et à chanter.

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« 1967, l'âge d'or de la pop », de Frédéric Garnier, éd. Perrin, 360 pages, 23 euros.

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