Elise Blanchard et Arthur Sarradin lauréats du prix Stéphane Frantz Di Rippel : la liberté d’informer célébrée à Biot
À Biot, le prix Stéphane Frantz Di Rippel célèbre la liberté de la presse et le courage d’aller chercher l’information là où elle se cache.
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Béatrice Courel
Créé le 24 octobre 2026 • 21:45
Mis à jour le 24 octobre 2026 • 21:45
BEATRICE GOUREL
Il est des soirées où l’émotion précède les discours. Vendredi soir, à l’hôtel Mouratoglou, la cinquième édition du prix Stéphane Frantz Di Rippel, en partenariat avec Nice Matin, s’est ouverte sur un visage, celui du directeur d’hôtel assassiné à Abidjan en 2011 pour avoir protégé des journalistes. Omar Ouahmane était l’un d’eux : « quand j’ai revu ce soir son regard déterminé qui n’a pas vacillé devant le danger, j’ai eu un immense flash-back car si Grégory Philipps et moi sommes là, debout, c’est grâce à lui. La liberté de la presse et d’expression n’ont pas de prix et celui qui incarne ces valeurs n’était pas journaliste » a témoigné le grand reporter avant de s’adresser à la relève : « À l’heure de l’intelligence artificielle et des réseaux sociaux, il est essentiel d’aller sur le terrain, de se confronter au réel. »
Se confronter au réel, c’est ce qu’ont fait les deux lauréats du prix du jury, récompensés ex æquo pour la première fois par leurs pairs. Dans la maison d’un taliban (Le Cherche midi), Élise Blanchard, actuellement en reportage à Nairobi, partage le quotidien d’une famille afghane. Avec Le Nom des ombres (Seuil), Arthur Sarradin recueille la parole de détenus à l’ouverture des geôles syriennes. Deux regards qui donnent voix aux invisibles et deux écritures en lice pour le prix Albert-Londres.
Arthur Sarradin repart avec trois distinctions, dont le prix de la Ville de Biot. Il ne s’y attendait pas. Avec pudeur, il partage aussitôt la paternité de son ouvrage : « Mon nom est sur la couverture, mais c’est un travail éminemment collectif. La force de ce livre, c’est l’oralité, la parole des autres. C’est ce travail choral qui est récompensé, et je pense remettre un ou deux de ces prix à des témoins avec qui j’ai travaillé en Syrie. »
Cette édition 2026 sera aussi celle d’une première. Christophe Gleizes, emprisonné en Algérie depuis juin 2025 et membre d’honneur du jury depuis deux ans, donne désormais son nom au prix « Christophe Gleizes de la liberté d’informer ». Les trophées soufflés par les maîtres verriers biotois ont été remis aux cinq auteurs de la sélection, Paul Gogo (Moscou Parano) et Simon Bolle (FIFA Connection) rejoignant ainsi les trois lauréats déjà cités et il en sera de même à chaque édition jusqu’à la libération du journaliste sportif.
Son ami et collègue Barthélem,y Gaillard, très touché, a pris la parole au nom de la famille : « Ses parents se battent sur tous les fronts. Je suis venu rendre hommage au professionnel et soutenir l’ami qui m’a lancé dans le métier. Ce prix fait chaud au cœur. La liberté d’informer, c’est ce pour quoi il est derrière les barreaux. »
Ce samedi, une conférence à la médiathèque a donné au public l’opportunité de débattre sur les exigences et les difficultés de leur métier. Pendant deux jours, à Biot l’étendard de la presse libre a flotté sur les vieilles pierres.
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