Elections régionales en Allemagne : laminé par les extrêmes, le chancelier allemand ne veut pas démissionner

Le chancelier Merz s’est enlisé un peu plus dans le marasme. Au point qu’il a parlé d’un « désastre ». Ce dimanche 20 septembre, les chrétiens-démocrates ont subi deux cuisantes défaites face aux extrêmes aux élections régionales qui se sont déroulées à l’est de l’Allemagne. Dans le Mecklembourg (en ex-RDA), où l’extrême droite AfD l’a emporté, et à Berlin, où die Linke, l’extrême gauche, est arrivée en tête. Les résultats ont été clairs dès la fermeture des bureaux de vote à 18 heures.

Englué dans une crise économique, impopulaire, dans le collimateur de Trump… Pourquoi le chancelier allemand Merz n’a jamais été aussi fragilisé.

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Un nouveau camouflet pour le camp conservateur, qui le 6 septembre avait enregistré une défaite historique en Saxe Anhalt (en ex-RDA également), où l’AfD avait fait un triomphe, avec 44 % des voix. Ce dimanche soir, la voix blanche, le chancelier a accusé le coup, mais assuré qu’il restait au pouvoir. Pour lui, pas question de démissionner. Il veut, a-t-il assuré, mener à bien les réformes indispensables à l’avenir de l’Allemagne.

Crépuscule du chancelier

Pourtant, depuis le printemps et plus encore depuis la fin de l’été, la presse allemande spécule sur la fin de Merz comme chancelier (Kanzler), multipliant les titres chocs : « Kanzlerkrise » (crise), « Kanzlerdämmerung » (crépuscule), « Kanzler Rücktritt » (retrait), « Kanzlertausch » (changement) et même de « Kanzlersturz » (renversement).

Au cours des deux dernières semaines, une série de sondages ont fini de crucifier le conservateur. 78 % des Allemands estiment qu’il n’est pas l’homme de la situation, (institut Insa), tandis que 88 % se disent insatisfaits de lui (institut Forsa). Pis, lui qui pendant sa campagne électorale fin 2024 s’était engagé à « réduire de moitié le score de l’AfD » voit, de mois en mois, l’extrême droite progresser.

Dans l’ensemble du pays, celle-ci rassemble désormais 28 % d’intentions de vote aux prochaines législatives, selon le dernier baromètre DeutschlandTrend infratest Dimap, contre 21 % pour les conservateurs. Enfin, pour finir de mettre Merz au tapis, un sondage ForsaRTL montre que 11 % seulement des Allemands font confiance au camp de Merz pour résoudre les problèmes de l’Allemagne.

« Personne n’est prêt à parier qu’il sera encore là à Noël » : le chancelier Friedrich Merz face à la révolte de son propre parti

Et comme si cela ne suffisait pas, le 13 septembre, Clara von Nathusius, trésorière de l’union des jeunes de la CDU, dénonçait dans une interview télévisée « un problème massif de crédibilité » du parti, écharpant son patron : « On ne peut plus gagner d’élections avec ce chancelier. » Patronne de l’opposition et co-cheffe de l’AfD, Alice Weidel a surfé sur la vague, déclarant que Merz est devenu « un lourd fardeau » pour le pays. Le conservateur est tellement sur la sellette, qu’il a dû annuler son déplacement à l’assemblée générale des Nations Unies, prévu le 23 septembre.

Descente aux enfers

Jusqu’où ira sa descente aux enfers ? Friedrich Merz a toujours été mal-aimé. Élu dans la douleur chancelier en mai 2025 (c’est le seul de l’Histoire de la RFA à avoir dû passer deux tours pour être confirmé par le Bundestag), il ne jouissait alors d’un taux de popularité que de 35 %.

Son passage par le monde des affaires (il a présidé le conseil de surveillance du fonds Black Rock en Allemagne), ses photos aux commandes de son avion privé, son style raide, ainsi que ses maladresses, et provocations (comme lorsqu’il a fustigé cet hiver des congés maladie trop nombreux et des semaines de travail trop courtes en Allemagne) lui ont valu une désaffection grandissante.

Pis, à la fin du printemps, selon un sondage de l’institut américain Morning Consult, mené dans 24 démocraties du monde, Friedrich Merz était le leader le plus impopulaire dans son pays (avec 76 % d’insatisfaits), talonné par Emmanuel Macron. L’été a accéléré le cauchemar. Fin juillet, le chancelier a procédé à un remaniement ministériel qui a tourné au fiasco : l’un de ses secrétaires d’État a été informé par la presse de sa disgrâce, tandis qu’un autre député CDU a refusé officiellement le maroquin que lui proposait le grand patron.

Lors d’une réunion de mise au point dans le camp conservateur, Merz s’est entendu dire : « un parti ne se dirige pas comme une entreprise ! » Le très informé Spiegel surenchérissait : « Même au sein des plus hautes instances dirigeantes du parti, presque personne n’est prêt à parier que le chancelier sera encore en fonction à Noël. »

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Résultat, depuis des mois, la bulle berlinoise bruisse du nom de possibles successeurs à Merz, avec un favori : le très médiatique Hendrik Wüst, de vingt ans son cadet. Président de la plus grande région du pays, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le quinquagénaire est plus centriste, rond et enjôleur. Mi-septembre un sondage YouGov révélait que selon 48 % des Allemands, Merz ne sera plus aux commandes fin 2026.

Merz un politicien très résilient

Que peut-il se passer ? En vertu de la Loi fondamentale, plusieurs scénarios sont possibles, dont le déclenchement de la fameuse motion de défiance constructive, qui permet au Parlement de renverser le chancelier, mais uniquement s’il élit simultanément un successeur à la majorité absolue. Le scénario ne paraît pas réaliste aujourd’hui. Pas plus qu’une démission de Merz, « qui est quelqu’un de très résilient », répètent à l’envi ses conseillers.

Lors du Sommet sur l’Arctique à Rovaniemi, en Finlande, mi-septembre le chancelier a démontré son esprit combatif et son sens de l’humour (noir). Après avoir souligné que les enjeux de défense européens étaient autrement « plus importants » que ses problèmes domestiques, il a posé pour la photo officielle sur une terrasse avec d’autres leaders politiques. Alors qu’il s’est brièvement écarté pour regarder par-dessus la rambarde, il a lancé d’un air de défi, comme pour rassurer les inquiets : « Je ne vais pas sauter. »

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