Élections au Brésil: le duel Lula-Bolsonaro, un air de déjà vu
Un scrutin décisif se joue au Brésil dimanche 4 octobre. Dans ce pays fortement polarisé, la gauche de l’actuel président Luiz Inácio Lula da Silva est aux coudes-à-coudes face à l’extrême droite de Flávio Bolsonaro, fils de l’ex-président Jair Bolsonaro. Deux visions du Brésil et de sa place à l’international s’opposent.
Publié le : 03/10/2026 - 07:20
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De notre correspondante à Rio de Janeiro,
Le premier tour semble déjà joué d’avance. Les sondages varient sensiblement sur les chiffres, mais s’accordent sur un léger avantage de l’actuel président Lula au premier tour. Face à lui, Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président d’extrême droite qui a gouverné le Brésil de 2019 à 2022. Condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d'État et inéligible jusqu’en 2060, Jair Bolsonaro a désigné en décembre 2025 son fils pour lui succéder.
Entre le père et le fils, les trajectoires sont certes différentes, mais les projets sont identiques. Répression violente de la criminalité, libéralisation de l’économie, agenda culturel conservateur, rapprochement avec les États-Unis…
Mércia Alves, chercheuse au Centre brésilien d’analyse et de planification (Cebrap), explique que la « Triade » conservatrice – formée par le dirigeant autoritaire salvadorien Nayib Bukele, l’Argentin Javier Milei et l’Américain Donald Trump - sert de boussole au candidat d’extrême droite. « Le bolsonarisme sélectionne des éléments de ces trois modèles pour tenter de les reproduire dans une réalité brésilienne : un État minimal dans la protection sociale et l’économie, maximal dans la coercition », résume la politologue.
Promesses sécuritaires vs. bilan social
Si Jair Bolsonaro pouvait jouir d’une image antisystème, ce n’est pas le cas de son fils. À 45 ans, ce sénateur est le fruit d’une longue carrière politique. Député régional de Rio de Janeiro pour quatre mandats, son expérience de la politique est plus conventionnelle, faite de négociations et de relations pragmatiques avec des secteurs du centre et de la droite.
Au cœur de plusieurs affaires de corruption et de blanchiment d’argent, ses liens avec la milice de Rio de Janeiro sont largement documentés. Des scandales qui ne semblent pourtant pas atteindre la base bolsonariste, qui privilégie le rejet de la gauche de Luiz Inacio Lula da Silva. « Sa campagne a oscillé entre le vendre comme un Bolsonaro plus modéré et retrouver une posture d’affrontement pour consolider l’électorat anti-Parti des Travailleurs de Lula », analyse Mércia Alves.
Pourtant, le bilan du gouvernement Lula n’est pas si catastrophique que son adversaire veut le faire croire. Le Fonds monétaire international (FMI) annonce ainsi une croissance de 2,4 % cette année pour le Brésil, portée par la consommation nationale, un marché du travail solide et de bonnes exportations. Le taux de morts violentes a chuté, malgré un sentiment d’insécurité généralisé encore très élevé parmi la population.
Mais l’actuel président Lula peine à faire une campagne tournée vers un projet pour le futur du pays et mise davantage sur son historique de lutte contre les inégalités sociales et la pauvreté. Ces dernières semaines, il a annoncé une revalorisation du programme social Bolsa Família à hauteur de 15 %. Le 25 septembre, son gouvernement a interdit les paris sportifs en ligne, une mesure soutenue par une majorité de Brésiliens, alors que cette pratique est devenue une source d’endettement massif pour les familles. Des mesures dénoncées comme « électoralistes » par le camp Bolsonaro.
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Pressions américaines
La campagne se déroule sous l'œil attentif de Washington. Donald Trump a déjà démontré à de nombreuses reprises son soutien au clan Bolsonaro. En 2025, alors que Jair Bolsonaro était jugé devant la Cour suprême pour tentative de coup d’État après sa défaite en 2022, le président américain a imposé des sanctions douanières au Brésil, ainsi qu’au juge Alexandre de Moraes, à la tête du procès. Car depuis 2022, Eduardo Bolsonaro, frère de Flavio et surnommé « 02 » par leur père, incarne un lobby en faveur de sa famille, directement basé au Texas.
Au mois de mai, après une demande officielle de Flavio Bolsonaro, le gouvernement Trump a inclus les groupes criminels brésiliens comme le Comando Vermelho (CV) et le Primeiro Comando da Capital (PCC) dans la liste des organisations « terroristes ». Une décision qui pourrait entraîner des conséquences financières, diplomatiques et juridiques pour le Brésil, et qui sert la campagne du candidat d’extrême droite : la lutte contre l’insécurité est devenue son principal cheval de bataille.
« Flavio tente de résumer la dispute électorale à un projet de fermeté contre le crime organisé face à la faiblesse et au laisser-aller de Lula. Ce dernier mise sur un affrontement entre sa lutte pour conserver la souveraineté du Brésil face à l'ingérence étrangère voulue par le clan Bolsonaro », résume la chercheuse Mércia Alves. Lors de la dernière assemblée générale de l’ONU, le 22 septembre, le président Lula a réaffirmé que « le Brésil n’est dans l’arrière-cour de personne », soit une critique à Donald Trump.
À quelques jours du scrutin, les menaces d’ingérence américaine se sont intensifiées. Le gouvernement brésilien a demandé jeudi 1er octobre l'ouverture d'une enquête sur une potentielle ingérence des États-Unis pour peser sur le scrutin en faveur du candidat d'extrême droite. Cette décision fait suite aux révélations du journal britannique The Guardian, selon lequel Washington aurait accordé un million de dollars pour financer des organisations de la société civile opposées à la Cour suprême du Brésil.
Alors que 7 des 12 pays d’Amérique du Sud ont basculé à l’extrême droite ces dernières années, le Brésil représente le dernier rempart contre les États-Unis. Les électeurs de Lula disent craindre pour la démocratie de leur pays, alors que les importantes ressources naturelles du Brésil - terres rares, minéraux critiques, pétrole - pourraient intéresser Washington.
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