Économie. « Nous vivons une catastrophe » : entre sécheresse et canicule, l’agriculture en grande souffrance
L’agriculture française est confrontée à une nouvelle crise sévère à cause de la sécheresse et des fortes chaleurs qui frappent de plein fouet de très nombreuses exploitations. « Nous vivons une catastrophe climatique d’une ampleur que nous n’avons jamais vue sur une telle durée », alerte Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA, sur France Info.
Le premier syndicat agricole réclame un plan d’urgence qu’il chiffre déjà à plusieurs milliards d’euros pour compenser les pertes subies par les agriculteurs, même si leur ampleur sera connue plus précisément en septembre. « Il faudra que la solidarité nationale se mette en place si nous voulons continuer à produire », ajoute Arnaud Rousseau, qui compare la situation actuelle à celle de la sécheresse de 1976.
Des récoltes de maïs au plus bas
Il y a 50 ans, l’État avait fait appel à l’armée pour venir en aide aux éleveurs en transportant du fourrage dans les régions où les animaux en manquaient à cause du manque de pluie. Le président Valéry Giscard d’Estaing avait décidé de majorer les impôts de 4 à 8 % pour financer un fonds d’indemnisation des agriculteurs victimes de la sécheresse à hauteur de 5,5 milliards de francs de l’époque, environ 4 milliards d’euros d’aujourd’hui.
Cet été, les agriculteurs craignent de fortes baisses de rendement sous l’effet conjugué de la sécheresse persistante et des vagues de chaleur. Un grand nombre de filières sont concernées. Les producteurs de maïs s’attendent à des récoltes catastrophiques, en recul de 35 % en moyenne, les plus faibles depuis 1980. Les conditions climatiques frappent des secteurs qui souffrent déjà de la flambée du coût des engrais à cause de la guerre au Moyen-Orient. La filière du colza est également en grande difficulté. Les semis prévus dans les semaines qui viennent risquent d’être impossibles sur des sols trop secs.
La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a annoncé mercredi un plan global pour aider les agriculteurs à faire face aux conséquences des dérèglements climatiques estivaux. Le détail des mesures n’est pas encore connu, ni le montant total des aides. L’exécutif devra financer le soutien au monde agricole dans un contexte de fortes contraintes budgétaires, au moment où l’exécutif rappelle à tout bout de champ que les caisses de l’État sont vides.
Des mesures d'urgence ont été prises
Certains agriculteurs sont assurés par des contrats multirisques climatiques pour leurs pertes de récoltes mais cela ne suffira pas, prévient Arnaud Rousseau. « Nous avons besoin d’une réponse gouvernementale inédite. S’il existe un certain nombre d’assurances, elles ne pourront pas prendre en compte un tel niveau de sinistralité », affirme le président de la FNSEA.
Sans attendre le plan prévu à la rentrée, le ministère de l’Agriculture a déjà annoncé des mesures d’urgence pour soulager la trésorerie des exploitations et prendre en charge une partie des cotisations sociales, ainsi que des dispositifs de simplification et de dérogation qui s’ajoutent à des mesures facilitant la remise en production des exploitations les plus durement touchées. Le gouvernement attend un état des lieux qui va s’appuyer sur la mise en place d’une « cellule sécheresse » dans chaque préfecture pour « établir un diagnostic précis » et « transmettre des propositions » au ministère.
L’enjeu de l’eau
Arnaud Rousseau rencontrera le Premier ministre, Sébastien Lecornu, dans les premiers jours de septembre. Le président de la FNSEA s’inquiète pour la pérennité de nombreuses exploitations agricoles, déjà fragilisées par les crises précédentes.
« Le plan présenté par le gouvernement reste très largement insuffisant », estime la Coordination rurale. « Le véritable enjeu n’est plus seulement de passer l’été : il est de permettre aux exploitations de tenir jusqu’au printemps et, surtout, de pouvoir produire à nouveau », s’alarme le deuxième syndicat agricole. Cet été, la question de l’eau est encore plus au centre des débats qui agitent le monde agricole et la société, alors que l’agriculture représente à elle seule 61 % de la consommation d’eau en France.
Adepte des coups de force, la Coordination rurale conseille carrément aux agriculteurs de passer outre les interdictions d’irrigation. Celles-ci s’appliquent dans certains territoires des 67 départements qui sont désormais en situation de crise à cause de la sécheresse. Sur les 99 départements concernés par des restrictions d’eau, 21 autres sont en alerte renforcée, sept en alerte et quatre en situation de vigilance, selon Vigi-Eau.
Le ministère de l’Agriculture envisage d’étudier au cas par cas la possibilité de dérogations pour « concilier la préservation de la ressource en eau avec la continuité des productions agricoles » mais certains agriculteurs estiment que c’est insuffisant. Ils sont confortés par la loi d’urgence agricole adoptée en juillet puisqu’elle prévoit de doubler les volumes de stockage d’eau pour les usages agricoles d’ici à 2035.