Économie. La sécheresse assombrit brutalement l’avenir de la filière agricole dans les Vosges
Représentante de l’État, élus et responsables de la filière agricole vosgienne se sont donné rendez-vous ce mardi au Gaec du Milan, à Ambacourt, afin de faire le point sur les répercussions d’une longue sécheresse. L’heure est grave, comme en témoigne un signe avant-coureur qui ne trompe pas : les éleveurs ont commencé à puiser dans leurs réserves de fourrage et de maïs, indispensables à l’alimentation du bétail. « C’est un phénomène révélateur lorsque l’on sait que l’alimentation des animaux se compose à 60 % d’herbe et à 40 % de maïs », analyse Jérôme Mathieu, président de la Chambre d’agriculture des Vosges.
« La grande crainte actuellement, c’est la décapitalisation. Au lieu d’acheter des stocks, on préfère vendre des animaux. L’inquiétude concerne notamment les exploitations où travaillent deux ou trois personnes : si l’une d’elles part à la retraite, l’exploitant peut décider de vendre une partie de son troupeau pour compenser ce départ. Si on décapitalise, on ne recapitalisera pas », s’inquiète Xavier Bailly, président des Jeunes agriculteurs des Vosges. Des calculs comptables auxquels pensent certaines familles d’agriculteurs, alors que la sécheresse perdure depuis plusieurs semaines.
Xavier Bailly, président des Jeunes agriculteurs des Vosges, et Philippe Clément, président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles. Photo Philippe Briqueleur
Un contexte économique peu favorable à l’agriculture
Une amélioration rapide des conditions climatiques est essentielle pour l’avenir de la filière. « Certaines exploitations devront acheter du fourrage à des prix élevés, réduire leur cheptel et supporter une hausse importante de leurs coûts de production », prévoit Philippe Clément, président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles.
Ce mardi au Gaec du Milan à Ambacourt. Dans les Vosges, l’épuisement progressif des réserves menace la pérennité des exploitations, dont certaines envisagent de réduire leur cheptel. Photo Philippe Briqueleur
Les trésoreries des exploitations souffrent déjà d’un contexte économique peu favorable à l’agriculture. « La baisse des rendements et des volumes commercialisés, le maintien de charges de production élevées, la diminution des cours du lait, des bovins et des ovins, ainsi que les dépenses supplémentaires liées à l’alimentation animale fragilisent les exploitations », ajoute le président de la FDSEA, qui souhaite un accompagnement de l’État et des collectivités pour isoler les bâtiments d’élevage.
« Nous sommes dans une situation d’urgence »
« Nous connaissons un été très chaud et nous nous attendons à une tempête à la rentrée. On constate une totale inertie à l’échelon national face à ce qui se passe dans les territoires. Nous sommes dans une situation d’urgence qu’il faudra traiter de manière structurelle. L’eau est un sujet majeur, mais nous ne recevons pas de messages clairs, d’où notre inefficacité », confie Nathalie Babouhot, présidente de la communauté de communes Mirecourt-Dompaire, après Franck Perry, représentant du Département, qui a plaidé pour une unité d’action entre les collectivités.
Après le Gaec du Milan à Ambacourt, la délégation a rejoint le Potager de François à Mirecourt. Photo Philippe Briqueleur
« Je vois aujourd’hui du stock dans la ferme de Julien Marlangeon et je l’en félicite. Mais le législateur doit désormais tenir compte du fait que ce stock n’est pas une charge, mais une assurance qui relève de l’intérêt collectif », déclare le sénateur Daniel Gremillet.
Avant de se rendre chez le maraîcher François Guérard, à Mirecourt, Yohan Barbe, président de l’Union des producteurs de lait des Vosges, s’est inquiété du récent rachat du fromager Triballat, propriétaire de l’usine laitière de Neufchâteau, et de ses conséquences pour les producteurs laitiers vosgiens.