Économie. Avant le débat présidentiel organisé par le Medef, les entrepreneurs réclament du courage politique
Au cœur de sa Rencontre des Entrepreneurs de France (REF), le Medef a cette année choisi de faire entendre la voix de ses adhérents au travers d’une consultation massive et inédite. Près de 66 000 dirigeants d’entreprise y ont participé. Parmi les priorités qu’ils souhaitent voir animer le débat présidentiel : la réduction de la fiscalité, la simplification des normes et le retour de la confiance dans les politiques.
Boris Ivanoff -
Aujourd’hui à 19:45
- Temps de lecture :
Jamais l’université d’été de la première organisation patronale de France n’aura attiré autant de participants - plus de 20 000 selon le Medef contre 15 000 les années précédentes - et jamais le discours du patron des patrons en ouverture de l’événement n’aura été aussi critique à l’encontre des pouvoirs publics. « Tous les jours, les entrepreneurs de France doivent faire preuve d’un immense courage pour faire face aux volte-faces de la politique de l’offre, pour résister à cet environnement normatif gazeux », a scandé Patrick Martin, en ouverture de la Rencontre des Entrepreneurs de France (REF), ce mercredi au stade Roland-Garros à Paris.
Arrivé sur la scène installée pour l’occasion sur le court Philippe-Chatrier, au son de la chanson Du courage de la Grande Sophie, le président du Medef a réclamé « ce même courage aux pouvoirs publics, avec lucidité pour voir en face l’état de la France et de l’Europe et par la décision pour enfin prendre les bonnes ». Un appel qui fait écho aux principaux enseignements de la grande consultation lancée par l’organisation patronale et réalisée par OpinionWay entre le 15 avril et le 15 juillet dernier auprès de 65 872 dirigeants d’entreprise et adhérents. 82 % des entrepreneurs interrogés se disent en effet « pessimistes sur les effets de la politique économique du prochain président de la République (quel qu’il ou qu’elle soit) ».
« Non, la France n’est pas ultralibérale »
Une défiance massive à laquelle devront répondre jeudi sept candidats déclarés à la présidentielle, lors du premier grand débat de ce début de campagne. Face à cinq entrepreneurs venus les interroger et au public acquis à la cause de l’organisation patronale, ils devront aussi défendre leurs prises de position sur les préoccupations des patrons et plus généralement des Français. « Cessons avec le fantasme de l’annulation même partielle de la dette publique », a lancé Patrick Martin, visant directement Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise (LFI), qui avait de son côté affirmé qu’il est possible d’en effacer 18 %. « Et non, la France n’est pas un pays ultralibéral et non, les inégalités des revenus du patrimoine ne sont pas des monstres », a continué le président du Medef, là aussi à l’attention de LFI.
En lien direct avec l’endettement de la France, la fiscalité qui pèse sur les entreprises revient sans surprise en tête des sujets d’inquiétudes des entrepreneurs selon cette consultation du Medef. 83 % d’entre eux insistent pour que les charges patronales et les impôts sur les sociétés soient réduits et 75 % réclament une simplification des normes et des procédures administratives. Ils sont également 75 % à demander « d’urgence » une réduction des dépenses publiques et donc un changement du financement du modèle social français. La réforme de la retraite et les régimes sociaux s’inviteront sans aucun doute au débat de jeudi. Mais il sera peut-être aussi question d’avenir : 62 % des dirigeants ne souhaitent pas voir leurs enfants se lancer dans l’entrepreneuriat, toujours selon la même consultation. « Et c’est peut-être cela le plus inquiétant », a conclu Patrick Martin.