Dur retour à la réalité pour les chefs en campagne

Après avoir consacré deux journées à des débats télévisés, les chefs des principaux partis politiques ont été rattrapés par une brutale réalité, jeudi, vu la découverte d’un enfant d’un an dans le campement Notre-Dame, à Montréal.

« Ça me fend le cœur. Je suis une maman, d’abord et avant tout. Je ne peux pas croire », s’est désolée la cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ), Christine Fréchette, la voix étranglée par l’émotion. Elle a dit travailler sur un plan national de lutte contre l’itinérance et vouloir « éviter que ça se reproduise à tout prix ».

De Montréal, la mairesse Soraya Martinez Ferrada a reproché à Mme Fréchette — ainsi qu’au chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon — de ne pas l’avoir rencontrée depuis le début de la campagne électorale.

« On ne peut plus attendre après le gouvernement quand des enfants se retrouvent dans un campement », a-t-elle lancé. La mairesse a dit explorer ses « options légales », sans préciser lesquelles.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a confirmé avoir découvert un enfant d’un an au campement Notre-Dame, où sont installées plusieurs personnes en situation d’itinérance. Les autorités ont été avisées par un appel au 9-1-1 concernant « une situation nébuleuse impliquant un enfant », a déclaré une porte-parole au Devoir.

Le SPVM assure que l’enfant est désormais en sécurité. Le corps policier a confié l’enquête à son Module sur les abus physiques et les décès d’enfants.

« Inacceptable » et « gênant »

Sous pression, Mme Fréchette a qualifié la situation d’« inacceptable ». Elle a dit avoir demandé un suivi pour obtenir un portrait de la population qui vit dans des camps. « Quels sont leurs profils ? Est-ce qu’il y a d’autres enfants ? Il faut que, vraiment, ces enfants sortent de ce milieu. Ce n’est pas un milieu pour enfants, mais pas du tout », a-t-elle déclaré.

Le chef du PQ s’est quant à lui dit prêt à rencontrer la mairesse Martinez Ferrada en cours de campagne électorale. Il a rappelé son engagement de réduire l’itinérance de moitié et d’en « faire une affaire personnelle », relevant du bureau du premier ministre, s’il est élu le 5 octobre.

« C’est gênant pour notre société. On est une société riche. On ne devrait pas accepter ça. Des solutions, il y en a. […] Tout part de la volonté politique. Est-ce que vous avez entendu souvent, au cours des huit dernières années, la CAQ parler d’itinérance ? » a-t-il demandé.

De son côté, la cheffe parlementaire de Québec solidaire, Ruba Ghazal, a dit percevoir un manque de cohérence du côté du chef péquiste. « J’ai regardé son cadre financier, j’ai trouvé zéro dollar en investissement en infrastructures pour le logement. Où est-ce qu’on va mettre les personnes en situation d’itinérance si on n’investit pas dans le logement ? » a-t-elle demandé.

Présenté mardi, le cadre financier du PQ ne mentionne pas une seule fois les infrastructures. Or, pour lutter contre l’itinérance, « ça prend de la volonté, pas juste des belles paroles, puis des vœux pieux. Ça prend de l’argent, ça prend de l’investissement », a lancé Mme Ghazal. Elle a rappelé que son parti a réservé une enveloppe de 11,8 milliards sur quatre ans pour le logement.

Le chef libéral, Charles Milliard, s’est quant à lui demandé « comment on s’est rendu là ». Il a réitéré l’importance d’avoir « davantage d’intervenants » et de logements « sociaux et abordables ».

Son confrère conservateur, Éric Duhaime, a rappelé l’engagement de tous les partis à organiser une grande réflexion collective sur l’itinérance, comme l’a proposé l’ex-première ministre Pauline Marois.

« Il faut avoir de la compassion pour les gens qui les occupent. Il faut trouver des solutions, mais un campement n’est pas une solution, […] ce n’est pas un logement alternatif. Donc, il faut condamner le fait que ça pousse et s’assurer d’éliminer le plus rapidement possible les campements partout au Québec », a déclaré M. Duhaime.

Vers des pertes de 30 000 emplois ?

Dans un tout autre ordre d’idées, Mme Fréchette a avancé que la crise tarifaire avec les États-Unis pourrait menacer jusqu’à 30 000 emplois. De l’avis de son adversaire libéral, elle sous-estime les conséquences du conflit commercial.

« Quand on fait une extrapolation du nombre de secteurs touchés, le manufacturier, le forestier, l’aluminium, c’est impossible que ce soit seulement 30 000 », a calculé M. Milliard.

M. St-Pierre Plamondon a quant à lui déclaré que la cheffe caquiste arrivait « avec un chiffre qui est peut-être élevé, ou en tout cas, qui n’est pas le plus optimiste des scénarios », et que cela « n’a aucun sens », considérant le fait qu’elle a, auparavant, affirmé ne pas pouvoir chiffrer les répercussions, vu l’incertitude au sujet de la durée de la crise.

« La question lui a été posée à plusieurs reprises, notamment au débat. Elle donne des informations au compte-goutte », a aussi noté Mme Ghazal. « Trente mille emplois à risque d’être perdus : qu’est-ce qu’elle propose ? La pire chose qui peut arriver quand on est inquiets face à une situation, c’est de ne pas avoir d’information, c’est d’être dans le noir. Si [Mme Fréchette] a des scénarios, qu’elle les rende disponibles et transparents pour rassurer tout le monde », a-t-elle demandé.

Les chefs politiques ont tour à tour salué le rapprochement opéré par le premier ministre, Mark Carney, avec l’Union européenne (UE). Mme Fréchette a cependant réclamé un « statut spécial » pour le Québec, qui a déjà un pied dans un organe consultatif de l’UE, le Comité européen des régions.

a vec Benoit Valois-Nadeau