CPE : Duhaime accuse Fréchette de féminisme « dépassé »

Le chef conservateur Éric Duhaime a accusé samedi sa rivale caquiste Christine Fréchette d’adopter une vision « très dépassée » du féminisme après qu'elle lui eut reproché de vouloir « donner 100 piastres aux femmes pour qu'elles restent à la maison ».

De passage en Beauce jeudi, le Parti conservateur avait notamment promis d'accorder une allocation hebdomadaire de 100 $ par enfant aux parents qui feront le choix de garder leur enfant à la maison. Pour être éligible, l’un des deux parents devrait travailler au moins 35 heures par semaine.

Réagissant à cette annonce samedi, Christine Fréchette a répondu que la CAQveut que les femmes s'épanouissent puis développent leur autonomie financière.

J'entends toujours qu'Éric Duhaime veut plus d'autonomie, mais assez étonnamment, son autonomie, ça s'arrête aux femmes, a-t-elle renchéri.

Christine Fréchette parle devant des jouets posés sur une étagère derrière elle.

Christine Fréchette était de passage samedi dans un CPE de Lorraine, dans les Basses-Laurentides.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Ces critiques n'ont pas plu à M. Duhaime, qui a trouvé particulièrement méprisante l'attitude de Mme Fréchette.

Je trouve que son féminisme [à Mme Fréchette] est très dépassé. J'ai l'impression qu'elle parle comme si on était en 1980 ou en 1970.

Aujourd'hui, on a la chance de vivre dans une des sociétés les plus égalitaires au monde, où moi, comme gai, je peux aspirer à devenir premier ministre, où les femmes ont toutes les possibilités, a ajouté le conservateur.

10 000 nouvelles places en CPE

En visite ce matin dans un CPE de Lorraine, dans les Basses-Laurentides, Christine Fréchette s’est engagée à rehausser à 25 000 le nombre de nouvelles places en garderies à prix réduits d'ici 2030.

Il importe toutefois de préciser que de ces 25 000 places, 15 000 avaient déjà été annoncées par la CAQ.

Concrètement, Christine Fréchette a donc annoncé samedi matin un total de 10 000 nouvelles places (5000 conversions du réseau non subventionné et 5000 places créées).

La CAQ veut aussi accorder une prime de 10 000 $ à chaque nouvelle éducatrice diplômée du DEC en éducation à l'enfance, pourvu qu’elles s’engagent à travailler pendant au moins deux ans dans un CPE ou un service de garde subventionné.

L'objectif, d'ici 2030, serait d'en former 1000 par année pour répondre à la pénurie de main-d'œuvre.

Ensemble, les coûts de ces deux mesures sont évalués à 751,5 M$ sur 4 ans.

Éric Duhaime salue de la main devant un autobus bleu de campagne, aux côtés d'un agent de sécurité en costume.

Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, salue des partisans avant de monter à bord de son autobus de campagne à Lévis, le 2 septembre 2026.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Pour le chef conservateur, qui avait aussi qualifié jeudi le modèle des CPE de paternaliste, c’est encore trop peu de places pour répondre à la demande des 30 688 enfants inscrits sur les listes d'attente.

Il y en a 15 % qui vont gagner à la loterie des CPE avec Mme Fréchette au cours des 5 prochaines années, a critiqué Éric Duhaime, accusant au passage la cheffe caquiste d’être une partisane des monopoles publics syndiqués en misant sur les CPE.

Selon le conservateur, les CPE constituent un modèle bureaucratique, traditionnel [et] monopolistique qui discrimine les familles faisant des choix différents, comme de fréquenter une garderie privée non subventionnée, une vision que ne partage pas son adversaire.

On le sait, Éric Duhaime, lui, il pense que notre réseau de garderie, il est soviétique, paternaliste. Moi, je pense qu'il est économique et qu'il est moderne, a répliqué Mme Fréchette. Elle a par ailleurs qualifié le réseau des CPE, une création du gouvernement péquiste de Pauline Marois, de joyau puisqu'ils permettent aux parents de concilier travail et vie familiale.

Ça permet aux femmes de s'épanouir sur le marché du travail si tel est leur souhait, de contribuer à la société puis d'enrichir notre économie, a-t-elle précisé.

Mme Fréchette estime en outre que le plan conservateur aura plutôt pour effet d’allonger les listes d’attente pour les CPE tout en délaissant les mères monoparentales.

Ce qu'[Éric Duhaime] dit, en fait, aux jeunes parents qui veulent une place, c'est : arrangez-vous!, a lancé la cheffe caquiste, précisant qu’il y aurait alors plus de femmes qui vont devoir rester à la maison.

Jeudi, le Parti conservateur s'était aussi engagé à maintenir le financement des CPE, tout en freinant les conversions. Il a aussi avancé l'idée d'augmenter le crédit d'impôt pour frais de garde d'enfants à partir du 1ᵉʳ avril 2027, ce qui permettrait aux familles d'économiser 950 $ par année pour chaque enfant, selon ses estimations.

La facture de ces aides aux familles en matière de services de garde est ainsi évaluée à 1,4 milliard sur 5 ans.

L'immigration fait pression sur les listes, dit Fréchette

Il coûte présentement 9,65 $ par jour aux parents qui font garder leur enfant dans une garderie subventionnée. Ce montant peut grimper à plusieurs dizaines de dollars par jour dans des services de garde non subventionnés.

En mars, Québec faisait état de l'ajout de 60 000 places subventionnées depuis 2021 pour répondre à la demande croissante.

Questionnée par les journalistes sur le nombre de places disponibles en CPE, Mme Fréchette, qui a entre autres été ministre de l'Immigration dans le gouvernement de François Legault, a tenu à préciser que l'augmentation, notamment, de la population immigrante [et] des demandeurs d'asile a créé un rehaussement des besoins, des demandes dans le système subventionné.

À cet égard, la Cour suprême du Canada a tranché en mars que tous les demandeurs d'asile, y compris ceux qui n'ont pas de permis de travail, sont éligibles aux garderies à prix réduit. Cet accès leur avait été retiré en 2018, sous le gouvernement libéral de Philippe Couillard.

La cheffe de la CAQ assure néanmoins qu'elle garde l'objectif de rendre les CPE accessibles à tout le monde, tout en respectant la capacité de payer des Québécois.

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