Du "gamin formidable" au soldat radié de l'armée: au procès de l'assassinat de Federico Martin Aramburu, l'itinéraire de vie de Loïk Le Priol

Les militants d’extrême droite Loïk Le Priol (à gauche), 32 ans, et Romain Bouvier (à droite), 35 ans, à l'ouverture de leur procès devant la cour d'assises de Paris. - BENOIT PEYRUCQ
Ce vendredi 11 septembre, la cour d'assises de Paris a entendu le père de Loïk Le Priol ainsi que Alpha 56 qui a côtoyé Loïk Le Priol dans les forces spéciales de la Marine nationale française.
Chemise bleu ciel un brin trop grande coincée dans son jean gris, le père de Loïk Le Priol s'avance à la barre. Qui d'autre qu'un père la cour d'assises de Paris pouvait-elle entendre pour retracer la vie d'un fils accusé de l'assassinat de Federico Martin Aramburu, un ex-rugbyman international argentin de 42 ans abattu en pleine rue à Paris, en mars 2022.
"Loïk était un gamin formidable, il a toujours été un gamin gentil. Il allait vers les autres, il était très imprégné des valeurs du scoutisme", rapporte son père. "C'était vraiment un super enfant, j'étais extrêmement fier de lui." Un sentiment qui s'est décuplé lorsque son fils, peu scolaire, a voulu embrasser à seulement 16 ans une carrière militaire, comme son père ou ses grands-pères.
"Plein de volonté pour servir son pays"
"Il est parti à l'armée plein d'allant, plein de volonté pour servir son pays", résume ainsi le père de famille. "Il a d'abord été mousse parce qu'il était trop jeune pour intégrer les commandos marine", poursuit-il. Loïk Le Priol rejoint ensuite l'école des fusiliers marins, puis atteint son graal: les commandos marine, "du premier coup", souligne fièrement son père, à seulement 18 ans.
Plus tôt dans l'après-midi, Alpha 56 a été entendu par la cour d'assises de Paris. Cité par l'avocat général, il a côtoyé Loïk Le Priol dans les forces spéciales de la Marine nationale française.
Ce vendredi, il retrace le parcours militaire de plus de sept ans de l'accusé: Loïk Le Priol est déployé à plusieurs reprises à Djibouti puis au Sahel où il sera cité avec l'attribution de la croix de la valeur militaire. Selon Alpha 56, Loïk Le Priol avait des compétences dans les domaines qui lui plaisaient et un esprit combattant. En revanche, un "manque de maturité", un "excès de confiance" et une "difficulté d'acceptation de l'autorité" avaient été relevés chez Loïk Le Priol jugé.
"C'est quelqu'un qui est passionné des tirs et d'équipement militaire, mais l'ensemble des notations, entre l'année 2013 et 2015, est assez moyen", expose Alpha 56. Sa difficulté à s'intégrer dans le groupe a aussi pesé contre lui, selon le témoin. "Il peut aussi montrer des difficultés à respecter les valeurs militaires."
"C'est rare qu'on punisse autant"
En 2012, la direction du renseignement et de la sécurité de la défense est mise au courant d'un rapprochement de Loïk Le Priol avec le mouvement de l'ultradroite. Il sera reçu à différentes reprises par ses supérieurs hiérarchiques qui lui demanderont "de rompre tout lien", affirme le témoin. "Tout ça dans une optique de lui laisser une seconde chance."
Tout au long de sa carrière militaire, Loïk Le Priol reçoit différentes sanctions, notamment pour état d'ivresse en 2012 ou pour ne pas avoir fait de compte-rendu de perte du matériel, en 2013. "L'ensemble de ces sanctions est assez exceptionnel pour un jeune marin en termes de fréquence. C'est rare qu'on punisse autant", analyse le témoin.
En 2015, Loïk Le Priol est sanctionné par son corps - 12 jours d'arrêt - pour ne pas avoir respecté le couvre-feu à Djibouti, un soir où une Djiboutienne l'a accusé de l'avoir étranglée et frappée dans une discothèque.
"L'enquête militaire n'a pas pu conclure à la réalité de l'agression", affirme Alpha 56. "Il existe des cas à Djibouti où des accusations sont portées sur des militaires afin de récupérer de l'argent. Il peut arriver qu'il y ait des accusations portées sans réalité des faits", poursuit-il. "Je ne dis pas que c'est le cas dans cette affaire. Je dis juste que ça peut arriver."
Loïk Le Priol s'est dit victime d'une "arnaque à l'africaine" dans ce dossier. L'affaire s'était réglée à l'amiable avec le versement de 1.800 euros à la Djiboutienne qui décidera de retirer sa plainte contre Loïk Le Priol.
Quelques jours plus tard, Loïk Le Priol sera évacué médicalement vers la France. À son retour, un syndrome de stress post-traumatique lui sera diagnostiqué avec un taux d'invalidité à 60%.
"Ce n'était plus du tout le même à son retour"
"Ce n'était plus du tout le même à son retour", confie son père à la barre. "C'était un gamin gentil quand il est parti et la guerre l'a transformé. Ce n'était plus le même garçon." Il revient sur l'achat d'un domaine avec son épouse à Draguignan.
"On pensait que c'était bien pour nous, on s'est aussi dit que ça pouvait le calmer." Loïk Le Priol obtient alors un diplôme d'agriculteur oléicole. "On pensait que le traumatisme était derrière lui… s'il n'était pas remonté à Paris pour voir ce putain de match de rugby…" Sa voix se brise, les larmes s'échappent. Loïk Le Priol, lui, baisse la tête.
Après une période de congés maladie et la découverte par la marine de l'affaire Edouard Klein, Loïk Le Priol est radié de la Marine nationale après plus de sept ans et demi de présence.
En quittant la Marine, Le Priol n'a pas rendu son matériel de commando - hors armement et munitions - d'une valeur d'environ 20.000 euros. En s'appuyant sur cette information, Me Yann Le Bras, avocat de partie civile, demande à diffuser la photo du matériel retrouvé sur Loïk Le Priol lors de son interpellation.
"Est-ce que ça correspond à du matériel des commandos marine ou est-ce qu'on peut l'acheter dans le commerce?", demande-t-il au témoin. Il ne peut déterminer ce qui appartiendrait à sa dotation.
"Je ne comprends pas bien le rapport avec ce petit jeu des sept différences", réagit Loïk Le Priol, invité par le président à se lever. "C'est mon matériel personnel, tout est achetable directement sur internet ou dans des magasins spécialisés."
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