Doubs. « On a vu des tracteurs franchir la frontière suisse »: avec la sécheresse, le trafic de fourrage se développe

  • Accueil
  • Faits-divers - Justice

  • « On a vu des tracteurs franchir la frontière suisse »: avec la sécheresse, le trafic …

Le 17 août, les douaniers de Pontarlier sont tombés sur un tracteur qui tentait de passer la frontière côté Suisse, avec un chargement de fourrage sur sa remorque. Ce contrôle a permis de mettre en lumière une nouvelle forme de contrebande née avec la sécheresse.

Valentin Collin -

Aujourd’hui à 07:30 | mis à jour aujourd’hui à 07:38

  • Temps de lecture :

« Habituellement, ce n’est pas un sujet qui occupe nos services, mais avec la pénurie qui touche nos pays, cette nouvelle forme de contrebande prend de l’ampleur », indique Brigitte Bourguignon, pour la douane. Photo d’illustration Lionel Vadam
« Habituellement, ce n’est pas un sujet qui occupe nos services, mais avec la pénurie qui touche nos pays, cette nouvelle forme de contrebande prend de l’ampleur », indique Brigitte Bourguignon, pour la douane. Photo d’illustration Lionel Vadam

Dans leurs fermes nichées à plus de 1 000 m d’altitude, des agriculteurs du Haut-Doubs ont aperçu un curieux manège ces dernières semaines. « On a vu des tracteurs franchir la frontière, charger du fourrage chez certains collègues et repartir côté Suisse. » L’information est remontée aux hommes de la brigade des douanes de Pontarlier, qui ont diligenté une série de contrôles en début de semaine. L’une de ces opérations a permis de mettre la main sur un chargement entier qui n’avait fait l’objet d’aucune déclaration à l’import et à l’export.

Cette pratique est le fruit de la crise climatique qui touche l’ensemble du territoire depuis plusieurs semaines. Dans les fermes, les stocks de paille et de foin sont au plus bas, et certains agriculteurs suisses n’hésitent pas à sortir le chéquier pour acheter des bottes au prix fort. « Pour les éleveurs qui ont des fournisseurs réguliers tout au long de l’année, les prix augmentent, mais dans des proportions raisonnables, de l’ordre de à 20 à 30 %, indique le président de la chambre d’agriculture du Doubs et du Territoire de Belfort, Philippe Monnet. Mais pour les personnes qui n’ont pas de filière établie, qui vont sur le marché spot, là, les prix explosent. » Ces profiteurs de crise font monter les enchères et distribuent le fourrage au plus offrant, au mépris des règles douanières.

La Suisse a supprimé ses droits de douane

« Cette filière est bien établie entre la France et la Suisse. Il suffit, d’un côté, de faire une déclaration en douane pour l’exportation et, de l’autre, une déclaration d’importation, avec paiement de la TVA. Ensuite, le tracteur doit passer par une frontière gardée », indique Brigitte Bourguignon, cheffe du pôle Action économique à la direction des douanes de Besançon. Des démarches qui ont un coût et qui poussent certains Français ou Suisses à s’en affranchir pour limiter les frais et le temps de traitement. « En temps normal, ce n’est pas un sujet qui occupe nos services, mais avec la pénurie qui touche nos pays, cette nouvelle forme de contrebande prend de l’ampleur. D’autant que la Confédération [helvétique] a également décidé d’aider ses agriculteurs en supprimant les droits de douane sur l’import de ces denrées. Ce qui crée un appel d’air. »

Une frontière de 250 km

Depuis quelques jours, ces agents, habitués à traquer la fuite de capitaux, les stupéfiants ou les objets de luxe non déclarés, ont reçu des instructions pour garder un œil sur le fourrage. « Dans ce contexte, on réalise plus de contrôles. Nos voisins se montrent également très vigilants. On sait qu’un camion en provenance de Mouthe a été verbalisé par nos collègues suisses. »

Les douanes de Franche-Comté doivent se montrer vigilantes sur cet immense territoire qui comprend de nombreux passages non surveillés. « Nous avons une frontière qui fait 250 km avec 41 points de passages non gardés. Et je parle uniquement des routes carrossables. On ne compte pas les accès par les chemins et les bois… » Le temps où un fonctionnaire occupait un poste gardé en rase campagne est désormais bien loin et l’État compte désormais sur les unités mobiles pour assurer ces contrôles et traquer les contrevenants.

Articles les plus lusFaits-divers - Justice