Double assassinat de Tourves : il avait tué ses beaux-parents en 2021, Anthony Barotin condamné à la réclusion criminelle à perpétuité

Durant les cinq jours de son procès devant la cour d’assises du Var, Anthony Barotin n’aura fendu l’armure qu’une seule fois. Et bien trop tard.

À l’écoute de la lecture des lettres qu’il avait écrites en détention à son (ex) épouse et ses enfants, à la toute fin de la plaidoirie en défense de Me Philippe Capsié, ses yeux ont semblé s’emplir de larmes. Mais aucune d’elles n’a coulé.

À l’époque de la rédaction de ces courriers, l’accusé s’y excusait d’avoir ôté la vie de ses beaux-parents, Patrick et Marie-Laure Lauro. Un acte « impardonnable » commis seul le 2 juillet 2021 à Tourves.

C’est du moins ce qu’il a soutenu durant les deux premières années de l’instruction, avant de faire rentrer dans ce tableau criminel « deux hommes cagoulés » et un commanditaire, ancien ami et associé de Patrick Lauro.

Une thèse trop branlante et pas assez étayée sur le plan matériel pour emporter la conviction des jurés. Après 4 h 30 de délibéré, ceux-ci ont déclaré Anthony Barotin coupable des assassinats de Patrick et Marie-Laure Lauro, excluant toutefois la circonstance de guet-apens.

L’accusé, le visage fermé, a écouté la présidente Emmanuelle de Rosa prononcer une peine de réclusion criminelle à perpétuité à son encontre, assortie d’une période de sûreté de 22 ans. « Vous devrez en outre respecter une interdiction de séjour dans le département du Var d’une durée de 10 ans à compter de votre éventuelle libération » ajoute la magistrate.

Dans la salle, débordant de proches des victimes, Loïc Lauro, fils aîné de Patrick et Marie-Laure, oscille entre surprise et soulagement. Les jurés sont allés au-delà des réquisitions de l’avocat général Guy Bouchet qui avait certes sollicité la perpétuité, mais avec une peine de sûreté de 20 ans et sans interdiction de territoire.

Anthony Barotin, défendu par Me Philippe Capsié, est resté de marbre lors de la déposition de son fils.

« Sa préméditation s’étale sur des semaines »

« Dans son projet criminel, Anthony Barotin n’avait rien laissé au hasard, notait quelques heures plus tôt Me Gaëtan Poitevin aux intérêts des parties civiles. Sa préméditation s’étale sur des semaines. »

Dès le mois de mai 2021, l’accusé avait en effet acquis une arme non répertoriée munie d’un silencieux. Puis il avait acheté des vêtements noirs dans une grande surface, avant d’effectuer un repérage dans les conditions du réel dans la soirée du 17 juin.

Inquiète de constater son absence du lit conjugal alors que la maison était verrouillée et l’alarme enclenchée, Céline Lauro l’avait vu revenir 45 minutes plus tard, en pyjama et en sueur, prétextant avoir oublié d’éteindre une lumière dans sa concession Citroën…

Deux semaines plus tard, profitant de l’absence de son épouse, il passait à l’action. Une fois au Domaine des Sources, il coupait l’électricité, obligeant Patrick Lauro à se rendre au compteur, situé à l’extérieur. Pendant ce temps, Anthony pénétrait dans l’habitation et s’en allait aussitôt abattre Marie-Laure dans sa douche. Elle sera découverte le pommeau encore dans la main. Il s’en prenait ensuite au chien du couple, puis à son beau-père.

Des aveux confirmés par les investigations

« Tout ça, Anthony Barotin l’a raconté avec force détails aux enquêteurs lors de ses aveux en garde à vue, puis devant la juge d’instruction, les experts et lors de la reconstitution, rappelle l’avocat général Guy Bouchet. Sa première version est confirmée par les investigations techniques et scientifiques. »

Tout le contraire de sa seconde version, impliquant « le milieu marseillais ». « A-t-on déjà vu des gens du milieu demander à un non-professionnel d’acheter l’arme du crime puis, surtout, de s’en débarrasser ?, ironise l’avocat général. Ou d’utiliser du calibre 22LR, qualifié de’’jouet’’ par certains spécialistes ? »

En défense, Me Maxime Falchi, intervenant aux côtés de Me Capsié, regrette que l’instruction n’ait pas permis d’expertiser des prélèvements effectués dans la Golf avec laquelle Anthony Barotin s’est rendu au Domaine, accompagné selon lui par deux individus armés. « Cela aurait pu confirmer les dire de mon client. Ou pas. Mais on a décidé de fermer cette porte et d’entretenir un doute sans qu’il profite à l’accusé… »

Seul écueil pour Anthony Barotin, les jurés n’en avaient aucun sur sa culpabilité pleine et entière.