Donel Jack'sman : "Avec les réseaux sociaux, n'importe qui, depuis son salon, peut devenir humoriste"
Depuis 6h40, ce mardi-là, Donel Jack'sman enchaîne les interviews avec les médias belges pour promouvoir son nouveau spectacle, Arrêtez ça !, qu'il jouera à Bruxelles le 21 novembre. Lorsqu'il rencontre La Libre, ni la fatigue ni la chaleur pesante n'ont entamé la gentillesse et, encore moins, la verve de l'humoriste, chroniqueur (Le Mag de la Santé sur France 5, Les Enfants de la télé sur France 2) et animateur (The Bridge sur YouTube) français.
"Dans chacun de mes spectacles, il y a une trame, démarre-t-il. Dans mon premier spectacle, J'raconte my life (2008), je me présentais. Dans le suivant, On ne se connaît pas, on ne se juge pas ! (2016), je plaidais pour qu'on arrête de mettre des étiquettes sur les gens. Avec Ensemble, en 2019, j'essayais qu'on revienne à plus d'unité, car nous sommes ultraconnectés, mais le monde se fracture de plus en plus".
Et pour ce 4e opus ? "La France, le monde en général, a basculé dans la bêtise collective, la haine, la colère et l'aigreur, déplore Donel Jack'sman. Ça vient de tous les côtés. Je constate un nivellement par le bas dans les domaines que j'aime : la musique, le rap en particulier, et l'humour − où il y a une exigence qui s'est perdue. Mais il y a aussi tout ce qui se passe au niveau politique, dans les médias… Cette ambiance un peu nauséabonde m'a mis en colère. Donc, pour Arrêtez ça !, j'ai décidé de pousser encore plus les murs, la liberté d'expression, les convictions, l'engagement, les combats. Surtout, j'ai poussé encore plus le rire".

Un humoriste tout terrain
Formé au Cours Florent puis repéré dans un petit café-théâtre pour participer au festival Juste pour Rire avant d'intégrer l'émission de Laurent Ruquier On n'demande qu'à en rire (France 2) et le Jamel Comedy Club (Canal +), Donel Jack'sman aime à le rappeler : "Je suis un humoriste de l'ancienne école, c'est-à-dire qu'être humoriste veut dire faire rire, être hilarant". "La base d'un humoriste, ce sont les blagues, martèle-t-il. Après, selon ce que tu racontes, on va te définir comme humoriste engagé ou léger ou cliché, etc."
guillementMoi, je n'attends rien (de personne). Petit banlieusard, fils d'immigrés, être où je suis aujourd'hui est déjà une victoire.
Politique (inter)nationale, société, égalité des genres, racisme, tendances lifestyle…, aucun sujet n'échappe à la plume acérée de Donel Jack'sman, volontiers rangé du côté des artistes engagés. "Je n'ai pas de censure, car la censure ne touche que les personnes qui attendent quelque chose", défend-il. "Moi, poursuit-il, je n'attends rien (de personne). Petit banlieusard (né en 1981, il a grandi à Villiers-le-Bel, au nord de Paris, NdlR), fils d'immigrés (il est d'origine camerounaise, NdlR), être où je suis aujourd'hui est déjà une victoire. Je suis monté sur scène pour raconter des choses. J'avais ce rêve et je le vis".
Au qualificatif "engagé", il préfère d'ailleurs celui d'humoriste "tout terrain" parce que "c'est comme cela que je suis dans la vie". "Je ne suis pas toujours en colère/content, donc mon spectacle n'a pas de raison d'être 100 % en colère/heureux. Idem dans mon travail : je suis très virulent dans mes vidéos sur Instagram ; avec Les enfants de la télé, je me retrouve dans le salon des ménagères, et je partage l'écran avec Jimmy Mohamed (Le Mag de la santé) sur France 5. Je ne suis pas un seul visage. Autre exemple, j'ai toujours aimé différents types de lecture. Avec le théâtre, j'ai découvert Tchekhov, Molière…, mais je lis aussi Marvel et des mangas".

Humoriste, un amuseur avant tout
Une ouverture d'esprit, des grands écarts qu'il juge indispensables. "Aujourd'hui, on vit dans une époque où il y a beaucoup de bruit. Et les humoristes deviennent très sollicités. Avec les réseaux sociaux, chacun commence à devenir un petit chef de communauté, parfois un guide et, parfois même, un gourou, observe-t-il. Il faut donc veiller à ne pas se prendre trop au sérieux, car un humoriste raconte juste des blagues". Et d'avertir : "Si les humoristes se prennent au sérieux, il ne faut pas en vouloir au public ou aux médias de les prendre au sérieux. Or, l'humour est fait de malhonnêteté, de mauvaise foi, d'amusement. Donc, oui, nous sommes engagés, mais n'oublions pas que nous sommes avant tout des amuseurs".
guillementAujourd'hui, tout le monde a capitulé devant la force des followers. Une chèvre qui a 500 000 followers peut créer un spectacle !"
Pourtant, force est de constater que "les réseaux sociaux ont changé la donne". "Aujourd'hui, n'importe qui, depuis son salon, sa chambre, peut devenir humoriste, peut devenir quelqu'un. C'est à la fois une force et un problème parce que n'importe qui peut devenir… n'importe quoi, estime Donel Jack'sman. Aujourd'hui, tout le monde (médias, producteurs, patrons de salle, intervenants et acteurs du métier…) a capitulé devant la force des followers. Une chèvre qui a 500 000 followers peut créer un spectacle !".
guillementIl y a certains humoristes dont les problèmes ou le combat sont plus connus que leurs blagues : ce n'est pas normal. Pour moi, la base du stand-up, c'est la drôlerie.
Ainsi, ce n'est pas tant qu'il y a de plus en plus d'humoristes, "c'est qu'il y a de plus en plus d'humains qui montent sur scène, nuance Donel Jack'sman, parce que la scène est devenue un défouloir, une thérapie, où les gens racontent leurs problèmes, leur burn-out, leur vie tragique, etc." Or, "un récit fort, puissant ou triste ne fait pas de toi un bon humoriste, sinon devient conférencier, écrit un bouquin…", lâche-t-il. "Il y a certains humoristes dont les problèmes ou le combat sont plus connus que leurs blagues : ce n'est pas normal. Pour moi, la base du stand-up, c'est la drôlerie."

Mais, attention, la drôlerie au sens d'écrire des blagues avec intelligence, réflexion, technique et rigueur. "Pour s'amuser sur scène et être brillant dans son art, il faut beaucoup de travail en amont. J'ai le respect de la langue française ; je cherche le bon mot, la bonne tournure… Je prends le temps d'observer, de réfléchir. L'humour est un métier très solitaire et très dur. Parfois, on dit qu'il faut être fou pour embrasser cette carrière, mais je le crois, car il faut un ego démesuré pour monter sur scène et faire rire toute une salle alors que l'humour est l'art le plus subjectif au monde."
→"Arrêtez ça !", le 21 novembre à 20h au Casino Viage à Bruxelles. Infos et rés. sur ticketlive.be
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