Dominique de Villepin, Bernard Cazeneuve, Xavier Bertrand... Pourquoi ils attendent pour se déclarer officiellement à la présidentielle
Dominique de Villepin, Bernard Cazeneuve, Xavier Bertrand... Pourquoi ils attendent pour se déclarer officiellement à la présidentielle
Publié aujourd'hui à 07h40
Lire dans l'appBFMMarie-Pierre Bourgeois

Le palais de l'Élysée. - LUDOVIC MARIN / AFP
Plusieurs figures de la vie politique font miroiter depuis des mois leur entrée dans la course à la présidentielle tout en jouant la carte de la patience. Mais pourquoi attendre et que cherchent-ils à faire?
S'approcher du bord de la piscine, y tremper un orteil, reculer, et recommencer l'opération. Impossible de ne pas avoir cette image en tête en pensant à la stratégie de ces potentiels candidats à la présidentielle qui oscillent entre entrée en campagne et crainte de se lancer.
Prenez Bernard Cazeneuve. L'ancien Premier ministre, qui fait savoir depuis des mois qu'il se prépare pour 2027 s'est fendu d'une lettre aux Français en juillet, avec une ébauche de programme présidentiel. Mais n'y voyez surtout pas une déclaration en bonne et due forme. Quelques jours plus tard, l'ex-maire de Cherbourg explique auprès de Marianne qu'il a pour "objectif de devenir président de la République" si son projet politique " rencontre les circonstances".
Xavier Bertrand, lui, a assuré à de nombreuses reprises vouloir "être candidat" comme lors des universités d'été du Medef en août dernier tout en assurant dans la foulée sur BFMTV "qu'avant l'heure, ce n'était pas l'heure".
"Tous ces gens-là n'iront probablement pas au bout"
Qu'attend le président de la région Hauts-de-France? "Je n’ai pas envie d’être un hamster de plus dans la roue", rétorque-t-il à plusieurs journalistes lors des rencontres annuelles du Modem auquel il a participé en septembre.
Dominique de Villepin fait aussi miroiter sa candidature tout en n'étant toujours pas officiellement candidat, ce qui ne l'empêche pas évidemment de distiller sa vision du pouvoir en cas de victoire comme lors du débat avec François Ruffin début septembre.
"Je confirmerai" ma candidature quand la campagne électorale aura commencé au-delà des jeux d'estrade", a confié l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac sur notre antenne le 30 août dernier. Bref, il est urgent d'attendre.
"Moins les candidats ont de chances d'avoir une chance de gagner, plus ils font semblant d'y croire", grince auprès de BFM l'ancien ministre de l'Économie Alain Madelin dans les années 90, lui-même ex-candidat à la présidentielle, et qui, d'après son propre aveu "en connaît un rayon sur les campagnes ratées".
"Tous ces gens-là n'iront probablement pas au bout et on le sait tous", partage encore le président du groupe socialiste au Sénat Patrick Kanner.
Un grand classique
Difficulté à récolter les 500 signatures de maires nécessaires pour se présenter et dont la récolte nécessite une armée de bénévoles prêts à sillonner le pays, banques rétives à prêter de l'argent à des candidats qui ne dépassent pas les 5% dans les sondages, le seuil nécessaire pour se faire rembourser par l'État ses frais, prévention à officialiser son patrimoine et sa déclaration d'intérêts auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique l'oblige…
Les raisons de ne finalement pas se présenter à la présidentielle sont nombreuses et sont un très grand classique de la vie politique.
En 1995 par exemple, une dizaine de candidatures plus ou moins déclarées n'iront pas au bout y compris des personnalités de premier plan comme les anciens Premiers ministes Raymond Barre, Laurent Fabius, l'ancien locataire de Bercy Jacques Delors et même l'ex-président Valéry Giscard d'Estaing.
Le phénomène se répète en 2002 où l'ancien ministre de l’Intérieur Charles Pasqua ou encore l'humoriste Dieudonné, pas encore multicondamné par la justice, avaient évoqué à de multiples reprises leur envie de se présenter dans la course à l'Élysée sans finalement se lancer. En 2007, c'est également le cas de Nicolas Hulot et de Jean-Pierre Chevènement et en 2012 de Jean-Louis Borloo.
Mais pourquoi donc se lancer plus ou moins officiellement dans la course pour ensuite se retirer?
Négocier son retrait
Première raison: mettre dans l'air une candidature peut permettre de se retrouver en position de force le jour où l'on décide de se retirer. Place d'importance dans l'équipe d'un candidat, éventuelles négociations sur des circonscriptions gagnables en vue des législatives, voire même un poste gouvernemental… Les motifs de négociations ne manquent pas.
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a ainsi proposé à Édouard Philippe, qu'il soutient désormais officiellement, de tendre la main à Xavier Bertrand en lui proposant Matignon en 2027. Le président de la région Hauts-de-France a beau avoir refusé comme il l'a expliqué au Parisien, la manœuvre a le mérite de la clarté.
"D'éventuels concurrents pensent beaucoup plus à vous si on se dit que c'est dangereux que vous vous lanciez pour de vrai. Ça peut les pousser à vous convaincre de vous retirer en échange d'éléments concrets", observe Émeric Bréhier, directeur de l'Observatoire de la vie politique et professeur associé à Sciences-Po Bordeaux.
Encore faut-il avoir un peu de poids politique pour représenter une éventuelle menace pour d'autres candidats qui occupent un espace politique proche. Bernard Cazeneuve, rarement testé dans les sondages, aura-t-il vraiment assez de force pour négocier un éventuel retrait en faveur du candidat qui emporte la primaire organisée Place publique et le Parti socialiste?
Exposition médiatique
La question peut tout autant se poser pour Xavier Bertrand, lui aussi peu présent dans la liste des candidats à la présidentielle dans les études d'opinion. Quant à Dominique de Villepin, il était crédité de 2 à 2,5% d'intentions de vote dans un sondage Elabe pour BFMTV le 31 août dernier.
Autre raison pour les candidats qui n'ont guère de chance d'aller vraiment au bout: pouvoir faire la tournée des plateaux pour déployer leurs idées.
"Une candidature à la présidentielle, c'est quand même l'occasion de faire des matinales, d'avoir des interviews partout, de se faire un peu mousser, même si vous ne pesez pas grand-chose", observe un membre de l'équipe d'Édouard Philippe.
"Et puis quand vous dites finalement que vous n'y allez plus, on vous invite à nouveau pour que vous vous expliquiez et après, vous pourrez commenter la bataille vers l'Élysée. C'est tout bénef", lâche encore en riant ce vieux routier de la politique.
Se rappeler au bon souvenir des Français
Dernière motivation: mettre à jour ses réseaux ainsi que sa popularité. Dominique de Villepin en est le meilleur exemple. Certes auréolé du succès de son discours devant les Nations unies en 2003 contre une intervention militaire en Irak, l'ancien locataire de Matignon était sorti par la petite porte de Matignon en 2007.
À l'époque, le diplomate finit politiquement démonétisé. La faute au CPE, le contrat première embauche pensé pour lutter contre le chômage de masse des jeunes, augmentant la période d'essai pour les moins de 26 ans.
Très vite, cet outil avait mis la gauche puis des centaines de milliers d'étudiants dans la rue, avant que Jacques Chirac ne décide de lâcher en rase campagne son lieutenant, mettant fin aux plus grandes manifestations des dernières décennies.
Autant dire que son retour en grâce comme défenseur d'une ligne d'équilibre sur le conflit entre Israël et le Hamas lui permet de se faire connaître de toute une génération de jeunes qui ne l'avaient pas connu ou des Français qui l'avaient éventuellement oublié, gauchisant au passage nettement son image.
"C'est sûr que son retour sur la scène médiatique n'avait rien d'évident et qu'il en profite", reconnaît le sénateur Jean-Pierre Grand qui avait fait campagne pour lui en 2012, avant que Dominique de Villepin ne lâche l'éponge, faute de parrainages.
"L'étiquette d'ex-quelque chose n'est pas vendeur. Là, on vous présente comme candidat potentiel, les gens se rappellent à nouveau de vous. Bernard Cazeneuve, il a été Premier ministre à peine cinq mois. Tout le monde l'avait un peu oublié alors qu'il ne laisse planer sa candidature", reconnaît un député socialiste.

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Et maintenant? "Il faut laisser décanter et voir comment la situation se cristallise en janvier prochain", résume Émeric Bréhier, le directeur de l'observatoire de la vie politique.
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