'Dire Adieu' ou l'amour cahotant d'une mère et de sa fille

Au Théâtre du Galpon à Genève jusqu’au 4 octobre, Nathalie Cuenet porte à la scène 'Dire adieu' de la dramaturge Valérie Poirier. Une pièce au parfum de fantastique avec une formidable Doris Ittig dans le rôle d’une mère hors norme.

Où sommes-nous? L’évidence du lieu viendra plus tard et de toute façon, dans 'Dire adieu', texte en chausse-trappes de Valérie Poirier, la géographie et la temporalité sont poreuses et sujettes à des glissements permanents. Dans un angle, une table accueille les restes d’une fête d’anniversaire et partout pendent de grands rideaux blancs qui parfois s’agitent au vent. Ça pourrait être une clinique ou un EMS. Cela fait aussi penser à cette mystérieuse pièce dans la série 'Twin Peaks': une antichambre entre les morts et les vivants, un lieu de passage.

Qui voilà? Une mère et sa fille. Leurs retrouvailles ne sont pas commodes. Ça frictionne, retrace une vie en zigzag avec de nombreux pointillés. Ça s’aime quand même. D’un amour maladroit, éruptif.

Une image du spectacle 'Dire Adieu'. [Théâtre du Galpon - Erika Irmler]
Une image du spectacle 'Dire Adieu'. [Théâtre du Galpon - Erika Irmler]

Le retour de la comédienne Doris Ittig

Sur scène, voici Doris Ittig. Presque une revenante. On la croyait à jamais perdue pour le théâtre, emportée par une sale maladie. La Grande Faucheuse a ses humeurs. Doris Ittig fut épargnée pour cette fois et c’est sa complice et amie de toujours, Claude-Inga Barbey, qui s’en est allée l’hiver dernier. Ça fait tout drôle de la voir dans ce rôle, Doris Ittig. Son texte semble parfois autant parler de son personnage que de son propre destin. Tenant tête à son bagout de mère qui aurait rêvé d’être "comme les autres", il y a Charlotte Filou, énergique entre le registre de l’enfance et celui de l’âge adulte. Elle est venue en visite, venue comprendre cette maman hors des clous.

>> A écouter, la chronique du spectacle 'Dire Adieu' dans l'émission Vertigo :

'Dire Adieu', de la compagnie Volodia [Gillian Hyland]Gillian Hyland

Jʹai une question : comment choisissez-vous votre troupe Nathalie Cuenet? / Vertigo / 4 min. / le 22 septembre 2026

Et puis dans 'Dire adieu', il y a les autres, dont on ne sait si ce sont des pensionnaires, des accompagnants, des amants, des voisines ou des évocations du passé, d’autant plus que ces humains se transforment parfois en animaux pour entonner d’étranges comptines. Raphaël Archinard, Camille Giacobino, Céline Goormaghtigh et Thierry Jorand entourent avec justesse ce duo aux airs d’Orphée et Eurydice, mis en scène par Nathalie Cuenet.

Comment interpréter le titre? Se dire adieu, c’est se quitter pour toujours. Mais dans un village valaisan, c’est aussi la manière de se saluer et de se reconnaître. Aux applaudissements finaux, 'Dire adieu' gardera sa part de mystère et d’envoûtement.

Thierry Sartoretti/olhor

'Dire adieu', mise en scène Nathalie Cuenet, Théâtre du Galpon, Genève jusqu’au 4 octobre 2026.