Désinfox. Violences du 17 octobre : octogénaires dépouillés, kalachnikovs… Les fausses informations se multiplient
Les manifestations du samedi 17 octobre ont été suivies pour certaines de scènes de violences et de pillages, suscitant de nombreuses publications sur les réseaux sociaux et des heures de direct sur les chaînes d’information. Le contexte est propice à l’émergence de fausses informations diffusées et démenties par des sources officielles.
Ainsi, dans une publication sur X, un compte localisé en Israël a publié le 18 octobre une photo d’un « couple d’octogénaires dépouillé, laissé à moitié nu » à Paris. « Pour moi, c'est l'image la plus horrible de ce 17 octobre », écrivait-il. La publication est partagée plus de 63 000 fois, aimée par 164 000 comptes et vue par six millions de personnes. Sauf que cette histoire et cette photo n’ont pas existé. Plusieurs indices démontrent que cette image a été réalisée par l’intelligence artificielle (une main à quatre doigts pour une victime, une personne cagoulée a deux têtes, le mobilier urbain ne correspond pas à celui de Paris…).
Ce contenu est bloqué car vous n'avez pas accepté les cookies et autres traceurs.
En cliquant sur « J’accepte », les cookies et autres traceurs seront déposés et vous pourrez visualiser les contenus (plus d'informations).
En cliquant sur « J’accepte tous les cookies », vous autorisez des dépôts de cookies et autres traceurs pour le stockage de vos données sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Vous gardez la possibilité de retirer votre consentement à tout moment en consultant notre politique de protection des données.
Gérer mes choix
Des personnalités d’extrême droite, comme la présidente du collectif Némésis Alice Cordier ou le chef du parti espagnol Vox Santiago Abascal, ont relayé l’information et l’image du couple, tout comme le SCSI, le syndicat des officiers et commissaires de police, qui a finalement supprimé son message. Dès samedi soir, BFMTV évoquait « des informations de police » faisant état d’un « couple de 80 ans agressé à République [à Paris] », « dépouillés » et « quasiment nus ». Le lendemain, CNews reprenait l'info, tout en précisant que la photo n'était « pas authentifiée », « pour l’instant ». Une agression a-t-elle eu lieu ? Mardi, le parquet de Paris a appelé « à la plus grande prudence sur ces images et rappelle qu’aucune plainte susceptible de correspondre aux faits n’a été identifiée ».
Des magasins détenus par des commerçants juifs visés à Marseille ? Le Crif dément
Dimanche matin, sur le plateau de CNews, le journaliste Paul Amar avançait que les pilleurs avaient « les adresses » des commerçants juifs. « Dans une rue de Marseille, tous les commerces détenus par des juifs ont été incendiés. Les commerces tenus par les musulmans ne l’ont pas été », disait-il. Ses propos ont été relayés sur les réseaux sociaux à de nombreuses reprises, en français ou en langues étrangères.
Une information démentie auprès de Libération par plusieurs organisations juives marseillaises. Bruno Benjamin, président du Crif Marseille-Provence, indique à nos confrères avoir « des informations venues du terrain. Nous connaissons des juifs comme des non juifs, des chrétiens et des musulmans, dont les magasins ont été ravagés, dévastés, cassés. Nous avons des retours comme quoi tous les commerces du centre-ville ont été ciblés. Il n’y a eu aucun mot d’ordre pour en épargner certains plutôt que d’autres ». La préfecture de police déléguée des Bouches-du-Rhône précise de son côté que « les commerces ont été pillés sans distinction religieuse ».
Des kalachnikovs dans les mains d’émeutiers proches de la mouvance islamiste ? La DGSI dément
Dimanche soir sur CNews, la journaliste au Journal du Dimanche Lara Tchekov citait « la DGSI », qui « nous dit que des kalachnikovs et des pistolets-mitrailleurs ont été retrouvés dans les mains d’émeutiers proches de la mouvance islamiste ». Elle assurait que les individus ont été repérés « à Paris, en région parisienne, à Marseille et à Lyon », sans avoir « encore été interpellés ». Le lendemain, la DGSI démentait ces propos auprès de Libération et du Monde : « C’est complètement faux. Le fond est faux et la source, la DGSI, ne s’est pas du tout prononcée sur le sujet. La DGSI dément complètement cette information. »
Après ce démenti, Lara Tchekov a « nuancé » ses propos sur X, mardi 20 octobre : « Ces informations dont je maintiens la véracité, ne m’ont pas été transmises par le biais d’une communication officielle de la DGSI, mais par des sources concordantes au sein du renseignement. » De son côté, CNews a apporté un démenti à l’antenne : « La rédaction de CNews n’a jamais été informée de ce genre de choses. Et la DGSI a d’ailleurs démenti les choses. Elle a tout simplement démenti formellement la véracité de ces propos. » Interrogé sur ces différentes fausses informations partagées sur des plateaux de chaînes de télévision, l'Arcom n'a pas répondu à nos sollicitations.
Ce contenu est bloqué car vous n'avez pas accepté les cookies et autres traceurs.
En cliquant sur « J’accepte », les cookies et autres traceurs seront déposés et vous pourrez visualiser les contenus (plus d'informations).
En cliquant sur « J’accepte tous les cookies », vous autorisez des dépôts de cookies et autres traceurs pour le stockage de vos données sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Vous gardez la possibilité de retirer votre consentement à tout moment en consultant notre politique de protection des données.
Gérer mes choix
30 000 pilleurs à Marseille ? Le maire juge le chiffre « ridicule »
Dimanche, la préfecture de police des Bouches-du-Rhône a annoncé avoir dénombré plus de 30 000 pilleurs le samedi, au plus fort des émeutes dans les rues de Marseille. Un chiffre remis en question par le maire de Marseille lui-même, lundi sur France Inter. « Je trouve cette défense assez ridicule. 30 000, c'est la moitié du stade Vélodrome. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'on gonfle un chiffre. Je ne sais pas à quoi joue la préfecture, mais elle joue. »
Auprès de La Provence, une source policière a également balayé ce chiffre. « Pour moi, on est sur 1 000 à 1 500 pilleurs. Ce qui est déjà énorme. Ils sont dans une surenchère totale pour tenter de justifier ce fiasco », affirme un gradé. La mairie de Marseille, contactée par franceinfo, a estimé le nombre de pilleurs entre 1 000 à 1 500 aussi en se basant sur les caméras de vidéosurveillance. Lundi, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a botté en touche face à cette « querelle de chiffres ». « Le préfet a donné une estimation, il y avait de toute façon quelques milliers de casseurs, c'est énorme. »
Des policiers pillent un magasin Lacoste à Limoges ? Le parquet dépose plainte pour dénonciation calomnieuse
Deux motards de la police nationale devant un magasin Lacoste de Limoges (Haute-Vienne) à la vitrine brisée, samedi. Ils se penchent et ramassent des paires de chaussures avant de les ranger dans le coffre de leur moto. Les images de cette scène ont été diffusées sur les réseaux sociaux dans la nuit de samedi à dimanche.
Lundi, le parquet de Limoges a décrit des « allégations mensongères ». « Les deux policiers filmés agissaient alors dans le cadre d’une intervention judiciaire, ayant reçu l’ordre de l’officier de police judiciaire d’appréhender les effets immédiatement accessibles depuis la vitrine pour être exploités dans l’enquête initiée pour vol aggravé », selon la procureure de la République de Limoges. Contacté par France 3, le commerçant confirme avoir récupéré dimanche son stock saisi.
Le parquet de Limoges a annoncé qu'une enquête judiciaire devait « être initiée contre le ou les auteurs de cette vidéo, du chef de dénonciation calomnieuse, faits punis et réprimés d’une peine de cinq ans d’emprisonnement ».
Des ingérences étrangères sont-elles à l'oeuvre depuis le 17 octobre ?
Le mouvement social du 17 octobre a généré un important trafic sur les réseaux sociaux, avec de nombreuses publications, dont « dans une certaine mesure de la part de comptes étrangers », nous indique une source de l'État. « La grande majorité du dialogue en ligne autour des événements reste d’origine domestique », relativise cette même source. Celle-ci ajoute que les « vidéos des violences intervenues dans la soirée du 17 octobre, en particulier à Marseille, Lyon, Paris et Limoges, ont continué d’être relayées par l’ensemble des médias internationaux, notamment par les médias d’État russes, iraniens, algériens, turcs et chinois ». Mais pour l'heure, une ingérence numérique étrangère n'a pas été relevée à ce stade des investigations.
Ce mercredi, Emmanuel Macron, lors d'un point-presse à Doha, a tout de même évoqué une « manipulation étrangère de l'information qui a donné lieu à des commentaires inacceptables autant que stupides de la part de beaucoup, y compris de dirigeants étrangers ». « Il y a des gens qui font campagne sur le dos de la France, des dirigeants qui sont dans des situations de campagne dans la région ou de l'autre côté de l'Atlantique, qui parfois avec crédulité reprennent ce qu'il y a dans l'intelligence artificielle ou qui relaient ce qu'évidemment des sphères veulent faire croire », a-t-il critiqué, visant sans les nommer le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou.