Des villas à prix record : en Corse, le marché de l’immobilier d’ultra-luxe défie la crise

Cala Rossa, à Porto-Vecchio.

Cala Rossa, à Porto-Vecchio.

© Stuart Black / robertharding via AFP

Julian Mattei, à Bastia 19/08/2026 à 07:01

Dans un marché qui peine à retrouver son élan, le segment du très haut de gamme résiste dans l’île. Le littoral continue d’attirer des acquéreurs fortunés avec un atout : la rareté.

Dix-huit millions d’euros pour cette villa d’architecture organique bâtie « les pieds dans l’eau » et sculptée dans les rochers, avec une crique d’accostage privée sur l’île de Cavallo, au large de Bonifacio (Corse-du-Sud). Seize millions d’euros pour cette propriété d’exception de 430 m2 avec accès direct à la plage et parc arboré, au cœur du prestigieux domaine privé de Cala Rossa, à Porto-Vecchio. Près de neuf millions d’euros pour cette villa d’architecture contemporaine de 400 m2, avec un panorama à couper le souffle sur l’archipel des îles Lavezzi, dans le très select domaine de Sperone et son parcours de golf 18 trous, classé parmi les plus prestigieux d’Europe.

Sur les annonces des agences immobilières de luxe qui officient en Corse, les chiffres donnent le tournis. Sans doute pour attiser la curiosité du chaland, certains biens d’exception sont même barrés de la mention « confidentiel », en guise de tarif. « À ce niveau de marché, le prix demeure évidemment un élément de décision pour nos acquéreurs, mais la question centrale est souvent : peut-on retrouver ailleurs un actif équivalent ? », observe Frédéric Olivieri, directeur de Corsica Sotheby’s International Realty, une agence spécialisée dans l'immobilier de prestige en Corse.

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L’Extrême-Sud ou le « triangle d’or » de la Corse

Si le marché classique peine à retrouver du souffle, le segment de l’ultra luxe continue d’attirer, dans l’île, des acquéreurs fortunés. Une clientèle constituée, pour l’essentiel, de personnalités de la finance internationale, de l’industrie, parfois du showbiz, à l’abri des soubresauts de la conjoncture économique, et qui a les moyens de ses coups de cœur. Les acheteurs n’attendent pas forcément un meilleur crédit pour signer : les achats les plus chers sont souvent réalisés sur fonds propres. 

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Tous recherchent la même chose, la perle rare du littoral. « Nous sommes sur un marché de rareté, qui observe un certain rebond après une courte accalmie, estime Jean-Noël Marcellesi, fondateur de l’agence immobilière du Golfe, active dans le secteur du prestige depuis trois décennies. Sur le très haut de gamme, le nombre de biens à la vente est très faible. Les contraintes d’urbanisme et de protection du littoral, liées à la nécessaire préservation des paysages, ont rendu extrêmement difficile, voire impossible, la construction de ce type de propriété, à ce point qu’une contraction de la demande n’entraînerait pas de baisse des prix. »

Chasse au trésor

Les attentes des acquéreurs, elles, sont peu ou prou invariables : vue sur mer, architecture de prestige, environnement savamment entretenu, accès à la plage, loin du tumulte et des regards indiscrets. Sur ce marché, l’unicité compte parfois davantage que la surface. « Dans le très haut de gamme, on n’achète pas seulement une maison et un terrain, fait remarquer Fréderic Olivieri. On acquiert une situation foncière, des droits existants, une confidentialité, une réelle qualité d’environnement et une configuration immobilière qu’il serait souvent impossible à recréer. » 

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Dénicher une de ces propriétés privées avec accès direct à la mer s’apparente à une chasse au trésor, tant l’offre s’amenuise. Sur le marché insulaire, c'est l'Extrême Sud qui se taille la part du lion : 80 % des ventes s'effectuent dans le « triangle d'or », entre Porto-Vecchio, Bonifacio et Pianottoli-Caldarello. Dans cette zone prisée, le ticket moyen se situe autour de sept ou huit millions d'euros. Exemple : cette demeure spectaculaire dessinée dans la roche par l’architecte Savin Couelle sur « l’île aux milliardaires », à Cavallo. Cette maison « à la Robinson », ainsi que la nomment les agences, a un prix à la hauteur de l'exception : cette propriété qui s'étire sur 300 m2, sur une presqu'île de près d'un hectare, s’affiche à la vente à… 8,5 millions d'euros !

La montée en puissance du « off market »

Sur ce créneau où les principes de sobriété et de discrétion font loi, la plupart du temps le prix de vente ne s'obtient qu'après une demande formalisée auprès des agences. Histoire de tenir à distance les curieux et les plaisantins... Sur les propriétés les plus remarquables, les marchands de biens observent d’ailleurs une évolution « significative » : la montée en puissance du « off market », ces biens mis en vente de manière très confidentielle et invisibles pour le grand public.

« Les grandes fortunes que nous accompagnons nous mandatent régulièrement pour rechercher des propriétés qui ne sont pas officiellement proposées à la vente, explique Frédéric Olivieri. Il n’est pas rare d’organiser, sur l’ultra luxe, une rencontre entre une offre et une demande qui ne sont visibles ni l’une ni l’autre sur le marché traditionnel. C’est peut-être l’un des paradoxes du marché corse aujourd’hui : plus un bien est exceptionnel, moins il est nécessairement visible. »