Des moustiques jusqu’en décembre? Pourquoi leur saison va continuer de s’allonger avec le dérèglement climatique
Publié aujourd'hui à 08h14
Lire dans l'appPlusieurs espèces de moustiques restent actives jusqu’en automne en France métropolitaine. Avec le changement climatique, leur saison va commencer de plus en plus tôt et finir de plus en plus tard, au risque de voir augmenter les cas de maladies virales comme la dengue ou le chikungunya.
L’été touche à sa fin, mais les moustiques sont toujours là. Dans certaines régions, septembre peut même correspondre à une période de forte prolifération. Cela n’a rien d’exceptionnel lorsque les températures restent douces et que les larves disposent de suffisamment d’eau. Les cycles de reproduction peuvent alors se poursuivre en septembre et en octobre.
Mais jusqu'à quand va-t-on devoir les supporter? La réponse varie selon les conditions météorologiques et les espèces de moustique, rappelle Frédéric Simard, entomologiste et directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement. La France métropolitaine abrite environ 65 espèces, face à 3.500 à l'échelle mondiale, qui n’ont ni les mêmes habitats, ni les mêmes horaires de piqûre, ni exactement le même calendrier d’activité.
La température, l’humidité et la disponibilité en eau déterminent largement leur activité. Une grande partie des moustiques se développe favorablement sous des températures de modérées à élevées. Pour le moustique tigre, particulièrement étudié car "de plus en plus présent en France", comme le justifie Frédéric Simard, la plage optimale se situe approximativement entre 20°C et 35°C, "soit actuellement de mai à fin novembre".
Les moustiques s'adaptent au changement climatique
Si l’automne, puis l'hiver tardent à s’installer, certains moustiques adultes peuvent encore être observés jusqu’à la fin de l’année. Selon le chercheur, leur activité peut se poursuivre tant que les températures ne descendent pas durablement sous les 10°C. Certaines espèces traversent alors l’hiver sous forme d’œufs, tandis que d’autres survivent à un autre stade de leur cycle. La "fin de la saison" ne signifie donc pas la disparition totale des moustiques, mais l’arrêt ou la forte réduction de leur activité visible.
Mais cette tendance pourrait s'accentuer à cause du dérèglement climatique. "Si l'hiver finit par disparaître, le fait même de parler de 'saison des moustiques' n'aura plus de sens", prévient même Frédéric Simard.
Cet été d'ailleurs, en pleine saison classique du moustique, ils se sont temporairement faits plus rares à cause des canicules à répétition. "Comme les humains, ces insectes supportent mal les conditions extrêmes", poursuit Frédéric Simard. Au-delà de 35°C, plusieurs processus biologiques perdent en efficacité et, autour de 40°C et au-delà, les moustiques entrent plutôt "en mode survie". À terme, les moustiques ne seront donc pas nécessairement plus nombreux au cœur de l’été, mais leur présence pourra devenir plus précoce, plus tardive et plus irrégulière.
"Les moustiques se remettent assez vite de la sécheresse, c'est une espèce qui va s'adapter plus vite que nous au changement climatique", résume Frédéric Simard.

L'alternance entre chaleur, sécheresse et fortes précipitations, appelée à devenir plus fréquente avec le dérèglement climatique, peut créer des creux suivis de reprises rapides.
Trois effets attendus du changement climatique
Ce dérèglement risque d'agir de trois façons sur les populations de moustiques en Hexagone, la première étant une saison plus étendue, de par un démarrage plus précoce au printemps et une fin plus tardive en automne.
Le deuxième effet tient à l’accélération du développement des populations de moustiques. Lorsque la température reste dans une plage favorable, le passage de l’œuf à la larve, puis de la larve à l’adulte, peut être plus rapide. Cela peut permettre à davantage de générations de se succéder au cours d’une même année.
Enfin, la capacité de transmettre des virus doit aller croissant avec ces évolutions. Après avoir piqué un hôte infecté, un moustique ne devient pas immédiatement contagieux: l’agent pathogène doit d’abord se multiplier dans son organisme et atteindre ses glandes salivaires. Lorsque les températures sont favorables, cette période peut être raccourcie. Le moustique a alors davantage de chances de devenir infectieux avant de mourir.
Une saison qui pourra gagner jusqu’à deux mois
Une étude de modélisation, publiée en août dans Global Change Biology, projette l’évolution du moustique tigre et du risque de dengue en France jusqu’en 2085. Ses auteurs estiment que la saison d’activité de l'espèce pourrait gagner un à deux mois au cours du siècle. Elle passerait ainsi d'environ 211 à 269 jours à Bordeaux ou de 241 à 282 jours à Montpellier par exemple, soit les trois quarts de l'année.
Dans le scénario climatique et démographique le plus défavorable, 89 à 96% de la France métropolitaine pourrait devenir climatiquement favorables à l'implantation du moustique tigre en fin de siècle. Sur certaines parties des littoraux méditerranéen et basque, les conditions pourraient même permettre une activité sans véritable interruption hivernale.

Le moustique tigre, un danger pour notre santé?
14:25
Des prévisions qui font craindre quant aux risques de maladies virales, appelées "arboviroses" lorsqu'elles sont transmises par des moustiques ou des tiques par exemple, telles que la dengue, le chikungunya, le Zika ou encore la fièvre du Nil occidental. Mais les autorités sanitaires assurent s'être préparées à de tels risques.
"Le sujet n’est pas récent puisque la Direction générale de la santé a anticipé l’impact du dérèglement climatique sur le risque 'arboviroses' en prenant les devants dès 2019, avec un décret et un arrêté encadrant la lutte antivectorielle", garantit le Centre de crises sanitaires.
Les Agences régionales de santé (ARS) sont depuis chargées de cette mission, avec un budget dédié, augmenté de près de 40% en 2025. Cette réglementation est maintenant vouée à évoluer, pour s'adapter aux "retours d’expérience en région, aux recommandations des avis d’experts, et à l’anticipation de l’augmentation des situations à risque épidémiques" d'ici 2027, promet la DGS.
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