Des Grands Prix cyclistes féminins pour bientôt?
Depuis 15 ans, les meilleurs cyclistes de la planète défilent dans les rues de Québec et de Montréal lors des Grands Prix cyclistes. Un peloton manque toutefois toujours à l’appel, celui des femmes, une absence qui pourrait éventuellement être appelée à changer.
Le cyclisme professionnel féminin a considérablement gagné en importance depuis la création des deux épreuves québécoises en 2010. Aujourd'hui, plusieurs des grandes courses au calendrier international se déclinent à la fois chez les hommes et chez les femmes.
En 2026, le WorldTour masculin compte 36 épreuves contre 28 pour son pendant féminin. Dix-sept de ces rendez-vous offrent un volet masculin et féminin pour leur parcours, dont certaines des courses les plus prestigieuses de la saison, incluant le Tour de France, le Giro, la Vuelta ou Paris-Roubaix.
Les Grands Prix cyclistes de Québec et de Montréal demeurent quant à eux exclusivement masculins. Une situation que leurs organisateurs aimeraient éventuellement voir changer.
Oui, il y a un élan au niveau du cyclisme féminin. Nous, aux Grands Prix cyclistes, c'est un projet, assure leur directeur général Joseph Limare. L'Union cycliste internationale demande aux organisateurs du WorldTour, partout dans le monde, de réfléchir à ajouter des épreuves du WorldTour féminin.

Joseph Limare est le directeur général des Grands Prix cyclistes et des Championnats du monde à Montréal.
Photo : Radio-Canada
Pour les villes, lorsqu'on regarde le succès des Grands Prix cyclistes, ce n'est pas un enjeu pour elles. C'est gagnant d'avoir ce type d'événement, ajoute-t-il.
Toute l’organisation aimerait ça avoir des Grands Prix cyclistes féminins. Mais il faut que la population, le gouvernement, et les investisseurs embarquent, abonde en ce sens Antoine Duchesne, ancien cycliste professionnel, aujourd'hui porte-parole des Grands Prix cyclistes.
Montréal possède d'ailleurs déjà une histoire avec le cyclisme féminin de haut niveau. De 1998 à 2009, elle a accueilli une manche de la Coupe du monde féminine, le circuit qui a précédé l'actuel WorldTour féminin. Lorsque les Grands Prix de Québec et de Montréal ont vu le jour l'année suivante, ils ont toutefois été créés uniquement pour le peloton masculin.
La métropole québécoise renouera cet automne avec la crème du cyclisme féminin à l'occasion des Championnats du monde sur route, présentés du 20 au 27 septembre.
Six épreuves féminines seront au programme. Par ailleurs, la championne en titre de la course en ligne, l’épreuve reine des mondiaux, est une cycliste canadienne. Il s’agit de la Sherbrookoise Magdeleine Vallières-Mill, qui tentera cette fois de défendre son titre à domicile.

Magdeleine Vallières-Mill est devenue la première Canadienne à décrocher un titre de championne du monde sur route l'an dernier, à Kigali, au Rwanda.
Photo : Getty Images / Dirk Waem
Pour les organisateurs, ce rendez-vous pourrait justement servir de tremplin à une éventuelle version féminine des Grands Prix.
On y réfléchit depuis plusieurs années, et les Championnats du monde devraient nous donner l'élan nécessaire pour aller mobiliser des partenaires financiers, qu'ils soient privés ou publics, souligne Limare, qui est également directeur général des mondiaux de Montréal.
L'idée n'est pas nouvelle, et la possibilité de créer des Grands Prix féminins avait déjà été évoquée en 2024. Deux ans plus tard, cependant, aucun échéancier n'est encore avancé.
Limare ne veut pas non plus confirmer qu'une édition féminine verra bel et bien le jour. La volonté est là, assure-t-il, mais la concrétisation du projet dépend avant tout de la capacité de l'organisation à réunir le financement nécessaire, car le principal obstacle est moins sportif que financier et logistique.
Avoir des courses féminines, ce serait multiplier les coûts par deux, résume Limare. Avoir une course féminine coûte le même prix qu'une course masculine. Donc, il faut avoir le même financement pour le faire. Ce n'est pas juste une question de le vouloir.

La Néerlandaise Demi Vollering a remporté les honneurs du dernier Tour de France.
Photo : Getty Images / NICOLAS TUCAT
La réalité géographique des deux épreuves québécoises complique davantage l'équation.
Contrairement à plusieurs rendez-vous européens du WorldTour, dont la grande majorité est en Europe, les Grands Prix doivent notamment assumer le déplacement jusqu'au Canada des équipes et de leur personnel, en plus des frais d'hébergement et de la logistique entourant leur séjour.
Ça coûte extrêmement cher comparativement à d'autres courses du WorldTour en Europe, souligne Duchesne, évoquant notamment le coût nécessaire pour faire traverser l'Atlantique à une centaine de cyclistes.
L'ajout d'un volet féminin signifierait donc essentiellement répéter l'exercice pour un deuxième peloton.
Une façon d'alléger la facture serait de présenter les épreuves féminine et masculine la même journée. L'organisation pourrait alors profiter des mêmes fermetures de rues et d'une partie des infrastructures déjà déployées, plutôt que de prolonger l'événement d'une journée supplémentaire.
Mais même cette formule nécessiterait un investissement considérable, étant donné qu’une seule course dure plusieurs heures et nécessite la mobilisation de plusieurs parties prenantes.
Les Championnats du monde de Montréal pourraient maintenant permettre aux organisateurs de mesurer l'intérêt entourant le cyclisme féminin et, surtout, de convaincre de nouveaux partenaires de financer le projet.
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