Carnet de campagne | Des entêtés et pas d’édentés

Il semble donc que la Jamésie et l’Abitibi-Témiscamingue avaient manigancé avec dame Nature…

Lors du passage de la caravane caquiste à Rouyn-Noranda, à Val-d’Or et à Lebel-sur-Quévillon mardi, le mercure dépassait les 20 degrés Celsius. Le soleil, franc, permettait de se contenter d’un t-shirt. Tant pis pour les journalistes qui avaient bourré leurs valises de vêtements chauds : le « sud du Nord », comme on l’appelle ici, menait une opération de séduction !

Et pas juste avec sa météo (et ses paysages, et ses lacs…). Quand la cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ) est arrivée à Lebel-sur-Quévillon mardi, des résidents avaient des épinglettes du mouvement Les entêtés de la Baie-James à la boutonnière. Pourquoi ? « Parce qu’il faut s’entêter pour rester dans le Nord », a répondu Richard Thomas. Et parce que « ça fait longtemps en sacrament qu’on est ici ! » a lancé un autre homme.

L’initiative, en fait, relève de l’Administration régionale Baie-James, qui souhaite sensibiliser les chefs de parti aux questions touchant le Nord-du-Québec. Avant Mme Fréchette, des « entêtés » ont d’ailleurs rencontré le chef libéral, Charles Milliard, lundi.

Tour à tour, mardi, ils ont interpellé la cheffe caquiste, Christine Fréchette, surtout à propos des soins dentaires et des services optométriques. Ici, il faut perdre une journée de travail — et parfois deux — pour aller chez le dentiste ou subir un examen de la vue, ont souligné les personnes présentes.

Le lockout à l’usine Domtar, en 2005, a laissé des traces. Les travailleurs ont perdu leurs assurances et le dentiste est parti, a relaté Véronique Belzile, directrice de la Maison des jeunes de Lebel-sur-Quévillon.

Les dentistes abitibiens, eux, ne prennent plus de nouveaux clients. Désormais, les Quévillonnais doivent donc se rendre jusqu’à Mont-Laurier ou Alma pour obtenir des soins. En clair : avaler entre 768 et 1094 kilomètres, aller-retour, pour des lunettes ou un détartrage. « On est chanceux de ne pas avoir plus d’édentés que ça… » a laissé tomber Mme Belzile.

Dans une rencontre au centre communautaire, un ex-employé du secteur forestier a lancé une question à Mme Fréchette : « Allez-vous couper la taxe carbone ? Parce que le gaz vaut cher ! » a souligné Denis Caron. « Quand on réduit le coût de l’essence à la pompe, souvent, ce qu’on voit, c’est qu’on se trouve à donner de l’argent aux pétrolières », a répondu la cheffe de la CAQ.

M. Caron a eu l’air peu convaincu de la réponse, mais il a affirmé avoir tout de même accordé son soutien à la candidate caquiste dans Ungava, Amélie Béchard, une ingénieure forestière de formation.

Une autre femme croisée sur place était moins certaine. Christine Fréchette a hérité d’un bilan trop lourd, a-t-elle fait valoir. « Ça va être le PQ ici », a-t-elle prédit au Devoir.