Derrière le rire de Margarette, de Drag Race France, “il y a de la beauté dans la tristesse”.
Chaque semaine, durant toute la diffusion, Konbini part à la rencontre d'une queen de la saison 4 de Drag Race France !
Elle n’a que 26 ans, mais déjà sept ans de drag sous le capot ! Margarette, ou Louis, sous la maxi perruque, a déjà conquis les fans en seulement trois épisodes. L’aventure Drag Race France a été écourtée, mais son ascension, elle, ne fait que commencer ! Des caves (de l’est, c’est important !) de Paris aux plus grandes salles de France, cette comedy queen part à la conquête du royaume.
À voir aussi sur Konbini
Derrière chaque star se cache peut-être un enfant terrible… Louis, avant d’être Margarette, avait déjà ce petit côté indomptable : « J’ai fait une grosse crise d’ado… désolé mes parents ! » Dans ses oreilles bouillait du rock, du punk, du grunge : « J’aimais bien tout ce qui ne correspondait pas aux normes. Ça m’excitait beaucoup. » Le drag, ce n’est pas encore une évidence. Ce qui l’obsède au collège puis au lycée, c’est l’art, le dessin : « J’ai fait un bac L spé arts plastiques. J’adorais tout ce qui était artistique, créatif, manuel… J’ai toujours aimé toucher un peu à tout, je suis d’une nature très curieuse. »
Sa voie était donc toute trouvée ! Elle ferait une licence d’arts plastiques ! Sauf qu’elle a abandonné au bout de trois mois : « Ça m’ennuyait trop, c’était trop scolaire ». Elle se dirige donc vers des études de géographie, et décroche un double master en urbanisme et tourisme. Le drag, elle l’a découvert à ses 18 ans, mais sans pour autant avoir l’ambition d’en faire son métier. Elle attend même la fin de ses études pour candidater à Drag Race France. Bien lui en a pris : elle est prise, dès sa première tentative, pour la saison 4.
Une tantine de Club Med
Margarette naît bien avant l’émission, dans les soirées entre potes de lycée. « J’avais un personnage qui ressortait beaucoup : c’était la tantine qui allait au Club Med, hyper problématique, parce que j’avais connu des gens comme ça. » L’inspiration esthétique, c’est celle d’une icône : Jessica Lange, entre son incarnation dans American Horror Story: Murder House et celle de Freak Show.
« J’aimais son côté méchant et attachant à la fois. J’étais un peu dans cette idéalisation de la diva, de la meuf qui en impose. »
Côté beauté, pour parfaire l’alter ego, pas de tuto YouTube pour Margarette, qui confesse n’en avoir jamais regardé pour créer son mug signature : « Je me suis toujours dit que si je me maquillais, ce serait grâce à moi toute seule ! » Mais, comme quand on regarde sa maman se mettre du rouge à lèvres quand on est enfant, en loges avant les shows, elle s’imprègne des techniques des copines. Des années de pratique plus tard : « Mon maquillage, aujourd’hui, c’est vraiment un mélange de toutes les histoires que j’ai vécues, de toutes les personnes que j’ai rencontrées. »
Des caves humides aux projecteurs
Margarette s’est donc nourrie de toutes ces miettes semées sur son passage. On ne s’étonne donc pas, quand on lui demande qui sont ses icônes drag, qu’elle nous réponde, d’abord et avant tout, les artistes drag locales, celles qui ne passent pas encore à la télé mais qui font vivre cet art partout en France. « On a commencé dans des caves, dans des petits bars avec trois personnes. »
Fun fact : elle n’a jamais été fan de qui que ce soit. « J’arrive pas à me mettre en tête d’idolâtrer une personne. En revanche, je suis facilement impressionnable ! Ce qui est un petit peu contradictoire. » En effet, mais on n’est plus à une surprise près avec Margarette ! S’il fallait, éventuellement, citer quelqu’un qui la représente au quotidien, ce serait Lana Del Rey :
« Pas en drag, mais en Louis. J’ai un côté extrêmement mélancolique. Peut-être même romantique, mais je ne l’assume pas. Il y a de la beauté dans la tristesse aussi. »
Et si son drag était une œuvre d’art ? Probablement pas Les Nymphéas de Monet, du coup : « On va éviter tout ce qui est aquatique, parce que j’ai bien coulé », plaisante-t-elle. Elle préfère une référence bien plus punk : La Chambre détruite de Jeff Wall, découverte grâce à une prof d’arts plastiques. Le titre parle de lui-même, mais on se demande pourquoi ce serait autant le bordel dans sa tête ? Non, pas juste le bordel : le chaos ! On reste sur le palier de cette chambre à soi, car on n’entre pas par effraction dans l’intimité de Margarette. Elle choisit d’elle-même d’entrouvrir la porte…
La pudeur qui craque
Car derrière l’aisance scénique et un humour désarmant, celle qui n’a jamais peur du ridicule confesse un autre paradoxe : « Je suis très pudique ! Mais j’ai quand même pleuré à chaque épisode. J’ai des amies que je connais depuis 15 ans et qui ne m’ont jamais vue pleurer. » Une vulnérabilité amplifiée par le concept même de Drag Race, qu’elle explique ainsi :
« On est toutes à bout, on se fout nous-mêmes la pression, c’est la chance de notre vie, tout le monde parle de ses traumas et on se prend tout de plein fouet. »
C’est dans cette faille que surgit la confidence la plus marquante de son parcours, dans l’épisode 3. Petit, Louis a souffert d’anorexie et de troubles du comportement alimentaire. Une bataille aujourd’hui fièrement gagnée contre la maladie et un besoin qui l’anime depuis : celui de profiter de l’incroyable plateforme qu’est Drag Race France pour en parler et tendre la main à celles et ceux qui traversent ces moments difficiles.
« Ça n’est plus un sujet tabou pour moi. Alors si ça peut aider des ados… On est encore plus pudique à l’adolescence. Donc je voulais leur dire qu’il n’y a pas de honte à ne pas aller bien et à demander de l’aide. »
Une bulle, le temps d’un show
Aujourd’hui, elle nous le dit avec son immense sourire : elle va super bien ! « Le drag, ça me rend tellement heureuse ! Ça rend Margarette heureuse, et ça rend Louis heureux. Ce que j’aime le plus dans le drag, c’est de rencontrer des gens, de les faire rire, ou juste leur faire ressentir des choses. » Et le contrat est rempli haut la main.
L’expression « safe place » a beau être devenue très galvaudée, elle prend tout son sens quand on croise Margarette : ce qu’elle aime avant tout dans son art, c’est créer une bulle où les gens, le temps d’une soirée, d’une rencontre, se sentent bien, loin des problèmes du monde. « On a les projecteurs sur nous et un micro, c’est le moment de partager des messages chers à notre âme et à notre conscience. »
Et pour celles et ceux qui voudraient la croiser, c’est vraiment pas compliqué : « Moi, je suis très abordable, tu sais ! Demain, tu fais un bingo dans une cave ? J’arrive ! C’est l’essence de mon drag. Surtout nous, les comedy queens, on a commencé dans des caves hyper humides avec la perruque qui frise. »
Elle donne en tout cas rendez-vous à ses fans tous les vendredis ou samedis aux côtés de La Harpie pour les viewings du Beach Club à Paris, ainsi qu’à Lille et Bordeaux dans les prochaines semaines, sans oublier la tournée Drag Race France dans tout l’Hexagone.