Déroulé de la soirée, dispute... Ce qu'a dit Cédric Jubillar lors de son second interrogatoire sur la mort de Delphine Aussaguel
Publié aujourd'hui à 07h21
Lire dans l'appBFMMélanie Vecchio avec Benjamin Rieth

Photographie de Cédric Jubillar dans la salle d'audience des Assises du Tarn, à Albi, le 23 septembre 2025, lors de l'ouverture de son procès pour le meurtre de son épouse Delphine Jubillar. - Photo par LIONEL BONAVENTURE / AFP
Cédric Jubillar a été entendu le 18 septembre dernier pendant trois heures dans le bureau de la juge d'instruction pour répondre aux questions sur la mort de son ex-compagne Delphine Aussaguel. Et essayer d'éclaircir les nombreuses zones d'ombre qui accompagnent la nuit du drame.
Ce sont des éléments qui alimenteront la reconstitution prévue ce vendredi 2 octobre. Pendant trois heures, le 18 septembre dernier, Cédric Jubillar a répondu aux questions de la juge d'instruction pour s'expliquer sur la mort de Delphine Aussaguel, dans leur villa de Cagnac-les-Mines dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, a appris BFMTV de source proche du dossier, confirmant une information du Parisien.
"Je ne suis plus là pour mentir, je suis là pour dire la vérité", a lancé en préambule le peintre plaquiste, condamné à 30 ans de réclusion criminelle en octobre 2025, qui avait nié pendant plus de cinq ans être responsable de la mort de sa compagne.
"Je deviens fou"
Interrogé d'abord sur le déroulé de la soirée, Cédric Jubillar assure que tous les faits se sont produits à l'intérieur de la maison. Les voisines qui disent avoir entendu des cris? "Comme je l'ai dit, je l'ai étranglée, elle n'a pas crié". Le peintre plaquiste maintient également ne pas comprendre les déclarations de son fils qui affirme avoir vu ses parents se disputer. "La porte du salon était grande ouverte, donc je l'aurais vu".
La juge l’interroge ensuite sur le moment où les époux s’invectivent selon lui. "Elle m’a dit: 'tu n’es qu’une merde, un toxico de merde, je fais bien de me barrer personne ne voudra de toi'". Lui dit se trouver alors au niveau du bar, tandis qu'elle s’approche. "Chacun est d’un côté", décrit Cédric Jubillar, "pour la suite c’est un peu flou, le temps est passé, mais dans mon souvenir c’est ça".
L’élément déclencheur du geste de Cédric Jubillar, "c’est sa dernière phrase, quand elle me dit que son amant fait mieux l’amour que moi et l’accumulation de tout. Je ne sais pas exactement ce qu’il se passe dans ma tête mais je deviens fou". Quelles étaient alors ses intentions sur le moment? "La faire taire, qu’elle arrête de parler".
Cédric Jubillar raconte la scène de crime
Il revient sur la scène de crime. Il mime: "je la tiens avec mes deux mains, elle est face à moi, je regarde mes pieds, j’en peux plus, je ne veux plus la regarder, je lui répète 'tais-toi, je veux que tu te taises, tais-toi, je n’en peux plus, tais-toi'. Je n’arrêtais pas de répéter ça 30, 40, 50 fois (…) elle est plaquée contre le frigo".
Disant ne pas se souvenir de l'intensité de ses gestes, Cédric Jubillar affirme qu'il était dans un état second. "J’avais mes deux pouces positionnés au niveau de sa glotte (...) J’ai serré avec mes deux mains(…) Ça n’a pas duré longtemps, moins de deux minutes pour moi". Le peintre plaquiste affirme s'être arrêté lorsqu'il n'a plus réussi à la porter, "je lâche la prise et elle s'écroule au sol".
À la question, Delphine s'est-elle débattue, Cédric Jubillar affirme que Delphine Aussaguel "n'a pas du tout réagi". La magistrate insiste: "Ça ne vous surprend pas?". "Sur le moment, je ne réalise pas, je suis dans un état second. Aujourd’hui, avec le recul, oui, ça me semble surprenant qu’elle n’ait pas réagi".
L’interrogatoire se poursuit. Il affirme n’avoir jamais porté de coups à son épouse. Arrive ensuite logiquement la question des lunettes cassées: "elles étaient cassées ses lunettes d’avance. Je n’ai pas touché ses lunettes". Cédric Jubillar est affirmatif: elle ne les portait pas ce soir-là. "Je n’ai pas d’intérêt à vous mentir maintenant."
Face au corps de Delphine Aussaguel, Cédric Jubillar prend "un moment pour réfléchir" à ce qu'il doit faire: "appeler la gendarmerie et me dénoncer ou faire quelque chose pour que mes enfants n’aient pas à supporter cela. Je panique".
Il décide finalement de cacher le corps, le prend sur ses épaules et le pose dans le coffre de la voiture. Il va ensuite, dit-il, récupérer les clés dans le manteau de Delphine. Il se change, retire son pyjama, et part entre 15 et 30 minutes après l’avoir étranglée, selon son récit. Dans le coffre il explique ne pas la couvrir avec quelque chose. Il descend alors moteur coupé et frein à main desserré, et sort du village.
"Je l'ai mise dans le trou"
La magistrate lui montre plusieurs itinéraires. Il dit en avoir pris un. "Je sors du village et je prends bêtement la direction d’Albi. À ce moment-là, je ne sais pas où je vais. Je n’ai pas réfléchi, je roule sans objectif précis".
Arrivé à l'entrée d'Albi, voyant des lumières, il prend une route à droite, dans le noir. "Je roule, je roule, je roule, jusqu’à un endroit où je peux dissimuler le corps", affirme Cédric Jubillar. "Il y a des monticules de terreau et je n’ai pas d’autre idée que cet endroit-là. Dans la panique, je n’ai pas réfléchi".
Cédric Jubillar explique ensuite avoir creusé un trou à la main, entre deux buttes. "Je l’ai mise dans le trou et je l’ai cachée". Il dit ensuite avoir poussé le terreau sur elle, à la main sans outil, sans gants Tout cela, dit-il, lui prend dix minutes. Il affirme n'être jamais revenu ensuite sur les lieux. "Je pensais dans tous les cas qu’on allait la retrouver, car je savais que le terreau allait être épandu et donc au moment de l’épandage ça allait se voir".
De retour à Cagnac, après un "mini-détour pour garer la voiture dans le même sens qu'elle était avant de partir", Cédric Jubillar va voir si les enfants dorment et trouve le téléphone de Delphine posé sur le rebord du canapé. Avec les boots de sa compagne, son manteau, il met tout dans un sac-poubelle.
"J'ai dit la vérité"
Il affirme avoir jeté le téléphone de Delphine vers 4h du matin. Or, cela ne correspond pas avec les éléments techniques, car une action humaine l’a déverrouillé à 6h52. "Je sais, je ne comprends pas".
Il dit s'être ensuite posé sur le canapé et avoir dormi. Interrogé sur la préméditation de son acte, le peintre plaquiste nie: "Si j’avais dû prévoir quelque chose, j’aurais creusé un trou et je l’aurais jamais fait à la maison, pendant que les enfants dormaient. Ce n’était pas prémédité".
La magistrate le questionne sur son activité Google Maps, le 5 décembre, qui a permis de définir qu’il avait regardé cette zone entre 7h12 et 7h14. "Je ne regarde pas les zones. Soit c’est parce que j’avais un chantier dans la région à ce moment-là (…) je vous réponds que cela ne me dit rien".
Enfin, interrogé sur le prochain procès en appel, Cédric Jubillar répond: "J’ai peur de reprendre la même peine dans tous les cas. Mais j’y vais un peu plus sereinement car cette fois, j’ai dit la vérité".
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