Comment un bout de rail de 300 kilos a pu finir sur la voie où le TER normand a déraillé samedi
France 13/09/2026 13:06 Actualisé le 13/09/2026 13:21
L’enquête se poursuit après le déraillement d’un train le vendredi 11 septembre en Normandie. Un morceau de voie retrouvé sur la voie pourrait être à l’origine du drame.

GUILLAUME SALIGOT / AFP
Comment un bout de rail de 300 kilos a pu finir sur la voie où le TER normand a déraillé le vendredi 11 septembre.
EN BREF
• Après le déraillement de TER en Normandie a blessé 44 personnes, un rail de 300 kg a été retrouvé sur la voie.
• La piste d’un acte malveillant est évoquée, mais le procureur appelle à la prudence, aucune preuve d’attentat n’est confirmée.
• Une enquête technique est lancée par le BEA-TT pour analyser l’accident et formuler des recommandations sur la sécurisation des voies.
L’IA au HuffPost.
Tiendrait-on la cause du drame ? Deux jours après le déraillement d’un TER qui a fait 44 blessés en Normandie le vendredi 11 septembre, l’une des pistes pour expliquer l’accident n’est autre qu’un morceau de rail de 300 kg retrouvé sur la voie. Les causes de sa présence sont pour l’instant « inconnues » et l’enquête se poursuit, a indiqué le parquet, cité par l’AFP.
Samedi matin, une source policière avait déclaré à l’AFP que la piste de l’acte malveillant était privilégiée. Une théorie reprise par plusieurs responsables politiques, du président centriste de la région Normandie Hervé Morin – qui a évoqué un « acte criminel » comme « l’hypothèse la plus probable » – au maire d’extrême droite de Nice, Éric Ciotti, qui a assuré que le « déraillement [] est le fruit d’un attentat ».
Le procureur de Rouen, Sébastien Gallois, a calmé leurs ardeurs samedi soir auprès de l’AFP, appelant à la prudence. « À ce stade, aucun élément ne permet d’évoquer un acte de “malveillance” commis avec l’intention délibérée de faire dérailler le train, et donc encore moins un “attentat” », a-t-il souligné. Concernant la présence du rail, le magistrat n’avait pas, à ce stade, d’explication.
« Depuis ce matin, les investigations menées n’ont apporté aucun élément nouveau sur les causes de la présence, sur un des rails de la voie, d’un morceau d’un autre rail », a-t-il fait savoir samedi soir, précisant que « les opérations de police technique et scientifique ont été achevées dans l’après-midi ». « Plusieurs auditions ont eu lieu, de nombreuses autres sont prévues » dimanche, a-t-il ajouté, alors que l’enquête a été confiée à la police judiciaire de Rouen et que la boîte noire du train a été saisie.
« Un train est passé une heure avant » le TER accidenté
Le morceau de rail, « estimé entre 250 et 300 kg », n’est pas « arrivé comme ça sur la voie, sachant qu’un train est passé une heure avant et qu’il n’y a pas eu de travaux entre-temps », a déclaré Hervé Morin à l’AFP. « Ça ne se fait pas tout seul », a-t-il insisté. Une position partagée par Fabien Villedieu, le secrétaire fédéral de SUD-Rail interrogé ce dimanche sur franceinfo.
« On sait qu’il n’y avait pas de zone de travaux et qu’un train était passé une heure avant », confirme-t-il. « Il y a bien un moment donné où quelqu’un, ou plusieurs personnes, ont dû déposer ce rail sur un autre rail, poursuit le syndicaliste, ça n’arrive pas là par hasard, ça ne tombe pas du ciel ».
Une chose est sûre selon lui : « On est passé à côté d’une catastrophe très grave ». « Des déraillements ça arrive […], mais généralement le train reste sur place », explique Fabien Villedieu, pointant le fait qu’ici, une partie du train s’est couchée et est partie dans le décor, comme vous pouvez le voir sur les images ci-dessous.
« Quand le train se couche, là, c’est très grave, assure le syndicaliste SUD-Rail, je peux vous dire que dans notre malheur, on a énormément de chance, il y aurait pu y avoir des morts. » L’accident de vendredi soir a tout de même fait 44 blessés dont une jeune femme de 18 ans, initialement déclarée « en urgence absolue ». Celle-ci est « toujours hospitalisée, mais les craintes pour sa vie ou une infirmité grave sont maintenant écartées », a rassuré samedi soir le procureur de Rouen.
Une enquête technique ouverte en parallèle de l’enquête judiciaire
En plus de l’enquête judiciaire, une enquête technique a été ouverte, a annoncé ce dimanche le ministre des Transports Philippe Tabarot. « En complément de l’enquête judiciaire, une enquête technique du Bureau d’enquêtes sur les accidents de transport terrestre (BEA-TT) est ouverte » afin de « déterminer précisément les circonstances » de cet accident, a-t-il écrit sur X.
Le BEA-TT se saisit lui-même des cas d’accident sur lesquels il lui paraît pertinent d’ouvrir une enquête et son « but est de formuler des recommandations », avait indiqué samedi à l’AFP son directeur. La question de la sécurisation des voies pourrait par exemple être posée. Interrogé sur le sujet par franceinfo, Fabien Villedieu a souligné la difficulté de l’opération, pour un réseau qui compte « 30 000 km de voies ». On « ne peut pas mettre des cheminots tous les 100 mètres », a estimé le syndicaliste.