« Demi a cette capacité à rassembler » : comment Demi Vollering a construit sa victoire dans le Tour de France
C’est l’histoire d’une grande dame, venue défier l’Hexagone pour se parer de jaune et rafler un deuxième titre sur la plus grande course du monde. Son nom ? Vollering. Son prénom ? Demi. Elle ne sait pourtant rien faire à moitié. Facile à dire après coup ? Sans doute. Mais avec trois victoires d’étape sur neuf et le titre dans la poche, on ne peut que s’incliner devant le récital.
Au moment de prendre le départ de Suisse il y a dix jours, les observateurs citaient volontiers le patronyme de la leader de l’équipe FDJ United-Suez dans le peloton des favoris. Pas illogique au vu de son pedigree.
Mais la France rêvait de voir Pauline Ferrand-Prévot conserver sa tunique acquise en 2025 et la Pologne d’assister à un nouveau sacre de sa championne Kasia Niewiadoma après 2024. Un joli brelan d’as pour se tailler la part du lion.
« PFP » hors-jeu dès l’entame, la bataille s’est dessinée sans elle mais n’a pas manqué de sel. Elle s’est d’ailleurs un temps jouée à trois malgré tout, avec une Marlen Reusser en jaune à partir du contre-la-montre et seulement décramponnée dans le Ventoux vendredi. Annoncé décisif, le week-end niçois l’a donc été. Il est venu départager Niewiadoma et Vollering, deux filles déjà titrées sur les routes tricolores mais logiquement pas rassasiées.
À la première le coup d’éclat au sommet du Géant de Provence, à la seconde la démonstration dans la Baie des Anges. Samedi et dimanche, histoire d’être sûre que tout le monde a bien compris.
La plus forte, c’était elle, Demi Vollering. Déjà partie vite et fort dans les collines niçoises avant-hier, elle a appuyé encore plus hier pour transformer ses 8 secondes d’avance en écart rédhibitoire.
Comme prévu, la dernière étape de cette édition 2026 et ses quatre ascensions du col d’Èze a ressemblé à une drôle de boucherie. Logique quand on sait que l’organisation avait choisi de donner le départ officiel… le nez dans la pente. Dans le dur d’entrée, histoire de mettre toute la bande au parfum et de faire grimper les pulsations. « On s’était dit que l’équipe UAE allait durcir, au final c’est Canyon-Sram qui l’a fait (1) les deux premiers tours, relatait Juliette Berthet, équipière de Vollering. Je pense qu’elles voulaient isoler Demi, donc j’étais contente d’avoir des bonnes jambes pour qu’elle ne soit pas seule. »
Mieux vaut être solidement accompagnée dans la quête d’or. Éparpillé, le peloton s’est réduit comme une peau de chagrin au fil des boucles et le bras de fer prévu entre Vollering et Niewiadoma a pris forme dans les pentes du Vinaigrier et le finish du col d’Èze. Une accélération par-ci, une attaque par-là et l’étape s’est décantée. La maillot jaune a tenu bon et s’est envolée à 700m du sommet, gagnant Nice en leader et en vainqueure. Le compte est bon.
« C’était la plus forte »
« Demi était déçue après le Mont Ventoux mais on l’a directement remotivée, reconnaissait Berthet. Elle a vraiment montré que c’était la plus forte, c’était incroyable. » Et beau à voir.
« C’était tellement dur, on est passé par beaucoup d’émotions, soufflait de son côté Marie Le Net, autre équipière. Mais Demi nous fait vraiment confiance, elle a cette capacité à rassembler. Elle nous a dit « OK, j’ai le maillot, mais je vais avoir besoin de toute mon équipe derrière moi ! » C’est quelqu’un d’exceptionnel. »
Si vous êtes du genre sujets aux vertiges, mieux vaut d’ailleurs éviter d’aller jeter un coup d’œil à son palmarès : il donne mal à la tête et file le tournis. Comme ce Tour de France 2026, ébouriffant et drôlement séduisant.
1. La première équipe est menée par Elisa Longo Borghini, 4e du général avant la dernière étape ; la seconde par Kasia Niewiadoma, 2e du général.