DÉCRYPTAGE. Guerre en Ukraine : un train de 3 000 sanctions contre la Russie bientôt levé ? La France au cœur d'un blocage diplomatique qui pourrait semer la zizanie

l'essentiel En conditionnant le renouvellement des sanctions contre Moscou au retrait de deux oligarques russes, Paris et Bratislava paralysent l'Union européenne. Faute d'unanimité avant le 21 septembre, près de 3 000 mesures individuelles contre la Russie risquent de s'effondrer.

Un grain de sable institutionnel aux conséquences géopolitiques majeures. Ce lundi 21 septembre, l’Union européenne doit renouveler l’un de ses paquets de sanctions majeurs visant environ 3 000 individus et entités accusés de soutenir l’effort de guerre russe en Ukraine. Jusqu’alors considérée comme une formalité administrative au vu du comportement de Moscou, la procédure exige pourtant l’unanimité stricte des États membres. Or, un blocage diplomatique entre Paris, Bratislava, Bruxelles et Bakou menace désormais de faire tomber l'édifice régissant près de la moitié des sanctions de l'UE, rapportent nos confrères du Kyiv Independent

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L’origine de cette crise réside dans la volonté de la Slovaquie de retirer de la liste noire deux oligarques de premier plan : Mikhail Fridman – cofondateur du groupe Alfa – et Alisher Usmanov, magnat des mines et de la métallurgie. Mais c'est l'appui inattendu apporté par la France à la levée des sanctions visant Alisher Usmanov qui a paralysé les négociations. Selon plusieurs diplomates européens, Paris céderait aux exigences de l’Azerbaïdjan, qui ferait du retrait d'Usmanov la condition préalable à la libération de deux ressortissants français actuellement détenus à Bakou.

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La position française suscite de vives tensions dans les couloirs bruxellois. Alors que la Slovaquie et la Hongrie avaient déjà réclamé en vain le retrait de ces hommes d'affaires en mars dernier, l'implication active de Paris change la donne. Un diplomate national a vivement critiqué cette posture : "La France doit dire bilatéralement à l’Azerbaïdjan qu'il est hors de question de convaincre 25 autres pays de faire évoluer leur position de manière aussi dramatique, et que l'Azerbaïdjan devra modifier ses exigences".

"Pas le moment de lever les sanctions"

Face à cette situation, le président ukrainien Volodymyr Zelensky est sorti de son silence pour fermement condamner toute concession faite aux proches du Kremlin : "Ce n'est absolument pas le moment de lever les sanctions, ce n'est absolument pas le moment de protéger les oligarques russes des sanctions, et ce n'est absolument pas le moment pour l'Europe de faire des cadeaux à la Russie". Pour les 25 autres États membres résolument opposés à tout retrait, la situation s'apparente à une boîte de Pandore. Céder sous la pression de Bakou ou de Bratislava affaiblirait la crédibilité européenne et ouvrirait la voie à une multiplication de demandes de dérogations individuelles.

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La réunion des ambassadeurs européens s’est soldée par un constat d’échec amer et l'absence totale de progrès. À quelques heures de la date limite du 21 septembre, le couperet diplomatique reste suspendu. La gravité de la situation a été résumée sans détour par un diplomate européen à l'issue des négociations : "Lundi, soit nous ne retirerons personne de la liste, soit nous retirerons deux personnes, soit nous en retirerons 3 000". Si un compromis de dernière minute – comme une prolongation restreinte de six mois – reste à l'étude, la plupart des observateurs s'attendent à ce que Paris finisse par renoncer à cette exigence pour engager d'autres formes de négociations avec l'Azerbaïdjan. Il en va de l'unité européenne face à l'agression russe.