Suisse: les nouvelles centrales nucléaires face à des obstacles politiques
Publié27. octobre 2026, 13:24
Énergie nucléaireDe nouvelles centrales pourraient rendre la Suisse indépendante
De nouveaux réacteurs pourraient réduire les coûts de notre système énergétique de 4 à 10 milliards de francs d’ici à 2070, selon une étude. Mais il y a beaucoup de mais.

Les nouvelles technologies nucléaires pourraient rendre la Suisse moins dépendante des importations d’électricité, accélérer l’électrification du système énergétique et renforcer la disponibilité d’électricité à faibles émissions de CO2. C’est ce que souligne une étude de la Fondation pour l’évaluation des choix technologiques TA-SWISS, qui a analysé les opportunités et les risques des nouveaux modèles de réacteurs «sans prendre position» pour ou contre l'atome.
Rappelons que la construction de nouveaux réacteurs nucléaires est actuellement interdite en Suisse. Mais le Conseil fédéral et le Parlement veulent lever cette interdiction. Un référendum lancé par l'Alliance «Sortons du nucléaire» a été déposé avec succès et le peuple devra trancher en février.
Des économies de 4 à 10 millards
Les auteurs se sont penchés sur trois classes de réacteurs: les grands et petits réacteurs refroidis à l’eau, ainsi que les réacteurs modulaires avancés. L’étude a en outre modélisé trois scénarios, chacun avec et sans nucléaire. Un scénario, «Marchés ouverts», mise sur une coopération internationale forte et une politique climatique ambitieuse, le scénario «Autarcie» se base lui sur une production énergétique nationale, et le scénario «Continuer comme avant» mise lui sur la poursuite de la politique actuelle.
C’est dans le scénario «Marchés ouverts» que les nouvelles centrales pourraient générer le plus grand avantage économique, conclut l'étude. Elles permettraient de réduire les coûts de l’ensemble du système énergétique de 4 à 10 milliards de francs entre 2035 et 2070. Soit une baisse de 0,3 à 0,7% par rapport au même scénario sans nouvelles installations.
Prix et peuple à convaincre
Mais tout cela va coûter cher: pour les grands réacteurs refroidis à l’eau, les coûts de construction moyens sont estimés à 9500 francs par kWe. La construction de petits réacteurs modulaires (SMR) à peine moins. En outre, il est «peu probable que des opérateurs privés se lancent dans la construction d’un réacteur sans l’aide de l’État», souligne l'étude. Or, la Suisse ne dispose pas d’une base constitutionnelle qui permettrait à la Confédération de participer directement au financement des installations électriques.
Prioriser le renouvelable
Outre l'aspect financier, les nouvelles centrales présentent aussi des risques en matière de responsabilité civile et de sécurité d’approvisionnement, de stockage et d’élimination des combustibles usés, ajoutent les auteurs. La construction de nouveaux réacteurs nécessite par ailleurs un long processus social et politique, souligne l'étude qui rappelle que les Suisses sont très divisés sur la question. «Des référendums sont possibles, tant au niveau de la révision du cadre juridique que sur chaque projet individuellement. Chaque ‹non› peut signifier la fin d’un projet.»
L'étude conclut: un nouveau réacteur ne pourrait pas entrer en service avant la fin des années 2040, soit probablement après la mise à l’arrêt des centrales existantes. «Par conséquent, il est nécessaire de donner la priorité au développement des énergies renouvelables, à l’amélioration de l’efficacité énergétique, à la création de capacités de stockage d’énergie, à la modernisation des réseaux électriques, voire à prolonger les centrales existantes.»
«Les centrales arrivent trop tard»
La Fondation suisse pour l’énergie, opposée à toute nouvelle centrale, a immédiatement réagi. Selon elle, la nouvelle étude montre que l’objectif zéro émission nette peut être atteint, même sans nouvelles centrales nucléaires, «contredisant ainsi les propos du conseiller fédéral Albert Rösti». En outre, les nouveaux réacteurs pourraient entrer en service aux alentours 2050. Ils ne produiraient leurs bénéfices — notamment en hiver — que s’ils étaient mis en service suffisamment tôt. Or, cette éventualité est peu probable car la construction d’une nouvelle centrale nécessiterait plusieurs votations populaires au verdict «imprévisible», selon la Fondation. «L’étude le confirme: les nouvelles centrales nucléaires arrivent trop tard, coûtent trop cher et mobilisent des ressources dont nous avons besoin pour mener une politique climatique efficace», conclut son directeur Nils Epprecht.

Christine Talos (cht) est journaliste à 20 Minutes depuis 2011. Elle travaille pour la rubrique politique, au sein de la rédaction nationale.
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