De la miniature au montage, Youtube veut mettre une bonne dose d’intelligence artificielle dans les coulisses de chaque vidéo, pour “renforcer la créativité humaine”?
De la miniature au montage, Youtube veut mettre une bonne dose d’intelligence artificielle dans les coulisses de chaque vidéo, pour “renforcer la créativité humaine”?
Publié aujourd'hui à 19h12
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Made on Youtube 2026 - BFM Tech
Comme lors de son évènement Made on Youtube 2025, la plateforme vidéo met, cette année encore, l’accent sur l’IA et multiplie les outils d’intelligence artificielle destinés aux créateurs. Avec une promesse: leur faire gagner du temps. Au risque de faire entrer toujours plus profondément les recommandations de la plateforme dans la fabrication même des vidéos.
Dix heures de montage pour une heure de tournage. Sur la scène de Made on Youtube, mercredi 23 septembre, la vidéaste lifestyle Happy Kelli, suivie par plus de 10 millions d’abonnés, a résumé en quelques mots une réalité beaucoup moins glamour du métier de youtubeur. Derrière une vidéo de quelques minutes se cachent parfois des heures à sélectionner les bonnes prises, choisir une musique ou caler une transition.

Et Youtube l’a bien compris. Lors de sa conférence annuelle, l'entreprise a annoncé des mises à jour de la suite d’outils de création alimentée par l’IA dévoilée en 2025. La plateforme de Google va lancer Conversational editing, un assistant dopé à l’IA, évidemment, qui arrivera début 2027 dans Shorts et l’application Youtube Create. La plateforme le présente comme un collaborateur qui “monte avec vous, et non à votre place”. Elle pourra aussi supprimer les blancs, ajouter du texte ou travailler l’accroche d’une vidéo.
La démonstration ressemble presque à une conversation avec un monteur. Kelli sélectionne plusieurs vidéos puis demande simplement: “Trouve et coupe les meilleures prises de moi dans chaque tenue.” Quelques secondes plus tard, elle réclame une musique hip-hop entraînante et demande que les changements de vêtements soient synchronisés avec le rythme. Puis des zooms, des mouvements de caméra et une boucle parfaite. En quelques secondes, l’IA exécute les instructions, mais la timeline reste accessible pour reprendre la main manuellement.

Un outil agentique pour les youtubeurs
Ce nouvel outil résume assez bien le cap affiché cette année par Youtube. L’IA n’est plus seulement là pour générer quelques images ou répondre à une question. Elle commence à accompagner le créateur à presque toutes les étapes de son travail.
C'est notamment le cas avec Ask Studio. L'assistant intégré à l’espace des créateurs, doit devenir ce que Youtube appelle un outil "agentique". Il ne se contente plus de répondre à des questions, mais peut accomplir certaines tâches à la place du vidéaste.
L'outil est par exemple capable d’analyser des brouillons de vidéos et de donner son avis avant la mise en ligne. L’IA analyse notamment la structure, le rythme ou la capacité de la vidéo à conserver l’attention. Lors de la démonstration à Made on Youtube, l’assistant suggérait ainsi de raccourcir le début d’une vidéo avant même sa publication. Il pourra également générer des propositions de miniatures à partir de son contenu.
La plateforme aidait déjà les créateurs à comparer plusieurs titres et miniatures. Au total, plus de 40 millions de ces tests auraient été réalisés, selon la plateforme. Cette logique d’expérimentation s’étend désormais à la vidéo. À partir de 2027, un créateur pourra également proposer jusqu’à trois montages, avec par exemple des introductions différentes. Youtube les montrera à de petits groupes de spectateurs “test” et comparera notamment leur capacité à retenir l’audience.

Quand l’algorithme donne ses propres conseils
Même la vitrine de la vidéo n’échappera plus à cette logique. Avec les “Dynamic Thumbnails”, un créateur pourra fournir plusieurs miniatures pour une même publication. Plutôt que d’en choisir une seule pour tout le monde, Youtube pourra afficher des images différentes selon les publics, en fonction de celles susceptibles de mieux fonctionner auprès d’eux. Deux personnes ouvrant Youtube pourront donc voir la même vidéo présentée différemment.
Et le travail ne s’arrête pas une fois la vidéo publiée. Ask Studio pourra également fouiller les anciennes publications d’une chaîne, repérer celles dont la présentation mériterait d’être rafraîchie, proposer de nouvelles miniatures et, avec l’autorisation du créateur, lancer lui-même des tests pour déterminer celles qui fonctionnent le mieux.
Une nouvelle section Research doit également montrer les vidéos qui fonctionnent particulièrement bien dans un domaine donné, mais aussi identifier des tendances parmi les contenus regardés par l’audience d’un créateur. Les statistiques doivent, elles aussi, devenir plus bavardes. Au lieu de simplement afficher des chiffres, l’IA cherchera à expliquer les raisons d’une performance et à proposer des pistes pour la suite.

Les créateurs passent depuis des années une partie de leur temps à essayer de comprendre l’algorithme. Pourquoi telle vidéo a-t-elle fonctionné? Pourquoi celle-ci a-t-elle été moins recommandée? Quel sujet intéresse leur public? Désormais, ils pourront poser certaines de ces questions directement à Youtube.
“Renforcer la créativité humaine”
La plateforme qui décide en grande partie quelles vidéos seront recommandées devient également celle qui conseille aux créateurs comment fabriquer des vidéos susceptibles de l’être.
L’intelligence artificielle doit aussi aider les youtubeurs à s’internationaliser. Début 2027, Youtube prévoit notamment de tester le doublage automatique des directs. La voix d’un créateur pourra être traduite dans une autre langue pendant qu’il parle, sans attendre qu’une version doublée soit produite après la diffusion. Pour des créateurs qui tentent d'être suivis bien au-delà de leur pays d’origine, comme Tibo InShape qui a bâti son succès sur une audience internationale, la promesse est considérable.
Youtube insiste, lui, sur le temps gagné. Neal Mohan, son directeur général, insiste: il faut utiliser l’intelligence artificielle pour “renforcer la créativité humaine”, de manière responsable. L’entreprise présente ainsi ses nouveaux outils comme une façon de débarrasser les créateurs des tâches les plus fastidieuses afin qu’ils puissent se concentrer sur leurs idées.
Emily Moxley, responsable produit chez Youtube, reprend la même ligne quelques minutes plus tard. Selon elle, confier à Gemini les allers-retours et les opérations répétitives du montage permettrait de laisser le “travail créatif de haut niveau” aux humains et de raconter une histoire.
Jusqu’où laisser l’IA créer?
La distinction est essentielle pour Youtube, car l’usage de l’intelligence artificielle reste un sujet sensible chez les créateurs comme chez leurs publics. Générer une miniature, couper automatiquement des silences ou analyser des statistiques ne provoque pas nécessairement la même réaction que déléguer à une machine l’écriture ou la fabrication d’une vidéo entière.

Pour Amjad Hanif, vice-président chargé des produits pour les créateurs chez Youtube, le problème apparaît lorsque le public a le sentiment que le contenu “ne vient plus réellement du créateur” et que les outils “ont pris sa place”. Ecrire le scénario, tourner les scènes ou produire l’ensemble du contenu constitueraient, selon lui, une utilisation beaucoup plus délicate de l’IA.
Youtube avance donc sur une ligne de crête. L’entreprise souhaite intégrer l’IA à chaque étape de la création sans donner le sentiment qu’elle peut se substituer au créateur. La plateforme mise sur des outils capables d’accélérer le montage, de trouver des idées, de choisir une accroche, un titre ou une miniature, mais elle ne fournit pour l’instant aucune donnée permettant de mesurer leur effet sur le succès des chaînes. Amjad Hanif met plutôt en avant le temps économisé. Du temps qui, selon lui, peut être “réinvesti dans la création”.
Car la plateforme l’assure: l’IA ne doit pas devenir un moyen de produire toujours plus de vidéos interchangeables. En juillet, Youtube a ainsi renforcé ses règles de monétisation pour exclure les contenus répétitifs ou produits à grande échelle sans véritable valeur ajoutée.
Ces outils dessinent finalement une IA moins spectaculaire que les vidéos entièrement générées qui ont occupé une grande partie du débat sur l’intelligence artificielle. Ici, pas besoin de créer un faux acteur ou un décor imaginaire. Youtube s’attaque plutôt à toutes les petites décisions invisibles qui entourent une vidéo: quelle prise garder, où couper, comment commencer…
Autant de choix qui, mis bout à bout, finissent pourtant par façonner les vidéos que regardent des milliards d’utilisateurs. Youtube veut laisser le créateur aux commandes. Reste à voir ce qu’il restera à décider quand elle aura déjà tout optimisé.
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