De l’erreur judiciaire à la condamnation de Francis Heaulme : retour sur le double meurtre de Montigny-les-Metz - ICI

Six procès et des années de procédures ont été nécessaires pour résoudre définitivement le double meurtre de Montigny-lès-Metz, qui s'est produit il y a 40 ans, le 28 septembre 1986. De la condamnation à tort de Patrick Dils à celle du tueur en série Francis Heaulme, ICI revient sur cette affaire.

Il y a 40 ans, le 28 septembre 1986, deux enfants, Cyril Beining et Alexandre Beckrich, étaient retrouvés le crâne fracassé à coups de pierre sur un talus de la rue Vénizelos à Montigny-lès-Metz (Moselle). Après la condamnation puis l’acquittement de Patrick Dils, c’est le tueur en série Francis Heaulme qui a été définitivement condamné en 2020, plus de 30 ans après les faits.

Ce fait divers avec l'affaire Grégory reste l'un de ceux qui ont marqué en Lorraine. Cette affaire reste un dossier exceptionnel à bien des égards dans l’histoire judiciaire. C’est un marathon judiciaire qui a jalonné l’affaire du double meurtre de Montigny-lès-Metz survenu en 1986. La mort de deux enfants de 8 ans, Cyril Beining et Alexandre Beckrich, a mis plus de 30 ans pour être définitivement jugée. Il a fallu six procès d’assises distincts répartis sur plus de 30 ans pour juger deux accusés successifs : Patrick Dils, puis Francis Heaulme. Quarante ans après les faits, à l'occasion de la sortie du podcast "Crimes et témoignages" consacré à l'affaire ce mardi 22 septembre, ICI revient sur les différentes étapes d'une enquête qui a connu de nombreux rebondissements.

Patrick Dils : une erreur judiciaire et 15 ans de prison

Quelques mois après le meurtre des deux enfants, Patrick Dils, un adolescent de 16 ans à l’époque des faits, reconnait le meurtre avant de se rétracter. En 1989, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. L’excuse de minorité n’a pas été retenue. C’est une première dans l’histoire judiciaire.

En 2001, un deuxième procès se tient à Reims. Patrick Dils a obtenu la révision de son procès. L’élément nouveau qui a conduit à cette révision : c’est la présence avérée du tueur en série Francis Heaulme non loin des lieux du double meurtre. La décision de révision est extrêmement rare. En France depuis 1945, seules une douzaine d'affaires ont fait l’objet d’une révision. La cour d’assises de la Marne le condamne à nouveau, à 25 ans de réclusion.

Ce n’est qu’en 2002 que Patrick Dils est acquitté par la cour d’assises du Rhône à Lyon. Pour ce procès, le huis clos a été changé, grâce à une modification de la loi sur la publicité des débats obtenue par ses avocats. Parmi les éléments qui ont pesé, l'enquête de gendarmerie qui a mis en lumière ce que les enquêteurs appellent "la quasi-signature criminelle" de Francis Heaulme, mais aussi l'entrée en scène de nouveaux témoins : deux pêcheurs qui affirment avoir vu Heaulme ce jour-là, le visage en sang, à proximité des lieux du crime. Celui-ci, auditionné comme témoin à Lyon, n'a rien reconnu. "Moi mon style, c'est l'Opinel, et j'étrangle à mains nues", déclare-t-il devant une salle d'audience médusée.

Patrick Dils acquitté, après 15 ans de prison, obtient plus d’un million d’euros de la part de l'État français en réparation de l’erreur judiciaire, une somme record à l’époque.

Patrick Dils lors de son dernière procès aux assises du Rhône à Lyon en 2002 © AFP - Jean-Philippe Ksiasek

Francis Heaulme : des années de procédure et trois procès pour une condamnation définitive

Entre l’acquittement de Patrick Dils et le premier procès de Francis Heaulme, il va se passer 12 ans. La cour d’appel de Metz va même prononcer un non-lieu en 2007 à l’encontre du "routard du crime". Finalement, un quatrième procès s’ouvre en avril 2014, avec sur le banc des accusés le tueur en série Francis Heaulme. Le marathon judiciaire n'est pas terminé pour les familles des victimes, car ce procès s’arrête au bout de deux jours : des témoins de dernière minute mettent en avant la présence d’un autre homme. Un supplément d’information est alors ordonné.

La foule à l'ouverture du procès du double-meurtre de Montigny les Metz en 2014 devant le palais de justice de Metz © Maxppp - Pascal Brocard

En 2017, s’ouvre donc le cinquième procès pour cette affaire. Francis Heaulme est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par la cour d'assises de la Moselle. Le tueur en série n'a pas avoué, au contraire, il a répété durant les trois semaines d'audience qu'il n'était pas l'auteur des faits.

Après l’appel de Francis Heaulme, un sixième procès se tient en 2018 à Versailles et confirme la condamnation à perpétuité du tueur en série. Le rejet de son pourvoi en cassation en 2020 marquera la fin définitive de la procédure judiciaire, 34 ans après les faits.

Francis Heaulme lors de la reconstitution du double-meurtre de Montigny-les-Metz en 2006 © Maxppp - Anthony Picore

Des familles ravagées par les années de procédures

Pour les familles des victimes, ces années de procédures sont un véritable ascenseur émotionnel. Durant 15 ans, elles vont vivre dans l'idée que le coupable a été condamné. Il faudra ensuite surmonter le choc de l'acquittement de Patrick Dils en 2002, et attendre encore près de 15 ans avant un nouveau procès. Ginette Beckrich, la grand-mère d'Alexandre, dira d'ailleurs avant le premier procès de Francis Heaulme qu'elle ne pense pas qu'il est coupable : "Quand on a fait la reconstitution, moi j'étais sur le talus. (...) Il (Heaulme) a dit, vous voyez les deux gosses, ce n'est pas moi qui les ai tués (…). Alors on a fait un truc de substitution (...) et ça, moi, je n'en veux pas".

La mère du petit Cyril, Chantal Beining, va devenir le symbole de ce combat pour la vérité des familles. C'est elle, la seule partie civile qui va faire appel du non-lieu de 2007, et réussir, au bout de toutes les procédures de recours, à faire comparaître Francis Heaulme devant les assises. Après le procès de 2017 et la condamnation de Francis Heaulme, elle dira simplement : "Maintenant je sais qui a tué mon fils."

Son ex-mari Jean-Claude Beining a traversé douloureusement ces années. Expliquant avant le 5ᵉ procès qu'il ne croit pas qu'il connaîtra un jour la vérité. Le papa de Cyril n'était d'ailleurs pas convaincu qu'on allait trouver un coupable au moment où, 31 ans après, le procès de Francis Heaulme s'était ouvert à Metz. Son avocat Patrice Buisson le raconte : "Le déroulé de l'audience fait que monsieur Beining, en sortant, est totalement convaincu que la justice a condamné le coupable. (...) Il a dit : 'ça y est, on tient le coupable'".

Chantal Beining et son avocate Dominique Boh-Petit à l'issue du verdict du double meurtre de Montigny-lès-Metz © Maxppp - Pascal Brocard

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Le 17 juin 2020, après six procès et de nombreux recours, la cour de cassation rejette le pourvoi de Francis Heaulme. Il est définitivement condamné pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz. Trente-quatre ans après les faits.

Jean-Marie Beney, l'avocat général du procès de Metz, considère qu'après tout ce temps que l'erreur judiciaire est réparée. C'est essentiel pour la justice. "Elle a été réparée par l'indemnisation de Patrick Dils, mais c'est une réparation. Et elle est réparée par la condamnation de l'auteur du double crime de Montigny-lès-Metz. Avec le regret que j'ai toujours et que j'ai exprimé récemment que madame Beining est morte entre le verdict de Versailles et la décision de la Cour de cassation. Mais elle a dû entendre."