Raoul Salama défie Google: une bataille judiciaire pour des avis frauduleux

Publié10. octobre 2026, 08:04

FranceDavid contre Google: un hôtelier attaque le géant américain

Après huit ans de combat, un hôtelier bourguignon poursuit Google pour des avis publiés par des internautes qui n’avaient jamais séjourné chez lui.

Agence France-Presse

Le Château de Balleure est une maison d’hôtes haut de gamme située à Étrigny.

Le Château de Balleure est une maison d’hôtes haut de gamme située à Étrigny.dr

Après huit années de bataille, le propriétaire d’une maison d’hôtes de Bourgogne attaque lundi le géant américain en justice pour des avis négatifs laissés sur Google Maps par des personnes qui n’avaient jamais été clientes de son établissement.

Tout commence en 2018 puis en 2020. Le Château de Balleure, petite maison d’hôtes haut de gamme située à Étrigny, reçoit deux mauvaises notes: deux étoiles sur cinq, puis une seule. Pour son propriétaire, Raoul Salama, les conséquences sont immédiates. «Une note abaissée de 10%, c’est un chiffre d’affaires réduit de 30%», affirme-t-il.

Problème: il ne trouve aucune trace de ces clients dans ses fichiers. Il demande alors leur identité à Google. Après plusieurs années de procédure, la justice contraint finalement la firme à lui transmettre leurs coordonnées.

Ils n’avaient jamais séjourné au château

Contactés, les auteurs des avis reconnaissent n’avoir jamais utilisé les services de l’établissement. Ils étaient simplement passés à proximité et avaient reçu une notification de Google Maps les invitant à noter le château.

Google retire finalement les avis. «Il a fallu trois ou quatre ans pour les faire enlever, alors qu’il faut 15 secondes pour cliquer et envoyer un faux avis», déplore Raoul Salama.

Depuis, les deux avis litigieux seraient réapparus et quinze nouveaux commentaires auraient été publiés. Pour l’Américaine Kay Dean, ancienne enquêtrice fédérale devenue spécialiste des fraudes en ligne, le phénomène est «massif».

Elle rappelle que Google affirme avoir supprimé 292 millions de faux avis en 2025. Selon une étude citée par l’experte, jusqu’à 45% des commentaires publiés en ligne pourraient provenir de personnes n’ayant jamais testé le produit ou le service concerné.

«Complètement pervers»

«Plus de 80% des clients vont consulter Google pour se faire une idée des prestations», souligne Frédéric Hopgood, avocat du Château de Balleure. Selon lui, le système même de Google pose problème: «Il veut des avis, faux ou vrais, car ils attirent la publicité. C’est complètement pervers.»

Google utilise notamment l’intelligence artificielle pour détecter les commentaires frauduleux. Une méthode jugée insuffisante par l’avocat: «On demande un modérateur humain, pas des algorithmes qui ne servent à rien.»

Kay Dean partage ce constat. «Ce que Google dit faire et ce qu’il fait vraiment sont deux choses différentes», affirme-t-elle, assurant repérer quotidiennement «des centaines voire des milliers de faux avis».

Créer un précédent

Lundi devant le tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône, Raoul Salama dit vouloir se battre au-delà de son propre cas, pour les restaurateurs, hôteliers et professions libérales confrontés au même problème.

Son objectif: obtenir une décision susceptible de créer une jurisprudence en France, comme cela a déjà été le cas en Allemagne, où Google a été condamné à vérifier certains avis.

Et le problème pourrait encore s’aggraver. «Avec l’avènement de l’intelligence artificielle, nous pouvons nous attendre à ce que cela empire», prévient Kay Dean.

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