Data centers : notre pays voisin dégaine des mesures radicales pour minimiser leur impact écologique

L’Espagne dégaine l’un des décrets les plus stricts d’Europe pour forcer ses centres de données à tourner aux énergies renouvelables. Une décision radicale qui fait monter le secteur au créneau.

Un centre de données aux Pays-Bas. ©Make more Aerials / Shutterstock

Un centre de données aux Pays-Bas. ©Make more Aerials / Shutterstock

Les centres de données, qui se multiplient pour répondre aux besoins de l’intelligence artificielle (IA), ont un impact conséquent sur le réseau électrique : ils consomment en continu, 24 heures sur 24, et leur multiplication soudaine peut déséquilibrer l’offre et la demande, faire grimper les prix pour tous les consommateurs, voire saturer le réseau. C’est exactement ce qui s’est produit en Irlande et aux Pays-Bas, où les autorités ont dû freiner en urgence. 

L’Espagne veut éviter ce scénario avant qu'il ne soit trop tard. Car depuis 2021, plus de 12 GW de droits d’accès au réseau électrique ont déjà été accordés à des projets de data centers, alors que la stratégie nationale pour l’IA n’anticipe qu’un besoin de 3,5 à 4 GW à horizon 2030. Le gouvernement a mis en consultation publique, jusqu’au 4 septembre, un projet de décret destiné à encadrer ces projets. Et ses ambitions sont claires.

Jusqu’ici, un data center pouvait se targuer d’être 100 % renouvelable simplement en achetant, sur une année entière, autant d’énergie verte qu’il en consommait, même si, dans les faits, il tournait au gaz ou au charbon la nuit ou lors des pics de demande. Ce calcul global ne suffit plus : à chaque heure de fonctionnement, au moins 80 % de l’électricité consommée devra avoir été produite cette même heure par une source renouvelable. 

De même, un data center ne pourra plus se contenter de puiser dans les réseaux renouvelables existants, au risque d’aspirer une énergie verte qui serait sinon allée aux foyers ou aux entreprises. Chaque nouveau mégawatt consommé par le centre devra être accompagné d’un nouveau mégawatt de production renouvelable, installé spécifiquement pour lui dans les 18 mois précédant sa mise en service. Concrètement, l’opérateur doit construire ou contractualiser sa propre capacité verte plutôt que de se servir dans le pot commun.

Le texte durcit aussi les critères sur l’eau et l’efficacité énergétique, deux ressources que les data centers consomment massivement pour refroidir leurs serveurs. Les nouvelles installations devront viser la catégorie la plus exigeante du futur label européen d’efficacité, qui évalue à la fois la consommation d’électricité et d’eau (WUE) des infrastructures. Un point sensible en Espagne, où plusieurs régions ont enchaîné les étés sous restrictions liées à la sécheresse.

L'intérieur d'un data center. ©Sashkin / Shutterstock

L'intérieur d'un data center. ©Sashkin / Shutterstock

Lourdes sanctions

Les possibles sanctions sont lourdes. En cas de non-respect de ces règles, un data center pourrait perdre son droit d’accès et de raccordement au réseau électrique, sans indemnisation. Et cette rigueur ne concerne pas que les futurs projets, puisque ceux déjà en cours d’instruction n’auront que six mois pour s’y conformer sous peine de perdre les droits qu’ils ont parfois mis des années à obtenir. Le texte prévoit par ailleurs un volet souveraineté numérique, avec l’obligation pour les opérateurs d’être établis dans l’UE et d’y maintenir leurs données.

Sans surprise, l’accueil côté entreprises a été glacial. Elles s’appuient sur un paradoxe du réseau espagnol : le pays produit déjà tellement de renouvelable à certaines heures qu’il doit en écrêter une partie, débranchant des installations faute de débouchés. Exiger d’en construire encore plus dans ce contexte leur semble absurde. Elles contestent aussi la comparaison avec l’Irlande et les Pays-Bas, où les data centers pèsent près de 30 % de la consommation électrique contre à peine 0,8 % en Espagne. 

Pour sa part,  le gouvernement assure vouloir travailler main dans la main avec le secteur pour affiner le décret. Reste à savoir si Madrid ira au bout de son pari, quitte à voir une partie des investissements se déplacer vers le Portugal, l’Italie ou les pays nordiques.