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  • 2026-07-23 16:47:52 +0000 UTC

    Jul 23, 2026

    Dans les pays du Golfe persique, omerta généralisée sur les attaques iraniennes

    Une explosion au loin, filmée quelques secondes : c'est ce que montre une vidéo, diffusée le 16 juillet sur Telegram, documentant une frappe iranienne sur le Koweït. Elle est filmée depuis la ville irakienne frontalière d’Umm Qasr, localisation qui a pu être confirmée par la rédaction des Observateurs. 

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    Depuis le début du conflit le 28 février, l'Iran n'a eu de cesse de répondre aux attaques américaines et israéliennes en visant des cibles militaires américaines dans les monarchies alliées du Golfe persique, Bahreïn, Koweït, Arabie saoudite, Qatar, Émirats arabes unis et Jordanie, qui abritent toutes des bases américaines.

    Mais les images documentant ces frappes sont bien souvent furtives et filmées de loin : sur place, quel que soit le pays, une politique répressive punit quiconque documentant les impacts des frappes de Téhéran. Dès les premiers jours de la guerre, une répression sévère s’est abattue sur les habitants, les journalistes mais aussi les touristes et les expatriés. 

    Selon Amnesty International, plus de 1 000 personnes ont été arrêtées dans l’ensemble des monarchies alliées des États-Unis.

    Des images rares tournées au Bahreïn montrant une attaque iranienne contre un site militaire américain le 13 juillet.

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    “Les pays du Golfe utilisent la guerre comme prétexte pour renforcer les restrictions à la liberté d’expression”

    Mahmoud Shalaby, chercheur régional à Amnesty International, détaille :

    Depuis le début de la guerre, les pays arabes du Golfe ont émis des avertissements enjoignant aux citoyens et aux résidents de ne pas filmer ni partager d’images des attaques iraniennes. Ils ont ensuite lancé une vague de répression. Ils utilisent la guerre comme prétexte pour renforcer les restrictions à la liberté d’expression qui étaient déjà en vigueur avant le conflit.

    Par exemple, entre le 20 et le 26 mai, plus de 300 personnes ont été arrêtées rien qu’à Bahreïn. Au moins 34 personnes ont été condamnées à des peines de prison allant de trois à dix ans pour avoir partagé une photo ou une vidéo sur Instagram, selon des organisations locales de défense des droits de l’Homme.

    Au Koweït, plus de 200 personnes ont été condamnées, entre avril et mai, à des peines avec sursis ou à des peines d’emprisonnement allant d’un à dix ans. 

    Aux Émirats arabes unis, les autorités ont annoncé l’arrestation de 375 personnes en mars. Nous avons également constaté que la police émiratie procédait à des perquisitions porte-à-porte et inspectait les téléphones dans les zones touchées par des frappes de drones. Mais nous ne disposons que de peu d’informations sur le statut juridique des personnes détenues aux Émirats arabes unis.

    Un autre aspect de la répression au Koweït et à Bahreïn c’est la déchéance de nationalité. Bahreïn l’a révoqué pour 69 personnes pour avoir, selon les autorités, “exprimé leur sympathie envers les attaques iraniennes ou collaboré avec des parties extérieures”. Le Koweït a également annoncé avoir déchu plus de 1 000 personnes de leur nationalité sans fournir de motif.

    Il est important de noter que, si les États peuvent déroger à certains droits en période de conflit armé, ces mesures doivent respecter les normes internationales en matière de droits de l’Homme, notamment les principes de légalité, de nécessité et de proportionnalité. Les interdictions générales imposées par les États du Golfe vont bien au-delà de ces exigences et restent incompatibles avec le droit international. Cette répression compromettait aussi la capacité des médias et des chercheurs à documenter ces attaques.

    Images satellites et détection de fumée pour vérifier les frappes 

    Le Koweït, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Qatar et la Jordanie ont également adopté une ligne officielle commune, affirmant systématiquement intercepter les attaques - malgré des preuves contraires, avant que certaines monarchies ne commencent, plus récemment, à reconnaître certaines frappes.

    Les entreprises spécialisées dans l’imagerie satellite se sont aussi vu interdire par les États-Unis de fournir des images actualisées de ces pays. 

    Conséquence, les journalistes et les chercheurs doivent s’appuyer, outre sur les rares et courtes vidéos publiées en ligne malgré les risques, sur des services satellitaires européens à plus faible résolution, comme Sentinel-2, sur des images satellites iraniennes et des images fournies par certaines entreprises chinoises.

    Des images satellites publiées par les Gardiens de la Révolution islamique montrent plusieurs frappes sur la base aérienne de Muwaffaq Salti en Jordanie. Ces images, publiées le 20 juillet, montrent des impacts directs d’attaques iraniennes, malgré les démentis des autorités jordaniennes.

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    Un travail rendu plus compliqué donc, mais qui peut permettre de contredire les nombreuses déclarations officielles.

    Le gouvernement bahreïni a par exemple déclaré le 10 juin avoir “intercepté plusieurs attaques aériennes iraniennes”, mettant en avant sa bonne préparation défensive pour protéger le royaume. Mais une seule photo, floue, suffit à géolocaliser une frappe sur une importante installation radar américaine située sur la colline d’Al-Dukhan, à Bahreïn, ainsi que la rédaction des Observateurs de France 24 a pu le déterminer.

    via GIPHY

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    Une comparaison d'images satellites européennes Sentinel-2, prises entre le 7 et le 12 juillet, permet également de montrer des traces d'une frappe directe sur Al Oudeid, au Qatar, qui abrite une base militaire américaine. Ni le gouvernement qatari ni le Pentagone n'ont officiellement confirmé cette frappe. Aucune image prise au sol n'a été diffusée.

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    Autre exemple en provenance de Bahreïn : le 11 juillet, une photo du gouvernement bahreïni, selon laquelle il aurait intercepté les missiles et les drones ainsi qu’une vidéo diffusées sur des chaînes Telegram montraient de la fumée noire à l’horizon. Notre rédaction a géolocalisé le lieu d’où elle émane, la base militaire américaine d’Al-Isa, au Bahreïn. La photo montre donc les conséquences d’une attaque iranienne, malgré les affirmations du Bahreïn.

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    Ou encore cette photo du 11 juin, prise à 18 km de la base aérienne d’Isa, toujours au Bahreïn, à proximité d’un pont, d’un puits de pétrole, d’une route principale et d’une route secondaire. Nous avons pu confirmer cette attaque par un incendie détecté par Isa, le satellite de détection d’incendies de la NASA, ainsi que par l’imagerie satellite européenne à basse résolution Sentinel-2 le même jour. Une courte vidéo au sol documente également le même incident :

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    À lire aussiGuerre au Moyen-Orient : pourquoi l'Iran cible les usines de dessalement au Koweït ?

    "Les États du Golfe veulent préserver leur image de refuges sûrs"

    Mahmoud Shalaby reprend : 

    Je pense qu’il y a plusieurs raisons pour lesquelles ces pays veulent dissimuler l’impact des attaques.

    Depuis le début de la guerre, certaines personnes dans ces pays ont utilisé les réseaux sociaux pour critiquer la présence de bases militaires américaines, arguant que les attaques contre leurs pays étaient une conséquence de l’accueil de ces bases. Cacher l’impact des attaques est un moyen pour les gouvernements de contrer cet argument.

    La deuxième raison, c’est qu’il est très important pour les États du Golfe de préserver leur image soignée de refuges sûrs et de destinations prisées pour les investissements étrangers et le tourisme. Ils s’efforcent donc de minimiser ou de restreindre les informations concernant l’impact de ces attaques.

    L’administration Trump a également cherché à dissimuler l’ampleur des attaques iraniennes contre des bases américaines au Moyen-Orient. Elle n’a pas révélé non plus le nombre réel de soldats américains blessés pendant la guerre.

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