Dans les notes de Mark van Bommel : des gagnants mais aussi cinq grands perdants et un sacré chantier
Quatre matchs en une fenêtre internationale. Les Diables ont connu des Coupes du monde qui duraient moins longtemps. L'échantillon est en tout cas largement suffisant pour tirer un premier bilan des hommes choisis par Mark van Bommel, même si le nouveau sélectionneur ne voit cette Nations League que comme une préparation pour la suite. Avec l'Euro en ligne de mire.
Le Néerlandais va traverser la frontière du Nord pour rentrer chez lui avec beaucoup d'enseignements dans sa valise. En quinze jours entre Tubize, Rome, Bruxelles, Liège et Paris, il a vu de bonnes choses et des moins bonnes chez ses joueurs. La nouvelle hiérarchie des statuts qu'il est amené à dessiner pour 2028 a été esquissée. Ce n'est qu'un brouillon mais il lui servira de base pour la suite.
Mark van Bommel ne voulait voir que le positif à Paris : "On n'a pas été ridicule malgré le score"Romeo Lavia
Le milieu défensif de Chelsea n'a été titulaire que deux fois sur quatre mais van Bommel l'alignerait tout le temps s'il le pouvait. Comme la Joconde qu'on protège d'une vitre au Louvre, le coach n'a pas voulu griller un joueur fragile, en tout cas de réputation. À part des crampes en fin de match à Bruxelles contre la France, il a disputé 217 minutes sans alerte physique, juste avec énormément de classe et d'assurance.
Zinédine Zidane a su apprécier la passe phénoménale de Romeo Lavia : "Je l'ai à nouveau regardée dans le vestiaire"Il ne jouera pas tout non plus au rassemblement de novembre, puisqu'il sera suspendu en Turquie, mais sa place dans le triangle du milieu paraît d'ores et déjà assurée. Avec le capitaine Youri Tielemans et le meneur de jeu Kevin De Bruyne, on a déjà l'idée du trio idéal de van Bommel. La cote de Nicolas Raskin est à la baisse, sans même parler du futur retour d'Amadou Onana en 2027 après sa grave blessure.
Kevin De Bruyne
Sur le rassemblement, c'est lui qui obtient la meilleure note moyenne dans la DH : 7,5 sur 10. Mais le bulletin est à lire avec des nuances. Il a brillé en Italie et contre la Turquie, il a déçu contre la France. Peut-il être encore très fort quand le rythme s'élève très haut et que l'adversaire ne le laisse pas respirer ? C'est une question pour le plus long terme.
En attendant, à 35 ans, KDB a montré qu'il gardait une classe à faire lever les foules. Sclessin n'oubliera pas sa venue vendredi passé, avec un splendide doublé. Hans Vanaken n'a pas réussi à instaurer le doute dans la hiérarchie. Les deux années de moins que De Bruyne sur la carte d'identité du Brugeois ne se voyaient pas.
Le meneur de jeu de Naples reste la meilleure solution. Il a montré qu'il restait très motivé et la Coupe du monde décevante n'était pas le marqueur final de sa carrière internationale. Il estime que la philosophie de jeu de van Bommel lui convient mieux que celle de Rudi Garcia. Rendez-vous le 12 novembre à Izmir pour une confirmation.
Van Bommel devra vite éclaircir la situation dans le but, avec l'ombre de Courtois.
Senne Lammens
Si seule la France a réussi à marquer contre la Belgique, elle le doit aussi à son gardien. En Italie puis contre la Turquie, Lammens a évité que le bilan de van Bommel penche du mauvais côté avec des arrêts décisifs et maîtrisés pour garder la clean sheet. Le plus beau compliment, c'est qu'on n'a plus parlé de Thibaut Courtois, même si le portier du Real Madrid sait toujours comment faire parler de lui.
Lammens est le numéro 1 incontesté du moment, et ce n'est pas Maarten Vandevoordt qui instillera le doute après sa première à Paris lundi soir. Le restera-t-il quand tous les gardiens du Royaume se mettront à disposition de l'équipe nationale ? C'est une question à laquelle van Bommel ne devra pas traîner à apporter une réponse, sous peine de laisser pourrir la situation. Ce serait bête au poste où il y a le plus grand luxe chez les Diables.
Dodi Lukébakio
La situation de Lukébakio est étrange en équipe nationale. On l'a souvent imaginé comme le parfait douzième homme (ou treizième quand la Belgique joue à domicile). Tout le monde veut le voir titulaire quand il sort du banc en faisant des différences époustouflantes. Et tout le monde pense aux autres ailiers quand il commence un match.
Dodi Lukebakio, un titulaire à mi-temps qui vise le plein tempsMais cette fenêtre internationale pourrait enfin changer son statut. Parce qu'il a marqué un tiers des buts belges (2) mais aussi, et surtout, parce qu'il a été bon aussi en commençant une rencontre. Dans le jeu où le ballon doit rapidement partir vers l'avant prôné par van Bommel, il peut être une arme redoutable.
Conscient, à 29 ans, qu'il a enfin une place à prendre sur le long terme, Lukébakio s'est appliqué à défendre et à presser, parfois comme il le pouvait mais l'intention est là. À droite, même quand tout le monde sera présent, ce Dodi-là peut être dans le onze.
L'axe défensif
Comme Timothy Castagne, Brandon Mechele et Nathan Ngoy ont joué les 360 minutes d'une session très dense. Pas certain que le Club Bruges et Lille soient ravis mais van Bommel est content : il a une charnière qui fonctionne, dans la lignée de la Coupe du monde.
Les deux hommes sont complémentaires et les automatismes se font de plus en plus naturellement. La défense a encaissé cinq buts mais c'était à chaque fois contre l'armada française, avec trois rien que pour le phénoménal Michael Olise. Les Italiens et les Turcs n'ont pas trouvé la solution, même s'il y a aussi d'autres responsables.
Les perdants
Charles De Ketelaere
On avait bavardé avec un homme heureux et ambitieux à Tubize en tout début de rassemblement. De Ketelaere se voyait comme un avant-centre chez les Diables. Et même comme l'avant-centre titulaire, dans la continuité de sa World Cup. Quatre matchs plus tard, les doutes sont revenus. Et le constat aussi : la Belgique cherche encore son neuf.
CDK joue sur le côté à l'Atalanta, Lukaku ne joue pas à Fenerbahçe et Fernandez-Pardo n'a quasi pas été utilisé. Sans même parler d'Openda qui semble plus être un attaquant de soutien (et de secours) pour van Bommel. La situation est inquiétante.
Du tac au tac avec Teklak: "La hiérarchie des changements m'interpelle"On avait vu une progression constante chez De Ketelaere en pointe aux États-Unis mais cette évolution semble s'être stoppée en ce début d'automne (5,5 de moyenne dans la DH). Van Bommel l'a défendu mais il est conscient que le chantier reste immense devant.
Maxim De Cuyper
Drôle de situation à gauche de la défense. Les notes moyennes dans la DH donnent un 6,3 à De Cuyper et un 5,7 à son concurrent Seys. C'est pourtant le Brugeois qui a laissé la meilleure impression globale.
L'explication est simple : Seys a joué les deux matchs contre la France, De Cuyper les deux autres. Van Bommel a donc opté pour le plus jeune des deux quand il fallait le plus défendre, face à une opposition de classe mondiale.
Seys a forcément souffert par moments mais c'est De Cuyper qui était sur la pelouse quand Olise est parti dans son dos au Heysel. On sera curieux de voir en novembre qui partira titulaire quand van Bommel sera moins obligé de faire tourner. Et on ne miserait pas sur le garçon de Brighton.
Godts a fini par décevoir, Doku pourra reprendre ses pantoufles en novembre.
Mika Godts
Le voir dans la catégorie des perdants peut sembler sévère, surtout quand on se souvient de sa prestation et de son but en Italie en début de rassemblement. Mais après le week-end à Rome, l'amour a baissé, avec des prestations de moins en moins abouties.
En manque de temps de jeu au PSG et à seulement 21 ans, Godts a des circonstances atténuantes. Il a parfois ressemblé au très jeune Jérémy Doku qui voulait faire la différence à chaque ballon, oubliant parfois que le football reste un sport collectif.
Doku, justement. Il est attendu en novembre et, s'il retrouve son véritable niveau d'avant-Mondial, il pourra reprendre ses pantoufles côté gauche de l'attaque. Il y aura aussi Leandro Trossard pour convoiter la position. Bref, Godts n'est pas encore une valeur sûre chez les Diables.
Diego Moreira
Van Bommel l'adore. Son jeu énergique, sa façon de défendre sans calculer ses efforts et ses dribbles. Moreira a été titulaire dès qu'il était disponible. Et il est même passé à gauche, sa place préférée, au Stade de France quand Godts était sur le banc. Mais l'impression générale après cette session est décevante.
L'ailier du Milan AC a d'ailleurs obtenu la plus mauvaise note moyenne des Diables (5/10, comme Vandevoordt qui n'a joué qu'un match). Il est apparu trop brouillon offensivement, autant à droite qu'à gauche. Pourra-t-il garder la même place dans la tête du sélectionneur en novembre ? Ses prestations et son temps de jeu en club seront scrutés. Il mérite encore largement le bénéfice du doute.
Zeno Debast
Forcément, si Mechele et Ngoy sont dans les gagnants, voir Debast dans l'autre catégorie est presque une lapalissade. Mais le défenseur du Sporting mérite quand même la mention parce qu'il ne faut pas oublier qu'il était le meilleur arrière de Garcia il y a un an à peine.
Entre sa Coupe du monde passée dans la salle de gym des Seattle Sounders et sa Nations League vue du banc (zéro minute), il vit un terrible déclassement. Il lui faudra attendre sa chance pour semer le doute dans la tête de van Bommel. Ngoy est sous la menace d'une suspension au prochain carton, de quoi lui donner un peu d'espoir pour les matchs de novembre en Turquie puis contre l'Italie.
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